Berlin

BalkanBeats : que du business ?

Article publié le 23 mai 2012
Article publié le 23 mai 2012
L'ethnologue macédonienne Rozita Dimova a étudié la scène BalkanBeats berlinoise, qu'elle ne voit pas d'un très bon oeil... Comment est-ce que la scène a débuté ?

Au début des années 90, des réfugiés yougoslaves ont commencé à fréquenter un bar de Kreuzberg, le Arcanoa. Ils y entretenaient le souvenir d’une Yougoslavie pacifique et anti-nationale en y célébrant le rock contestataire des années 80. L’un deux, Robert Soko, a fait de ces soirées entre amis les soirées BalkanBeats, qui ont rencontré un énorme succès. L’essor de la world music et de Goran Bregović était passé par là.

Vous critiquez la forme qu’a pris cette vague musicale balkanique.

D’une part, les musiciens des Balkans sont honteusement exploités. Des imprésarios allemands leur imposent leurs conditions et gardent le gros des bénéfices. Les musiciens de la Fanfare Ciocarlia ont refusé l’offre humiliante que leur faisait Piranha Musik, qui leur a alors bloqué l’accès au marché allemand.

Ensuite, il y a le problème de l’exotisation de ces populations pour les rendre plus intéressantes commercialement. Créer l’ « autre », plus sauvage, plus primitif, pour pouvoir estampiller sa musique d’ « authentique ». Shantel et Robert Soko contribuent à ce processus en jouant avec leurs origines. Pourtant, la musique qu’ils font n’a plus rien à voir avec la musique des Balkans.

De plus, j’ai demandé à Robert de mixer pour des oeuvres de charité en faveur des Roms et il a refusé. Il ne veut pas mélanger musique et activisme.

Pourtant, le public occidental de la musique balkanique…

se dit très politique et anticapitaliste, oui ! C’est bien là toute l’ironie du gauchisme néolibéral : vouloir de l’authentique et consommer du formaté.

Mais cette musique à sensibilisé l’Europe sur la situation des Roms.

Vous croyez ? La France, qui a une grande scène balkan gypsy, n’a pas hésité à expulser des citoyens européens parce qu’ils étaient roms, avec l’assentiment de sa population.

Interview publié en avril dans Berlin Poche.