Zoom sur la situation explosive en Iran, en Chine et au Honduras

Article publié le 25 juillet 2009
Article publié le 25 juillet 2009
Par Pauline André et Vanessa Schmitz Strasbourg, le 15 juillet 2009 Mercredi 15 juillet, deuxième journée de la première session plénière du Parlement. Le débat à l’ordre du jour porte sur l’Iran, la Chine et le Honduras, trois pays où sévissent de violents affrontements depuis des mois. L’occasion pour les eurodéputés d'esquisser les grandes lignes de la politique étrangère à venir.

En Iran, l’inquiétude au sein de l’Union européenne résulte de l’élection contestée de Mahmoud Ahmadinejad. La députée autrichienne Ulrike Lunacek (Verts/ALE), qui n’hésite pas à parler de « putsch », indique qu’avant l’élection, il y avait « 20 % de démocratie, depuis l’élection, il n’y en a plus du tout ». Daniel Cohn-Bendit (Verts/ALE) insiste sur les tortures quotidiennes dans les prisons iraniennes et fait une allocution remarquée en interpellant le Parlement sur la responsabilité des armes européennes qui alimentent cette répression. Il évoque également le rôle de l’entreprise Nokia-Siemens networks qui offre à l’Iran un système ultra-sophistiqué de contrôle du trafic Internet et téléphonique. Le Deep Packet Inspection (DPI) a été installé par le fournisseur d’équipements hollandais pour surveiller et censurer les internautes iraniens. Face aux partisans du dialogue se tiennent ceux qui prônent la fermeté à l’égard du régime islamique. Le député du groupe des Conservateurs et réformistes (ECR), Struan Stevensons, estime que « la fermeté est la seule langue qu’ils (les iraniens, NDRL) comprennent ». Anna Rosbach, membre du groupe Europe Liberté Démocratie (EFD), appelle quant à elle l’Europe à ne pas dialoguer avec la dictature et à déléguer la gestion du conflit à une instance internationale dans le cadre, par exemple, de l’ONU.

En Chine, les récents affrontements dans la région du Xinjiang entre Ouïgours (1) et Hans (2) témoignent une fois de plus du non-respect du droit des minorités dans le pays. La Chine est pourtant signataire d’accords internationaux qui l’obligent à reconnaître ses minorités. Mais elle reste impassible sur les revendications d’indépendance des deux plus actives : les Ouïgours et les Tibétains. Catherine Ashton, commissaire européenne chargée du Commerce, souligne toutefois les progrès du gouvernement chinois dans le processus de dialogue. Dans cette situation géopolitique complexe, un député du groupe des Conservateurs et Réformistes (ECR) met en avant la radicalisation d’une frange activiste au sein de la population ouïgoure et soutient le gouvernement chinois dans sa recherche d’unité et de stabilité. Un discours qui cache des intérêts géostratégiques chers au gouvernement. Les dirigeants chinois ont en effet tout intérêt à préserver l’intégrité territoriale car la région du Xinjiang couvre un sixième du territoire national et regorge de matières premières (30% des ressources pétrolières terrestres de la Chine, 34% du gaz et 40% du charbon). Véronique De Keyser, de son côté (APSD, nom de l'ancien PSE) met en garde contre la menace qui pèse sur la population chinoise musulmane, qui sans évoquer le cas de la Tchétchénie, rappelle les abus au nom de la lutte contre le terrorisme international. « Ces évènements devraient être une piqûre de rappel pour le gouvernement chinois quant à la politique envers ses minorités ». La députée lituanienne, Laima Liucija Andrikiéné (Parti Populaire Européen) insiste : « les autorités chinoises doivent répondre aux demandes des ouïgours ».

Au Honduras, le coup d’état militaire du 28 juin dernier menace la stabilité d’un semblant de régime démocratique encore fragile. Déchu par les militaires, le président Manuel Zelaya a été aussitôt soutenu par des manifestants qui demandent son retour. Elu en janvier 2006, M. Zelaya était sur le point d’organiser un référendum pour réformer la Constitution, ce qui lui permettrait de briguer un second mandat en 2010. Le ministre suédois des Affaires étrangères, Carl Bildt rappelle que l’Union européenne demande le rétablissement de l’ordre constitutionnel et le retour du président. Catherine Ashton, commissaire chargée du Commerce, affirme que « les évènements au Honduras pourraient créer un précédent dangereux pour la stabilité démocratique en Amérique Latine ». Il s’agit en effet du premier putsch militaire réussi en Amérique centrale depuis la fin de la guerre froide. Mais cette condamnation sans équivoque a de quoi laisser perplexe ; les médias honduriens ont récemment publié un sondage CID-Gallup affirmant que 41 % des honduriens approuvent le renversement de Zelaya contre 28 % d’opposants. Une information de taille qui n’a pas été mentionnée durant le débat.

Dialogue ou sanction ?

Dans leur grande majorité, les députés ont exprimé leur vif mécontentement quant à la réaction du Conseil de l’Europe après la répression en Iran. Le Vice-président du Parlement, Alejo Vidal-Quadras (PPE/DE) va jusqu’à dénoncer « la réponse faible et le pusillanimité du Conseil de l’Europe ». Le Vice-président déplore que le Coe n’ait pas exigé la déposition de Mahmoud Ahmadinejad. Il insiste sur la nécessité d’organiser des élections libres sous contrôle international. Carl Bildt, en tant que représentant de la nouvelle présidence suédoise de l’Union européenne, en appelle au maintien du dialogue malgré « des divergences nombreuses et profondes ». Le député Philippe Juvin (PPE/DE) réclame des « sanctions financières et techniques » immédiates. Quoiqu’il en soit, les revendications du peuple iranien sont jugées comme légitimes par la nouvelle mandature. Le Parlement européen met en garde l’Iran contre ses tentatives de négation d’Israël. Selon Carl Bildt, l’Iran manque une opportunité historique en méprisant la main tendue par Barack Obama.

Concernant la Chine, le britannique Graham Watson (Alliance des Démocrates et des Libéraux d’Europe) préconise de maintenir « l’embargo sur les armes ». Carl Bildt rappelle que l’UE entend toujours développer ses relations avec la Chine tout en instaurant un dialogue « ouvert et franc » sur les valeurs européennes, notamment en matière de Droits de l’homme. Véronique De Keyser (APSD) demande à la présidence suédoise « un geste fort pour rappeler la Chine à ses engagements et ne pas fermer les yeux une fois de plus ». La majorité des députés ont rappelé l’importance pour l’UE de maintenir et de développer ses relations commerciales et politiques avec la Chine mais certains comme la francaise Evelyne Gebhardt (APSD) insistent sur la question des Droits de l’homme qui doit être une priorité vu le contexte.

Au Honduras, les Etats-Unis ont déjà annoncé qu’ils suspendraient toute aide financière. Carl Bildt condamne sans équivoque la prise de pouvoir par les armes et affirme que « L’UE doit être présente de façon active dans la région » afin de faire prévaloir l’Etat de droit. Kader Arif (APSD), Jean-Luc Mélenchon (Groupe de la Gauche Unitaire) et Raül Romeva (Verts) réclament l’interruption des relations commerciales et militaires. José Ignacio Salafranca (PPE/DE) demande que l’UE appuie le Président du Costa Rica et fasse bénéficier le pays de toute son expérience en matière électorale, en envoyant, par exemple, une commission électorale. Dans son rôle, l’UE doit également mettre un terme aux coups d’état militaires en Amérique Latine, ajoute l’eurodéputé grec, Nikolaos Chountis (GUE).

Entre volonté de dialogue et nécessité de prendre des sanctions envers ces pays, les députés ont tous défendus les valeurs de Droits de l’homme et de Démocratie. Ces idéaux sont pourtant bafoués au sein même de l’Union européenne. Une réalité dénoncée par quelques députés qui ont insisté sur la nécessité de mettre fin aussi aux violations des droits humains en Europe. Il en va de sa crédibilité sur la scène internationale.

(Crédit photo: flickr/crordonez)

Notes

(1) Ouïgours : minorité turcophone de l’Ouest de la Chine.

(2) Hans : citoyens d’origine chinoise. La Chine, qui se définit comme une république multiethnique compte 56 « nationalités ». Les Hans constituent la majorité de la population (90,6% au recensement de 2005, selon l’Atlas du monde diplomatique de 2008 « Un monde à l’envers »)