Zimbabwe : le pouvoir entre les mains de l’Afrique du Sud ?

Article publié le 16 février 2005
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Article publié le 16 février 2005

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Face à une violence politique croissante au Zimbabwe, l’Afrique du Sud fait le pari du dialogue, tandis que l’Union européenne et les Etats-Unis préfèrent opter pour l’application de sanctions.

Suite aux résultats controversés des dernières élections parlementaires en 2000, le Zimbabwe, autrefois prospère, est entré dans une dangereuse dynamique de violence politique. Depuis l’échec du référendum sur une nouvelle constitution peu appréciée en 2000 et sa timide victoire du président Robert Mugabe lors des dernières élections présidentielles de 2002, sa popularité semble moins forte qu’avant. Il viole d’ailleurs systématiquement les Droits de l'Homme depuis sa réélection lorsqu'il veut s’imposer face à l'opposition, au système judiciaire et aux ONG étrangères. Par ailleurs, afin de assurer sa place au pouvoir, il a mis en place une réforme agraire d’expropriation des terres des fermiers blancs.

A ce jour, Robert Mugabe est remonté dans l’estime des Zimbabwéens, en partie grâce à cette réforme agraire, qui leur permet de rêver à un changement du statu quo hérité de l’époque coloniale. En revanche, l’inflation a atteint 431 % en 2003, le PIB a baissé de 13 %, le chômage dépasse les 80 %, 75 % de la population vit en-dessous du seuil de pauvreté et plus de 3 500 personnes meurent chaque semaine des suites du Sida.

Une « coalition blanche » favorable aux sanctions et une « coalition noire » ouverte au dialogue.

Pour mettre un terme à la violation systématique des Droits de l’Homme, deux types de réactions ont été observées au niveau international :d’un côté le "Commonwealth blanc" (la Grande-Bretagne, la Nouvelle Zélande, l’Australie), les Etats-Unis et l’Union européenne qui préfèrent isoler le Zimbabwe des autres pays du monde, et de l'autre, les Etats africains, composé des membres du Commonwealth et l’Afrique du Sud, qui optent eux pour le dialogue.

Depuis que des observateurs internationaux ont établi que les élections de 2002 n’étaient ni libres ni justes, les Etats-Unis et l’Union européenne imposent des sanctions financières et empêchent le président Mugabe ainsi que 72 officiels de son parti et du gouvernement de sortir du pays. En 2004, l’Union européenne a renouvelé ces sanctions. Le Zimbabwe est donc montré en exemple lorsqu'on parle des « mesures appropriées » que prend l’UE envers des pays tiers avec lesquels elle a signé des accords de coopération, en cas de violation des Droits de l’Homme. Si tel est le cas, la « clause des droits de l’homme » est mise en application. Ces sanctions, parmi lesquelles l’embargo sur les armes, se sont aujourd’hui étendues : le chef de la commission électorale a en effet été désigné comme responsable des fraudes et le chef de la commission aux moyens de communications est considéré responsable de l’intimidation des journalistes et de la fermeture du seul quotidien privé Daily News. Pour répondre aux critiques qui demandent un durcissement des sanctions, les Ministres européens affirment qu’un tel acte ne ferait que porter préjudice à la population, la faille venant de l’élite politique et non de l’élite économique. Certains exigent pourtant des sanctions spéciales pour les entreprises et les proches des officiels de Harare, toujours plus nombreux, à moins que Robert Mugabe accepte de coopérer avec le parti d’opposition MDC ainsi qu'avec la communauté internationale. Dans tous les cas, l’isolement international devient bien réel : le 12 décembre 2003, un an après la suspension du Comité des Ministres des Affaires étrangères, le Zimbabwe s’est retiré du Commonwealth. Quelques jours plus tard, le Fonds Monétaire International (FMI) s’est penché sur l’expulsion du pays qui accumule une dette supérieure à 273 millions de dollars sans la payer.

L’Afrique du Sud, principal pays voisin du Zimbabwe, a opté pour la stratégie opposée, celle de la « diplomatie silencieuse ». La SADC (Communauté de développement de l’Afrique Australe) parie en effet sur le dialogue pour mettre un terme à la crise, ce qui amène le parti d’opposition zimbabwéen, le MDC, à reprocher au gouvernement sud-africain de collaborer avec Robert Mugabe, critiquant notamment l’approvisionnement en pétrole de Harare. A l’inverse, le gouvernement zimbabwéen critique les pays européens, comme la Grande-Bretagne, la Finlande, l’Allemagne, les Pays-Bas et la Suède, qu’il accuse de collaborer avec les opposants du MDC.

Comment en finir avec la violence politique sans étouffer la pays ?

Certains observateurs considèrent que la stratégie choisie par l’Afrique du Sud est plus efficace que celle de Robert Mugabe. L’Afrique du Sud, seul Etat de confiance pour Harare, représente aujourd’hui le dernier lien entre le Zimbabwe et la communauté internationale. Voilà pourquoi ce pays a tout intérêt à stabiliser son pays voisin et n’a de toute façon aucune confiance en une opposition qui n’est pas suffisamment importante et loin de représenter une véritable alternative. Pour comprendre une telle attitude, il est nécessaire de rappeler les points communs historiques entre le Zimbabwe et l’Afrique du Sud : les deux nations sont concurrentes au niveau agricole, elles connaissent une pauvreté très élevée et le parti actuellement au pouvoir était, il y peu encore, un mouvement de libération.

Ce rôle majeur de l’Afrique du Sud n’existerait toutefois pas sans l’isolement international que subit Harare. Les victimes du régime se rappellent que le Congrès national africain d’Afrique du Sud avait férocement lutté contre l’apartheid et n’avait pas vraiment choisi la « diplomatie silencieuse » pour ce faire. Une pression plus forte de la part de Pretoria pourrait changer les choses de façon significative, bien qu'à seulement quelques mois des élections la disparition de la violence et de la persécution politique ne semble pas à l'ordre du jour.