Zapatero sur le fil

Article publié le 21 avril 2006
Article publié le 21 avril 2006

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Le 17 avril dernier, le Premier ministre espagnol Luis Rodriguez Zapatero célébrait la moitié de son mandat. Depuis le retrait des troupes espagnoles d’Irak, il n’a cessé de jouer à l’équilibriste dans le monde. Et en Europe.

La photo prise au sommet tripartite des Açores en mars 2003 n’est plus qu’un lointain souvenir : trois amis, José Maria Aznar, Tony Blair et Geoges W. Bush partageant un objectif trop personnel –le déclenchement du conflit en Irak- pour être repris par d’éventuels successeurs. Ces deux dernières années, le fonctionnement de Zapatero a eu quelque chose d’à la fois risqué et erratique. Volonté de s’affirmer, détermination idéologique et grands actes ont toujours des conséquences difficiles à contrôler sur la scène politique. Zapatero préfère assumer cette part de risque et essaie de calmer les tempêtes d’une main de maître… avec le sourire : une façon d’être qu’il a modelé puis rendu célèbre.

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Les compagnons avec qui poser sur un cliché souvenir sont désormais difficiles à trouver dans une Europe chaque fois plus disparate : une France affaiblie et une Allemagne qui avec Angela Merkel a sa tête a su allier fermeté et amitié avec les Etats-Unis. Depuis quelques temps, Zapatero regarde avec espoir vers l’Italie, où il est perçu comme un leader de gauche charismatique, même si le Vatican ne voit pas d’un très bon oeil celui qui a légalisé le mariage homosexuel. Prodi retirera prochainement les troupes italiennes d’Irak. Il Profesore comme ses compatriotes l’appelent, fut président de la Commission Européenne et peut donner à Rodriguez Zapatero un appui précieux afin de l’aider à se faire une place en Europe. Néanmoins, à Bruxelles, le chef du gouvernement espagnol a passé la main à son ministre des Affaires étrangères Moratinos. Rodriguez Zapatero ne parle qu’espagnol, il lui manque l’aura d’un grand leader et il s’essouffle dans la difficulté. L’Espagne fut le premier pays des 25 à approuver le référendum sur la Constitution : Zapatero avait si fortement défendu le 'oui' que l’impasse actuelle du processus de ratification l’a considérablement affaibli.

Ceci dit, Zapatero a plaidé pour une politique européenne anti-terroriste indépendante des Etats-Unis. La déclaration d’ETA d’observer un cessez-le-feu permanent le 22 mars dernier lui donne peut-être raison : en plus de l’aide inestimable de la France, le gouvernement espagnol continue de recevoir les conseils du Premier ministre irlandais, Bertie Ahern et du chef de gouvernement britannique Tony Blair. L’Espagne vient ainsi, chemin faisant, de se réconcilier avec l’un des protagonistes de la décriée photo des Açores. Il ne reste maintenant plus qu’à résoudre le conflit engagé avec la Commission européenne à propos du protectionnisme espagnol concernant une OPA entre le géant allemand et la compagnie d’électricité espagnole Endesa.

Dépendant

On ne peut pas gouverner en tournant le dos à Washington Ce qui suppose de Luis Rodriguez Zapatero qu’il oublie son intervention en faveur du Sahara Occidental dans son vieux litige avec le Maroc, allié historique des Etats-Unis. Cela signifie également un envoi supplémentaire de troupes en Afghanistan et une attitude tolérante à l’égard des vols secrets de la CIA ayant atterri en Espagne.

Début 2006, les Etats-Unis ont refusé l’accès à sa technologie à l’Espagne : des avions militaires auraient été vendus au Venezuela. Evo Morales, le nouveau Président de la Bolivie a commencé ses visites à l’étranger par la Moncloa, siège de la Présidence du Gouvernement espagnol. Les affinités personnelles et les accords politiques conclus entre Zapatero et les leaders de la gauche nationaliste latino-américaine déplaisent profondément à Washington. L’Espagne de Zapatero et les Etats-Unis de Bush sont néanmoins d’accord sur un point : l’actuel Premier ministre espagnol a hérité d’Aznar une forte volonté de voir la Turquie adhérer à l’UE. Qui plus est, Zapatero et Erdogan, le chef du gouvernement turc, dirigent un projet, certes bien intentionné mais confus, de l’Alliance des civilisations. L’initiative, lancée en novembre 2005, ambitionne de saper les fondements du terrorisme islamiste, appelant à une union entre l’islam et l’Occident. Prodi, Zapatero, Erdogan : le petit oiseau va sortir.