Zapatero, Sarko et les autres… quatre babéliens au Conseil - Episode 2

Article publié le 4 mars 2009
Article publié le 4 mars 2009
Episode 2 - Bruxelles le dimanche Dans l’enceinte du conseil, les journalistes de tous les pays tournent dans les couloirs du conseil reconverti en véritable usine à info. Pendant ce temps les grands de l’Europe cherchent à réparer l’économie malade. On se balade et on écoute les bruits de couloir Enfin l’heure des débriefings arrive.

Article écrit par Julien de Cruz et Waldo Vanderhaegen

boothNos babéliens doivent attendre, on ne sait pas quand les chefs d’Etats auront terminé leur « lunch ». Après tout l’économie en crise est en jeu. On ne leur en veux pas trop de faire durer leur festin si ça peut leur permettre de trouver quelques solutions. A l’intérieur du bâtiment, les journalistes aussi s’impatientent.. Ils bouquinent, boivent de la bière au bar et fument dans les nombreuses cabines aménagées. Les plus studieux préparent leurs questions et leurs articles.

Un curieux manège est néanmoins observable dans le hall du Conseil. Parfois une petite troupe de journalistes entoure le représentant d’un gouvernement national. Celui-ci parle tout bas et livre de vagues informations. Chacun tend l’oreille d’un air amusé et griffonne sur un carnet. Attention à ne rien enregistrer, ces entretiens sont « off the record ». Un journaliste japonais s’en est rendu compte à son corps défendant. Approchant son petit magnétophone il a reçu une volée de bois vert de ses collègues français. Maintenant le représentant officiel est parti, voilà ce qu’il en coûte de ne pas connaître les usages.

Soyez raisonnable !

SarkozyDans la salle de débriefing française, les journalistes trépignent. Certains grands noms de la presse nationale française côtoient de parfaits inconnus. En proie à une certaine torpeur, les journalistes soudain se raidissent sur leur siège. « Il arrive ! » « J’ai vu quelque chose bouger ». Le président de la république fait son entrée et l’atmosphère change du tout au tout. Après une explication en quatrième vitesse des résultats du sommet, Nicolas Sarkozy annonce qu’il est prêt à accepter les questions. On peut se reposer les poignets après avoir dû condenser sur son carnet un résumé d’une minute trente d’un sommet d’environ quatre heures.

Un journaliste anglais se lance dans en français maladroit. Il accuse le plan de relance automobile d’être protectionniste. C’est suffisant pour s’attirer les foudres présidentielles. « C’est bien de faire l’effort de s’exprimer en français » lui assène Nicolas Sarkozy « mais malheureusement votre propos est caricatural (…) soyez raisonnable ! ». L’intéressé se voit infliger une leçon d’économie. Si l’on ne protège pas une maison mère en France, la filiale en République Tchèque aussi fermera. Alors, le plan de relance, toujours protectionniste ? Le débriefing se poursuit sur ces affirmations et des invectives à l’adresse de journalistes qui ne « connaissent pas leurs dossiers ». L’assemblée, tour à tour outrée et charmée ne sait comment réagir face à ce président à la répartie impitoyable. A la fin de la séance, le président doit filer à Charm-El-Sheik.

Le sommet de la confiance - par Waldo Vanderhaegen

van rompuyLa Belgique, petite salle de briefing pour un petit pays. Ici tout le monde se connait et le réseautage semble être la clé de la réussite. Je peux entendre des ragots, des rires et une certaine animosité. Un journaliste commente : « C’est le premier sommet de Herman (note de la rédaction : Herman Van Rompuy est le premier ministre belge depuis le 30 décembre) , ça doit le changer des réunions ministérielles, je me demande comment ça s’est passé pour lui. » Cela est sûrement vrai mais qu’importe, le voici qui entre dans la pièce. Il commence par serrer la main des journalistes. Il est clair qu’il est entouré d’amis et qu’il essaye de détendre l’atmosphère. Cependant, il reste un homme sérieux qui a de sérieuses déclarations à faire. Pour lui cette réunion informelle était « le sommet de la confiance ».

De cette rencontre avec notre premier ministre, j’ai bien compris que les pays de l’est devront faire face seuls à la crise. Deuxièmement, je regrette que le retard d’Angela Merkel se soit fait au détriment des intérêts belges dans le cadre du plan de sauvetage de l’usine Opel d’Anvers. A la place, un forum ministériel est prévu pour discuter la question. Enfin j’ai pu apprendre que la Belgique prépare aussi son propre plan de relance économique.

Bruxelles le dimanche

Anna et Elisanda de leur côté partent assister au débriefing espagnol. Un peu long et pas très enlevé de l’avis de ces dernières. Zapatero insistera sur la nécessité de garder cette fréquence de réunion entre les chefs d’Etats en ces instants de crise. « On se reverra donc surement pour de nombreux dimanches à venir » insiste la premier ministre espagnol.

Même son de cloche du côté de Nicolas Sarkozy « Vous croyez que ça me fait plaisir de passer le dimanche en votre compagnie ? On a pas le choix» Un rire non feint parcourt l’assemblée des journalistes français. Pour ces hommes d’Etats et ces professionnels de l’info, on peut surement rêver à plus glamour qu’un dimanche enfermé dans le bâtiment du Conseil Européen un dimanche entier. Nos quatre babéliens sont probablement les seuls à avoir trouvé l’expérience enrichissante.