Zapatero, nouveau Flûtiste de Hamelin

Article publié le 13 avril 2004
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Article publié le 13 avril 2004

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Zapatero et ses onze millions d’électeurs ont inspiré un nouveau style à l’UE. L’Italie et la Pologne pourraient suivre l’Espagne. Les Zapateristes se multiplieront-ils dans toute l’Europe ?

Un des piliers fondamentaux du programme électoral socialiste était le changement en matière de politique extérieure. La soumission du gouvernement Aznar à l’administration américaine, la participation active de l’Espagne à l’occupation de l’Irak et sa politique européiste de confrontation constituaient des axes qu’il fallait changer.

C’est précisément dans ces propositions de politique extérieure et surtout en ce qui concerne l’occupation de l’Irak, que le parti de Zapatero est parvenu à la victoire, en cumulant le vote des indécis et le vote utile de la gauche. La détermination de Zapatero à tenir ses promesses électorales a déclenché toute une série d’événements sans précédent, qui ont eu lieu avant même le changement de gouvernenement du 16 avril.

L’effet Zapatero

En une seule semaine, la soumission d’Aznar envers l’administration nord-américaine a changé en faveur du tutoiement, comme le démontre l’interview que Colin Powell et Zapatero ont donné le mercredi 24 mars dernier, jour des funérailles d’Etat pour les victimes du 11 mars. Powell s’y est montré prêt à dialoguer sur le rôle que l’ONU doit jouer en Irak.

Ce même jour, Zapatero a trouvé l’occasion d’engager un premier contact avec le président français Jacques Chirac, le chancelier allemand Gerhard Schröder, Tony Blair, et son homologue polonais Leszek Miller.

La Pologne, qui s'est tenue à une ligne favorable au conflit en Irak et principal allié européen du gouvernement Aznar, se montre évidemment préoccupée à l’égard du retrait des troupes espagnoles (les troupes polonaises devaient remettre à l’Espagne le commandement d’une zone au centre-sud de l’Irak en juillet). Le président Aleksander Kwasniewski n’hésite pas à assurer qu’aucun soldat polonais de plus ne partirait vers l’Irak et que la Pologne est prête au retrait, tandis que, de l’autre côté, il assure à l’administration nord-américaine que ses troupes resteront sur place tout le temps nécessaire. Un double-jeu dont le but est de sauver la face, tantôt à l‘intérieur, tantôt en dehors de son pays.

Le Premier ministre britannique Tony Blair voit tomber l’une des cartes du château des Açores et approcher un changement brusque dans le panorama international. Blair plaide déjà pour que l’ONU vote une résolution légalisant, sous une forme ou sous une autre, l’occupation de l’Irak. Tout, pourvu que les troupes espagnoles n’abandonnent pas l’Irak et n’entraînent pas à leur suite celles de pays comme la Pologne et l’Italie.

Concernant cette dernière, les problèmes s’accumulent pour le président Berlusconi. Non seulement il a été incapable d’unir l’Europe sous la présidence italienne de l’UE, mais son positionnement en faveur de l’occupation de l’Irak suscite le rejet de ses concitoyens : deux Italiens sur trois sont contre la participation de l’Italie au conflit irakien et se montrent favorables au retrait de ses troupes. Il n’est donc pas étonnant que Romani Prodi [actuel président de la Commission européenne, et futur chef de l’opposition italienne, N.D.T.] assure à présent qu’il retirera les troupes de l’Irak s’il gagne les prochaines élections. Le rejet populaire italien pourrait se transformer en un vote sanction envers Berlusconi et faire de Prodi le nouveau Zapatero italien.

Pas étonnant que Chirac et Schröder aient considéré avec optimisme l’irruption de Zapatero dans la politique internationale, comme le démontre l’accolade que le chancelier allemand a échangé avec le futur président socialiste, pendant la rencontre qui a eu lieu le jour des funérailles nationales en Espagne. La France et l’Allemagne recommencent à compter avec un allié puissant qui se démarque de l’influence américaine et qui rend de nouveau possible une Europe forte et unie.

Tous des lâches ?

Mais outre le côté pile –des changements politiques désordonnés-, les attaques du 11 mars supposent un côté face : le retrait des troupes pourrait s’interpréter comme un acte d’égoïsme et de lâcheté. Une manière de céder face aux exigences des terroristes pour cesser d’être un objectif du terrorisme islamiste.

Devant le danger de donner cette image au monde, Zapatero assure qu’il ne retirera pas ses troupes si l’ONU prend les rênes dans le processus de la transition irakienne. Dans le cas contraire, il semble décidé à envoyer ces mêmes troupes en Afghanistan, où la participation espagnole serait justifiée. De cette manière, son positionnement dans la lutte antiterroriste resterait clair.

Les chefs d’Etat des vingt-cinq pays qui intégreront l’Union européenne à partir du 1er mai prochain ont conclu le sommet européen de printemps, fin mars, en faisant appel à l’ONU pour qu’elle assume un rôle autonome et plus important dans la transition de l’Irak. L’effet Zapatero a ainsi ravivé la nécessité de légaliser la situation d’occupation actuelle, illégitime. Une nécessité d'autant plus pressante avec le début de la révolte chiite.

Sous une forme ou sous une autre, il paraît évident que la présence de Zapatero dans le panorama international et les promesses électorales qu’il est obligé de tenir rendent nécessaire une reconsidération de la situation actuelle en Irak. Une reconsidération qui, peu à peu, est acceptée par tous les pays impliqués dans l’occupation. La stratégie de l’attaque préventive « made in USA » comme forme de lutte contre le terrorisme ne semble pas être la méthode la plus efficace. Encore moins si l’on tient compte de ce qui s’est passé le 11 mars dernier à Madrid.