Yasmin Lévy ou l'engagement d'une femme

Article publié le 3 juin 2010
Article publié le 3 juin 2010
Par Frédégonde Rudolf Une femme. Une voix. Oui mais quelle voix! Le genre de voix capable d’en bouleverser plus d'un... Yasmine Lévy est une jeune chanteuse, d'origine israélienne qui a tout pour plaire: une beauté fascinante, une voix envoûtante.
Mais son plus grand mérite réside avant tout dans le combat qu'elle mène depuis quelques années déjà : la sauvegarde d'un dialecte judéo-espagnol menacé de disparition, le ladino.

L'engagement des Lévy.

Fille du regretté chanteur et musicien d'origine turque Yitzhak Lévy, elle poursuit le combat que lui a légué son père. Ce dernier a consacré une grande partie de sa vie à la recherche de chansons traditionnelles séfarades, transmises oralement de génération en génération, sur plus de 500 ans. Il s'est rendu compte que cette langue constituait un véritable trésor. Muni d'un magnétophone, il enregistrait les voix des quelques Séfarades qu'il rencontrait en Israël. Une tâche complexe, digne d'un « ethno-linguiste ».

Yasmin, elle, innove. Dans ses différents albums, et surtout dans « La Judería » (Adama Music, 2005), elle puise dans le patrimoine chanté des Juifs séfarades et nous livre une interprétation personnelle, originale de chants liturgiques et profanes ladinos qu'elle revisite: elle s'aventure dans le monde du flamenco en y mêlant des influences du Moyen-Orient et le son de divers instruments (violoncelle, oud...). Elle y voit le moyen de « ramener le ''ladino'' en Andalousie, par l’intermédiaire du flamenco, ce style qui porte en lui le souvenir musical du vieux monde maure et judéo-espagnol, avec les sonorités du monde arabe. ». Une vraie « réconciliation musicale et historique » se plaît-elle à dire. Il est vrai que l'Espagne du Moyen-âge avait cette particularité de regrouper trois cultures différentes sur ses terres (chrétiennes, juives et musulmanes). Et si l'entente ne fut jamais totalement cordiale entre ces trois communautés, chacune y laissa une trace culturelle riche.

Le ladino, une langue en voie de disparition...

Avec moins de 20 000 locuteurs à travers le monde, l'UNESCO a classé le ladino comme langue menacée de disparition. Yasmin Levy avance des raisons politiques pour expliquer cette extinction : en plus de la Shoah, un phénomène d'uniformisation de la langue en Israël aurait également affecté cet idiome. «Quand l'État d'Israël fut crée en 1948, Ben Gurion imposa l'usage de l'hébreu dans le but d'unifier la langue car, nous les juifs, on venait de plusieurs pays. Le ladino devint alors une langue quasi secrète et cette génération qui arriva sur la nouvelle terre d'Israël fut la dernière à la parler », témoigne l'artiste.

Yasmin reste pessimiste quant au devenir de ce dialecte: « Dans 50 ans, plus personne ne parlera ladino; c'est une langue que l'on peut étudier à l'université, mais qui se parle à peine de nos jours. Seules quelques personnes âgées, octogénaires, nonagénaires la pratiquent mais nous, les nouvelles générations, ne l'avons plus apprise. Et la langue, si tu ne la vis pas, elle ne vit plus ». La culture ladina s'éteindrait petit à petit: «On n'y trouve pas de tradition, de plat, de vêtement typique...seulement la musique. » C’est là qu'interviennent Yasmin Lévy et sa troupe de talentueux musiciens. Pour l’artiste, la musique est un des rares moyens qui garantisse la survie de cette langue séfarade. En chantant en ladino, c'est tout un pan de l'histoire du peuple juif qu'elle veut nous transmettre et ainsi, par la musique, elle permet à ce riche passé de renaître à nouveau de ses cendres.

Laissez-vous imprégner par le caractère magique, spirituel et passionnel (flamenco oblige) de sa musique...

Lire aussi dans www.ABC.es, l'article daté du 19 octobre 2009, écrit par Julio Bravo