Y a-t-il quelqu’un pour contredire M. Slama ?

Article publié le 27 mai 2009
Article publié le 27 mai 2009
Par Guillaume Delmotte Qui ne connaît pas Alain-Gérard Slama ?
Normalien, maître de conférences à Sciences po où il enseigne l’histoire des idées politiques, chantre du « libéralisme », chroniqueur au Figaro et à France Culture, où il officie chaque jour, du lundi au vendredi, à 8 Heures moins 5, dans l’émission Les Matins, qu’anime avec talent et assurance Ali Baddou, et ce vingt minutes avant l’intervention de l’inénarrable Alexandre Adler. Vingt minutes, ce n’est pas trop pour se remettre.

M. Slama a quelques sujets favoris, quelques lubies, que la station radiophonique relaye depuis des années. Parmi les maux qui affligent M. Slama figurent notamment le communautarisme, mais aussi la social-démocratie et, de façon plus générale, les lois qui, c’est selon, ont soit des effets pervers, soit sont frappées d’inanité, soit encore mettent en péril la liberté. M. Slama, lorsqu’il évoque l’action publique, est en effet prompt à entonner la rhétorique réactionnaire, telle que l’a décrite Albert Hirschman. Le plus étonnant, ce n’est pas tant l’existence de la chronique de M. Slama sur France Culture, que l’absence presque systématique de contradiction de la part des invités d’Ali Baddou, lorsque ces derniers sont amenés à commenter le billet de M. Slama : « Je partage l’avis de mon excellent confrère », « Ce que dit M. Slama est très juste », « J’écoute régulièrement M. Slama et je suis souvent d’accord avec lui », etc. Rares sont ceux qui ont l’impertinence d’être en désaccord avec le sermon matinal de M. Slama. A 8 heures, la messe est dite.

Lors de son intervention du lundi 25 mai 2009, c’est la social-démocratie, cette fois-ci, qui a été l’objet de l’attention de M. Slama et, tenez-vous bien, elle serait responsable de l’abstention aux élections européennes ! La démonstration, que je vais résumer ici, est imparable. S’appuyant sur les meilleurs auteurs (Tocqueville en tête, évidemment), M. Slama en vient à décrire l’inévitable déclin de l’esprit civique d’individus nourris au lait de l’Etat–providence, du berceau à la tombe. La cause est entendue : la substitution inexorable de la responsabilité collective à la responsabilité individuelle, la centralité du compromis sur les seuls intérêts sociaux, bref « la sortie du politique » qu’engendrerait la social-démocratie – fondement de l’identité politique de l’Union européenne, selon M. Slama – est à l’origine de la désaffection des électeurs, de moins en moins intéressés à la participation politique. S’il n’y avait qu’un argument à avancer pour contredire M. Slama, ce serait le taux de participation aux scrutins législatifs en Suède, terre d’élection de la social-démocratie : 86,6 % en moyenne sur les trente dernières années (82 % en 2006).

Le journaliste Jean Quatremer, invité d’Ali Baddou ce jour-là, que l’on a connu mieux inspiré, a trouvé l’explication de M. Slama, « passionnante » et « assez juste ».

(Photo : Flickr/Lattes, Petit poste de radio design et bariolé)