Wwoofing : retour aux origines et à la nature

Article publié le 3 septembre 2014
Article publié le 3 septembre 2014

Au coeur du chaos et de la frénésie de la société moderne, une organisation internationale permet de redécouvrir le rapport primordial avec la terre et la nature. Tout le monde peut pratiquer le Wwoofing, ça ne coûte rien, et ce concept attire de plus en plus de jeunes (mais pas que) européens. Aperçu d'une expérience menée sur les terres fertiles du Canada.

Trois semaines plus tôt, j’ai quitté la circulation de Montréal pour venir travailler dans un refuge pour ânes dans le Pontiac, au Québec. Christian, le propriétaire m’attendait à la gare de Gatineau et dès qu’il m’a vue il a démarré sa vieille Land Rover. Nous nous sommes rapidement éloignés de la ville qui n’était bientôt plus qu’un souvenir informe, un bouillement de bruits confus et de gris.

« On dirait que c'est un travail où il faut savoir aboyer »

Lorsque j’ai écrit à un ami italien pour lui dire que je me trouvais dans une ferme perdue dans la campagne, entourée par les loups et les ours et avec une connexion internet lente et pas très fiable pour faire du Wwoofing, sa réaction a été plus que prévisible : « Wwoofing ? On dirait que c’est un travail où il faut savoir aboyer. » Pourtant l’organisation WWOOF (Word Wide Opportunities on Organic Farms), est une excellente opportunité (et peu coûteuse) pour les voyageurs curieux, les amoureux de la campagne, les écologistes mais aussi pour ceux qui sont simplement à la recherche de nouvelles aventures. Le Wwoofing est apparu en 1971 en Grande-Bretagne pour promouvoir l’agriculture organique. Actuellement près d’une centaine de pays dans le monde entier dont de nombreux pays européens compte une organisation WWOOF officiellement reconnue.

Les pays ayant une organisation WWOOF officielle ne demandent quasiment jamais de permis de travail aux étrangers qui veulent participer au programme parce que les wwoofers ne perçoivent pas de salaire. « Faire du wwoofing » ne signifie pas travailler dans le sens traditionnel du terme : le principe de l’association consiste plutôt à favoriser un échange de connaissances, d’assistance, d’aide entre les hébergeurs (propriétaires de fermes ou de refuges pour animaux, commerciaux ou non) et les hôtes qui offrent leur temps et leur énergie en échange d'une nouvelle expérience et d’un hébergement gratuit. La période de volontariat peut durer de quelques jours à plusieurs années.

On ne peut décrire la journée type d’un wwoofer, tout dépend de l’endroit où il travaille. La liste des fermes participantes détaille habituellement les tâches à effectuer, combien de wwoofers peuvent être accueillis à une même période, le type de repas servis, les horaires de travail, les éventuelles règles spécifiques qui doivent être respectées (en plus des fondamentaux permettant une cohabitation pacifique). Les wwoofers peuvent déjà avoir une expérience dans le secteur où ils souhaitent travailler, mais il s’agit généralement de débutants de tout âge, d’origine sociale et professions différentes, qui veulent connaître de nouvelles personnes, sortir de leur routine, apprendre un nouveau métier dans un environnement sain, naturel et tranquille.

Pourquoi WWOOFER ?

Christian, le propriétaire du refuge pour ânes où je travaille, accueille des wwoofers depuis environ dix ans et il est toujours plus convaincu de l’importance de ce projet. « J’aimerais souligner que le concept clé est l’échange. L’échange matériel, mais surtout l’échange humain, c’est une opportunité d’enrichissement personnel », dit-il en souriant avec ses grands yeux bleus pétillants et en sirotant sa bière. « Chaque coin de cette maison, de cette ferme et de ce jardin est lié à une personne qui m’a aidé à le construire, à le décorer ou à l’améliorer. Par exemple, le poulailler me rappelle une Française qui est venue ici : elle était médecin et c’est elle, si intellectuelle et au début si maladroite et pas sûre d’elle qui l’a construit. Chacune de ces personnes m’a enseigné quelque chose, et j’espère en avoir fait autant pour elles », conclut-il. .

« C’est un peu comme si on voyageait » ajoute Monique, sa femme. « Nous avons des wwoofers qui viennent du monde entier, qui nous ouvrent de nouveaux horizons, nous font découvrir des endroits et de nouvelles cultures. C’est également très important pour nos enfants, ça leur permet d’apprendre un tas de choses grâce à nos hôtes, surtout l’ouverture d’esprit et la tolérance. Pas vrai Arnaud ? » Arnaud, le fils cadet âgé de quinze ans me regarde et sourit tout en caressant la tant aimée et fidèle chienne de la maison dont il se sépare jamais. Il est passionné par les langues étrangères, surtout l’italien et l’espagnol et chaque soir il vient me répéter les phrases qu’il a apprises pendant la journée.

Plus que du tourisme

Sylvie et Yvan, les voisins de Christian vivent en ville mais chaque été ils aiment venir passer un mois à la campagne et s’occuper du potager et des animaux. Nous sommes assis à leur véranda, à l’ombre, lors d’un après-midi ensoleillé. Ils m’expliquent qu’eux aussi ont fait partie de la grande famille des wwoofers quelques années auparavant, lorsqu’ils entreprenaient un voyage de quatre mois en Australie. « Faire du wwoofing n’est pas du tourisme. Cela signifie connaître les personnes qui nous hébergent, contribuer à un de leur rêve, apprendre à faire quelque chose de différent, mais surtout vivre des expériences inoubliables qu'un simple touriste ne connaîtra jamais. »

Sylvie est comptable et mène une vie paisible à Montréal. Elle se rappelle qu’« Au départ on était un peu effrayé. On avait déjà plus de quarante ans et c’était la première fois qu’on partait dans un pays lointain pour aussi longtemps. Mais c’est une des expériences les plus significatives et gratifiante qu’on ait jamais vécu. »

Le soir venu, nous nous rendons tous dans la grande tente indienne de Christian au milieu des champs pour faire un barbecue et parler de nos expériences de vie. On se recueille souvent en silence autour du feu pour écouter les cris des loups et des coyotes au loin. A la campagne, il y a beaucoup de moustiques certes, mais le vert intense des prés et le doux bruit d’une cascade sont une panacée pour les sens épuisés par la confusion de la ville.