Workeer : le Linkedin des réfugiés

Article publié le 14 septembre 2015
Article publié le 14 septembre 2015

« Workeer » est la première bourse de formation et d'emploi pour les migrants d'Allemagne. C'est à l'occasion de leur mémoire que les deux étudiants berlinois, David Jacob et Phillip Kühn, ont créé une plateforme pour faciliter l'insertion professionnelle des réfugiés. Entretien avec deux gros bosseurs.

cafébabel : Pour le moment, Workeer n'en est qu'à ses débuts. Quelles sont les nouveautés prévues pour le lancement fin 2015 ?

Workeer : Il y a différents domaines que nous souhaitons encore aborder. Au cours des premières semaines, nous avons eu des retours sur un sujet et beaucoup de pistes d'amélioration nous ont été données. On regarde ce que l'on nous recommande. Et ainsi, on vise à s'améliorer et à se développer d'un point de vue fonctionnel. Par ailleurs, le thème du multilinguisme est récurrent. À nos yeux, c'est un thème qui nous paraît très important. Nous souhaitons développer la plateforme en anglais et éventuellement en arabe.

Dans un troisième temps, nous aimerions offrir des pages d'informations disponibles sur cette plateforme afin de pouvoir répondre aux questions des employeurs. Sous quel statut dois-je déclarer tel emploi ? Au sein de quelle administration ou au près de quelle autorité dois-je déposer un dossier ? Ce qui veut dire : des démarches pas-à-pas. Bien évidemment, les migrants doivent aussi pouvoir avoir accès à ce système. À travers ces pages d'informations, il est intéressant pour eux de savoir pour quels emplois ils peuvent postuler. De plus, nous envisageons aussi d'intégrer un système de médiation ou de parrainage. De ce fait, les employeurs ont un regard quant aux initiatives des réfugiés. De cette manière, le recours à celles-ci permettrait de se mettre en relation.

cafébabel : Workeer a vu le jour comme projet final d'intérêt commun – sans aucun plan de financement ou de coopérations. Entre-temps, des centaines d'offres d'emploi et de candidats se sont retrouvées sur votre plateforme. Dans quelle mesure cherchez vous un soutien de la part d'initiatives, d'institutions ou d'entreprises ?

Workeer : C'est un sujet que nous allons aborder dans les semaines et mois à venir. Nous devons réfléchir à la manière dont nous allons développer notre plateforme autour d'une base professionnelle et la façon dont nous allons en assurer la pérennité. Nous devons analyser les propositions et isoler celles avec qui nous pouvons collaborer. C'est vraiment décisif. Il faut également se demander si, d'une manière ou d'une autre, il nous faut mettre en place un financement. Cela nous permettrait ainsi d'embaucher deux ou trois professionnels qui nous épauleraient quelques jours par semaine. Actuellement, le travail que nous faisons à deux n'est pas envisageable sur la durée.

cafébabel : À quoi pourrait ressembler une telle coopération?

Workeer : Nous pourrions travailler en collaboration avec des initiatives qui proposent des « coaching de candidature » et analysent les profils des candidats. Ce serait l'opportunité de contacter les réfugiés et de les aider à remplir correctement leur dossier. Nous pourrions ainsi valoriser la qualité de leurs profils. Mais nous sommes également à la recherche d'initiatives qui peuvent nous aider via la médiation.

cafébabel : Avez-vous d'ores et déjà trouver des collaborateurs ?

Workeer : Nous avons eu un grand nombre de contacts. Plusieurs institutions nous ont écrit, des organisations et des administrations telles que l'Agence Nationale pour l'Emploi. De nombreuses personnes faisant partie du projet « Early intervention » nous ont aussi contactés. Nous interagissons peu à peu avec les différentes gens, nous dialoguons et voyons s'il est possible, via des ententes mutuelles, de mettre en place une juste collaboration.

cafébabel : Depuis la fin de vos études, vous travaillez tous les deux. David, tu as un poste fixe dans une agence, et toi Philipp, tu es en freelance. Comment trouvez vous le temps de vous occuper de Workeer ?

Workeer  : Oui, c'est assez compliqué. Je continue à travailler beaucoup après ma fin de journée et le week-end, je passe aussi du temps dessus. Mon patron me laisse trois heures de libre par semaine pour travailler pour Workeer. Pour ces heures, je suis payé normalement et il soutient ainsi le projet. Et cela simplifie les choses car certains rendez-vous ne sont possibles que sur la majeure partie de mon temps de travail. Pour Philipp, c'est différent. En tant qu'indépendant, le temps passé à travailler sur Workeer est du temps pris sur son travail. Mais en théorie, il pourrait consacrer du temps au projet. La question est de savoir si nous pouvons trouver un financement pour le rémunérer afin que son investissement pour Workeer soit avantageux.

cafébabel : Pourriez-vous imaginer abandonner votre projet par manque de temps?

Workeer : Rien de plus facile. Nous voulons développer Workeer et mettre en place une version 1.0 qui est déjà terminée et qui ne nécessite pas de développement. Dès lors, nous souhaiterions travailler en partenariat uniquement en ce qui concerne les dépenses administratives et de santé. Chose qui ne changera jamais. Workeer est notre bébé. Depuis le début, ça a été notre projet. C'est nous qui l'avons fondé et le fait de s'en séparer serait quelque chose de difficile pour nous deux. Alors j'imagine que l'on gardera un rôle de directeur ou de conseiller au sein de l'entreprise. On peut, de ce fait, proposer de nouvelles idées et cogérer la direction. Car nous avons une idée bien précise quant au devenir de notre plateforme. Nous n'accepterions pas que la gestion de Worker ne corresponde en aucun cas à l'image que nous nous en faisions.