Was’n dit – De l’utilité (ou pas) du printemps berlinois

Article publié le 7 avril 2009
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Article publié le 7 avril 2009
Dans cette série de Babel Berlin, des Allemands et d'autres Européens berlinois se demandent réciproquement en bon dialecte Berlinois: "Was'n dit !?" („Mais ? C'est quoi ce truc !?") Ainsi découvrent-ils les grandes et petites curiosités de la ville et essayent de comprendre de quoi il en ressort.

Quand on arrive de France, surtout de l’Ouest, on vit dans un monde un peu naïf où une année serait divisée en quatre saisons : l’automne et les feuilles qui tombent, l’hiver froid et la neige qui tombe, le printemps où tout fleurit et l’été, la chaleur et les vacances. Elémentaire, mon cher Watson ? C’est ce que j’ai toujours cru avant d’arriver à Berlin. C’est d’ailleurs pour ça que j’avais acheté une veste de printemps que l’on appelle ainsi car c’est une veste que l’on met au printemps, après la doudoune d’hiver et avant le T-shirt d’été. En réalité, la veste de printemps est un énorme attrape-touristes, du même acabit que les vrais bouts de mur certifiés conformes, assurés vraiment si-si on vous jure. Ou plutôt un attrape-néo-Berlinois, de ceux qui vivent leur premier mois de mars-avril à Berlin.

En effet, j’avais été surpris la première fois lors que j’étais arrivé à Berlin au mois de mars. Cette hystérie collective des Berlinois quand IL a fait son apparition. « IL » ? C’est bien sûr LE premier rayon de soleil. Tout d’un coup (et quand je dis tout d’un coup, c’est vraiment l’espace d’une demi-heure), l’ensemble de la ville se jette sur les terrasses, enfile ses lunettes de soleil de mouche (pour se protéger DU rayon de soleil) et commande une glace, allez, soyons fous. J’avais d’abord été un peu effrayé de cet orgasme climatique collectif (sur lequel je ne m’étendrais pas car cet article devrait sinon passer dans la rubrique Berlin aber sexy) puis j’ai compris. J’ai en effet vécu l’Hiver berlinois avec un grand H. L’Hiver qui commence début octobre et qui finit fin mars. Six mois. Six mois sans voir le ciel et a fortiori le soleil. Six mois de gris clair, de gris foncé, de pluie, de neige pas belle, de re-pluie, de vent sibérien, de -21° à l’ombre. Comme si il y avait autre chose que de l’ombre. Alors j’ai vu. J’ai vu une ville en hibernation, guettant la moindre montée du mercure ou se résignant à l’idée que plus jamais le ciel ne serait bleu. Alors, bizarrement je me suis mis aussi, moi qui était athée en ce domaine, à croire en LUI, en ce rayon de soleil qui était aller se dorer la pilule dans le 17e Bundesland allemand à Mallorca.

Peut-être touché par cette prière collective, IL a fait une de ces apparitions à vous scotcher plus d’un climatologue. Sournois comme un suricate, il est arrivé juste avant le 1er avril, d’un coup d’un seul. Et là, tout a explosé, les terrasses, les parcs, les plages, les piscines, les marchands de glace, les unes des journaux : IL est revenu. IL est tellement revenu qu’il nous a foutu un beau + 15° en une semaine. Un jour les gants, le lendemain la crème solaire. Un jour le chauffage sur 5, le lendemain les fenêtres ouvertes toute la journée.

Et la crise dans tout ça ? me direz-vous. Pff, Berlin est en crise depuis tellement longtemps que c’est pas ça qui va gâcher l’apparition du premier rayon de soleil. Ici, le leitmotiv, c’est déjà comment vivre avec le moins d’argent possible et trouver toutes les occupations alternatives pour chercher voir se créer son propre boulot. Les Berlinois sont encore une fois, bien malgré eux, précurseurs en ce domaine. Donc, au diable la crise et vive les piscines ! Et ma veste de printemps dans tout ça ? Inutile à 3°, elle l’est tout autant à 20°. Mais je n’ai pas dit mon dernier mot, je vais la refourguer au prochain néo-Berlinois que je croise !