Wadjda : errance d'Arabie

Article publié le 16 avril 2013
Article publié le 16 avril 2013
La petite Wadjda (10 ans) rêve d'un vélo vert avec des rubans colorés sur le guidon. Il y a juste un problème : à Ryad, il est interdit pour les filles de faire du vélo. Mais la où il y a volonté, il doit bien y avoir une façon d’y arriver.
A l'occasion de la cloture du Human Rights Watch Film Festival à Londres, une salle pleine a accueilli le film Saoudien Wadjda, à grand renfort d'applaudissement.

C’est l’histoire de deux premières fois : Haifaa Al Mansour est la première réalisatrice saoudienne à tourner de bout en bout son film Wadjda (2012) dans son pays natal. Dans un pays où il n'existe pas de salle de cinéma, c'est tout sauf évident. Grâce au soutien de l'Europe et avec la participation du duo de producteurs berlinois : Roman Paul et Gerhard Meixner - qui avait déjà rendu possible Paradise now (2005) et Valse avec Bachir (2010) - elle a pu donner vie à son projet au Moyen Orient.

Dans Wadjda, l'héroïne de Haifaa Al Mansour ne se laisse pas impressionner par les interdits et les non-dits. Sous son hijab, elle porte des chaussures de sport Chuck Taylor et son sac d'école est plein à craquer de cassettes de musique pop occidentale, au grand dam de la directrice de l'école qui la remet régulièrement à sa place. Wadjda doit aussi se soumettre à un certain dress-code, celui du règlement. Aussi, la fillette s’adapte, se conforme afin d'être acceptée dans « le club du coran ». La voilà qui porte progressivement le voile et maquille ses chaussures avec un feutre noir pour les rendre plus appropriées.

La caméra de Al Mansou s’attarde sur ce conformisme, ce « bienvenue au club », sensiblement lorsque la directrice de l’école espère de la petite fille qu’elle devienne responsable en rentrant dans le rang. Comme les autres écolières déjà formatées.

Quelque chose de Persepolis

Le film rappelle la version cinématographique (2007) de l'autobiographie dessinée de Marjane Satrapi, qui raconte son enfance et sa jeunesse en Iran pendant la révolution islamique. Exactement comme Marji, Wadjda est aussi une jeune fille ouverte sur le monde, dont l'individualité sort des cadres traditionnels et doit sans cesse lutter contre la pression religieuse et culturelle de son pays. Dans les deux films, on approche avec beaucoup d’humour des thématiques sérieuses.

Le spectateur trouve sans doute plus facile de s'identifier aux protagonistes d'une culture étrangère. Une culture dans laquelle les femmes ne comptent pas beaucoup. Quand Wadjda voit qu'elle - comme toutes les femmes de la famille - n'apparait pas dans l'arbre généalogique, elle essaie de corriger cette erreur et épingle un papier avec son nom sur l'arbre. Le lendemain matin, il a disparu.

Bien que le film ne donne qu’un bref aperçu de l'oppression des femmes en Arabie Saoudite, il a été salué par l'organisation Human Rights Watch Film Festivals à Londres, qui attire l'attention, avec cette histoire apaisée, sur la situation des femmes dans la péninsule arabique.

Dans son World report annuel, l'ONG Human Rights Watch témoigne de l'oppression des femmes et des jeunes filles en Arabie Saoudite : voyager ou diriger leur propre affaire ne leur est pas permis. Elles ont également besoin de la permission de leur tuteur masculin pour de nombreux actes médicaux.

Pendant le tournage, la réalisatrice Al Mansour a filmé et dirigé le tournage depuis une voiture, parce qu'il était impensable qu’une femme en train de travailler puisse être aperçue dans la rue. .Ce qui renforce d’autant plus le contraste des scènes où elle marche dans la rue, sa longue robe cachant son jean. Ses droits individuels, aussi.

Au festival international du film, Wadjda a fait bonne impression. Cette première mondiale a été fêtée en août à Venise et a gagné le prix du cinéma d'art et essai. Au festival international de Dubaï, en décembre 2012, il a gagné le prix du meilleur film et du meilleur scénario. Fin mars, le film d’Al Mansoura inaugurait le festival de Beyrouth. Cette année, on fête la nouvelle renaissance d'un cinéma arabe. En Allemagne, il va falloir patienter jusqu'à l'été pour en faire l'expérience et voir si une petite brèche s’est ouverte dans une société restrictive.

Dans les cinémas allemands à partir du 15 août, en France depuis mi-mars.

Photos : Une © Razor Film; Texte Haifaa Al Mansour © courtoisie de la page facebook officielle d'Haifaa Al Mansour ; Vidéo : (cc) FilmIsNowEU/YouTube