Vox-Pop : l'EuroMaïdan de Paris

Article publié le 3 février 2014
Article publié le 3 février 2014

Les manifestations en faveur de l’Euromaïdan rassemblent régulièrement plus de 300 personnes à Paris. La communauté ukrainienne et ses sympathisants se sont réunis pour la dix-huitième fois depuis le rejet de l’accord d’association avec l’Union européenne afin d’entonner des chants patriotiques et faire entendre leurs slogans révolutionnaires. 

Jus­qu’à pré­sent, les re­ven­di­ca­tions des ma­ni­fes­tants se sont heur­tées à l’in­dif­fé­rence des au­to­ri­tés fran­çaises et eu­ro­péennes et rien ne laisse pré­sa­ger que cette si­tua­tion va chan­ger pro­chai­ne­ment. Les de­mandes d’im­po­ser des sanc­tions éco­no­miques aux oli­garques ukrai­niens ont pour l'ins­tant été re­je­tées par les gou­ver­ne­ments eu­ro­péens le 27 jan­vier der­nier. Pour­tant, le len­de­main, les re­pré­sen­tants de l'UE ont dé­battu de la si­tua­tion ukrai­nienne à Brux­e­lles avec... Pou­tine lui-même. Le car­na­val de la Ré­vo­lu­tion Orange et les vi­sites des mi­nistres eu­ro­péens à Kiev sont loin der­rière nous.

Dix ans après, elle nous rap­pelle plu­tôt la gueule de bois post-car­na­va­lesque  et les nom­breux scan­dales per­pé­trés par le duo Ioucht­chenko-Ty­mo­chenko, qui ex­plique peut-être d'où vient cette apa­thie eu­ro­péenne. Mais alors, qu'est-ce qui in­cite donc les ma­ni­fes­tants à par­ti­ci­per au dé­filé or­ga­nisé en sou­tien à l'Eu­ro­maïdan tous les di­manches à Paris ?

l'EUro­Maï­dan et les re­ven­di­ca­tions de l'op­po­si­tion

Michał, in­gé­nieur po­lo­nais, en France de­puis 9 ans, a contri­bué à l’or­ga­ni­sa­tion de la ma­ni­fes­ta­tion :

« Les Po­lo­nais sont très proches des Ukrai­niens : nous par­ta­geons non seule­ment les mêmes fron­tières mais aussi la même culture. Les Ukrai­niens em­pruntent le même che­min que les Po­lo­nais il y a 20, 30 ans et ont be­soin de notre sou­tien. De plus, je vois que peu de per­sonnes s’y in­té­ressent en France - je crois que c’est sur­tout dû à l’igno­rance et à une cer­taine in­dif­fé­rence so­ciale. Je ne peux pas aller en Ukraine alors je m’en­gage dans l’or­ga­ni­sa­tion de la ma­ni­fes­ta­tion à Paris. »

Mat­thieu, ci­néaste fran­çais :

« J’ai beau­coup d’amis ukrai­niens. Je suis de près tout ce qui se passe en Ukraine et je vou­lais leur mon­trer ma so­li­da­rité et mon sou­tien par ma pré­sence à la ma­ni­fes­ta­tion. »

Bog­dan, fonc­tion­naire au mi­nis­tère des Af­faires étran­gères, fran­çais d’ori­gine ukrai­nienne :

« Je sou­tiens les re­ven­di­ca­tions de l’op­po­si­tion de tout mon coeur. J’es­père qu’un jour l’Ukraine sera un pays sûr et dé­mo­cra­tique. À long terme, le futur de l’Ukraine est au sein de l’UE et ces ma­ni­fes­ta­tions consti­tuent un pas vers l’Eu­rope. »

Mme Do­rosh, psy­cho­logue re­trai­tée, tra­duc­trice de poé­sie ukrai­nienne, Ukrai­nienne née en France :

« Je prie pour que Pou­tine et Ia­nou­ko­vitch dis­pa­raissent de ce monde. L’in­fluence russe ainsi que la do­mi­na­tion de cette langue en Ukraine m’in­sup­portent. Fran­che­ment, je n’ai plus la force de sup­por­ter les scan­dales et les ma­ni­pu­la­tions des hommes po­li­tiques, je n’at­tends qu’une chose : que les membres du gou­ver­ne­ment crèvent. Tous. »

Roman, Ukrai­nien, en France de­puis 13 ans :

« Nous avons le droit de de­man­der la ré­vo­ca­tion des lois adop­tées en jan­vier puis­qu'elles ont été im­po­sées à la so­ciété ukrai­nienne. Pour­tant, la vio­lence n’a ja­mais mené à rien de bon. Mal­gré tout, le gou­ver­ne­ment en place a été élu par les ci­toyens. Pour cette rai­son, nous ne pou­vons pas contes­ter son man­dat, ce que nous de­vrions faire plu­tôt c’est cher­cher des so­lu­tions pa­ci­fiques pour mettre fin à ce conflit. Des élec­tions an­ti­ci­pées ? Pour­quoi pas, mais, même dans un pays eu­ro­péen, il se­rait dif­fi­cile d’écar­ter du pou­voir un gou­ver­ne­ment élu dé­mo­cra­ti­que­ment. Je suis de tout coeur avec les ma­ni­fes­ta­tions à Kiev, mais je m’op­pose fé­ro­ce­ment à luti­li­sa­tion de la vio­lence - c’est mettre de l’huile sur le feu pour ceux qui pré­sentent ces ma­ni­fes­ta­tions comme une pro­vo­ca­tion po­li­tique. Les agents de po­lice sont aussi des ci­toyens ukrai­niens et ils font leur tra­vail. »

l'op­po­si­tion et ia­nou­ko­vitch

Mi­chał :

« Je suis contre l'idée d'un gou­ver­ne­ment com­mun de l'op­po­si­tion parce que la si­tua­tion en Ukraine ne res­semble pas à celle en Po­logne. Les Ukrai­niens font cou­ler le sang avec pré­mé­di­ta­tion. J’ai l’im­pres­sion que les fon­de­ments mo­raux du gou­ver­ne­ment de Ia­nou­ko­vitch ont dis­paru. En tant que Po­lo­nais, je n’ai pas le droit de dire aux Ukrai­niens ce qu’ils doivent faire, mais si j’étais à leur place, je se­rais contre cette me­sure. »

Da­niel, Fran­çais, pro­fes­seur de ma­thé­ma­tiques :

« Ce gou­ver­ne­ment com­mun, c'est un piège ! L’op­po­si­tion ne de­vrait sur­tout pas ac­cep­ter cette so­lu­tion sans dis­po­ser de la ma­jo­rité au Par­le­ment. Ia­nou­ko­vitch fera tout pour gar­der le pou­voir de son côté. »

Teo­dor, ébé­niste re­traité, Ukrai­nien, membre de l’Or­ga­ni­sa­tion des na­tio­na­listes ukrai­niens, en France de­puis 50 ans :

« Ia­nou­ko­vitch en a déjà fait assez, il est temps pour lui de quit­ter la po­li­tique. Il faut re­gar­der at­ten­ti­ve­ment quelles ont été réel­le­ment ses ac­tions, confis­quer ses biens et le mettre en pri­son pour quelques an­nées. Non, j’ai mieux ! Il faut le faire ba­layer les trot­toirs de­vant le pa­lais pré­si­den­tiel ! »

Klit­schko comme lea­der de l'op­po­si­tion

Mi­chał : 

« Il a l’étoffe d’un di­ri­geant. On ne de­mande pas à un di­ri­geant d’être un génie, on lui de­mande de di­ri­ger. Il fait de la po­li­tique parce qu’il le veut : il a gagné assez d’ar­gent pour vivre dans le confort et ne pas avoir à s’en­ga­ger dans la po­li­tique. »

Bog­dan :

« Klit­schko fe­rait un très bon pré­sident car il sait unir la so­ciété ukrai­nienne de l’est et de l’ouest. Le manque d’ex­pé­rience en po­li­tique joue en sa fa­veur et dé­montre son hon­nê­teté et ses bonnes in­ten­tions. »

Mme Do­rosh :  

« Il est OK, mais il doit ap­prendre l’ukrai­nien au plus vite (en réa­lité il le parle, ndlr) ! C’est scan­da­leux qu’il ne parle que le russe. »

Teo­dor :

« C’est Klit­schko qui est le meilleur can­di­dat parce qu’il a gagné de l’ar­gent à la force de ses bras. Le reste des ma­ni­fes­tants c’est la même bande d’es­crocs et de ban­dits que Ia­nou­ko­vitch. Klit­schko c’est le seul homme hon­nête là-bas. »