« Vous n’avez rien contre les jeunes ?»

Article publié le 20 novembre 2007
Publié par la communauté
Article publié le 20 novembre 2007
Dites, vous connaissez cet épisode de South Park où Cartman se met en tête de prouver que le 11 septembre est en fait une conspiration du gouvernement des Etats-Unis ?
A la fin, ils se rendent tous compte qu’en fait il n’y a pas de conspiration, mais que le gouvernement s’arrange pour qu’on le croie, parce que comme ça maintient l’idée qu’il contrôle les choses, qu’il a du pouvoir, alors qu’en fait il contrôle rien du tout.

C’est un peu pareil avec la droite française au pouvoir depuis 2002. Ils préfèrent nous faire croire que ce sont des gros méchants capitalistes alliés au patronat plutôt que de nous laisser découvrir l’affreuse vérité : ils ne comprennent rien à ce qu’ils font…

Prenons les grèves des étudiants par exemple. Bon, on est tous d’accord, la loi d’autonomie c’est un prétexte, c’est surtout une façon pour les syndicats étudiants d’en remettre un coup après le CPE. Et ça marche ! Pourquoi ? Parce que les étudiants sont toujours aussi angoissés sur leur avenir. Parce qu’ils ont l’impression que le marché du travail est une sorte de citadelle imprenable. A l’époque du CPE, le gouvernement disait qu’en fait c’était pour aider l’emploi des jeunes, favoriser leur insertion, tout ça. Y’avait du vrai là dedans. Sauf qu’ils s’y sont pris comme des manches.

Reprenons : qu’est-ce qui s’est passé juste avant les manifs contre le CPE ? Les manifs de stagiaires ! Donc, au moment où on parle d’emplois précaires, on annonce une mesure qui semble « précariser » encore plus les jeunes ! Bravo…

Alors, qu’est-ce qu’il aurait fallu faire ? Et bah traiter les deux problèmes en même temps, mon capitaine ! Faire une annonce groupée. D’un côté, on crée le CPE, qui flexibilise l’emploi des jeunes. De l’autre, on renforce le statut des stagiaires. Et là, il faut être précis :

-         On impose un salaire minimum, 50% du SMIC, dès le premier mois de stage.

-         On enregistre les conventions de stage à l’Inspection du Travail, qui peut s’assurer qu’un même poste n’est pas continuellement occupé par des stagiaires.

-         En compensation, on exonère les rémunérations de stage de charges sociales.

Ces mesures sont en particulier défendues par l’UNEF (un des principaux syndicats étudiants en France), qui dit pas toujours que des conneries…

Donc, CPE plus renforcement du stage, ça amène à quoi. Et bien ça réduit le fossé entre les études et l’emploi, entre ce qui relève de la formation et ce qui relève du salariat.

Olivier Blanchard, économiste de son état, a bien analysé le marché du travail européen et surtout français en démontrant que celui-ci était « dual », c'est-à-dire qu’il oppose des emplois très protégés, en particulier le contrat à durée indéterminé français, et des emplois précaires, stages, contrats courts etc. (Voir à ce sujet un bon petit livre : L’Europe déclassée ?, Blanchard, Pisani-Ferry, Wiplosz, Flammarion 2005)

Avec cet ensemble de mesures, on aurait réduit la dualité du marché du travail, fait du stage une vraie introduction au monde du travail et surtout valorisé les jeunes diplômés. Mais on ne l’a pas fait, et on a préféré reporter la réforme aux calendes grecques. Certains diront que finalement les milieux économiques ne tenaient pas tant que ça au CPE et que la droite leur a servi la soupe. Possible. Moi je pense que c’est pas de la compromission. C’est surtout un véritable manque d’imagination et de créativité. Et ça, c’est beaucoup plus grave.

Alexis Brunelle