Vous avez dit « RGPP » ?

Article publié le 10 avril 2008
Article publié le 10 avril 2008
Strasbourg, le 10 avril 2008 Par Grégoire Labbé Un nouveau sigle a fait son apparition dans le langage politico-médiatique : « RGPP », pour « Révision générale des politiques publiques ». En réalité, ce n’est pas totalement une nouveauté. La « revue générale des politiques publiques » avait été annoncée pour la première fois en juin 2007 par le Premier ministre.
Après une année au compteur, le Gouvernement entame maintenant cette révision générale.

On admirera l’inventivité de la novlangue technocratique. En effet, il est formellement interdit de parler de « rigueur », terme honni, faisant référence à des expériences malheureuses sous la Vème République (Barre, Mauroy, Juppé) – il me semble pourtant que l’on en manque, de la rigueur. On lui préférera, dans une visée cosmétique, le mot de « réforme » ou celui de « modernisation » qui sont tout de même plus convenables et, surtout, tellement mieux à même de faire passer l’amère pilule. Cette « RGPP », qui a même son site Internet (1) – c’est vous dire si c’est moderne –, ne serait donc que la conséquence du vent de réforme qui soufflerait en France, paraît-il, depuis mai 2007. On nous explique aussi que « l’entreprise France » se doit de faire des économies, si elle veut notamment continuer à respecter les exigences européennes en matière de finances publiques, alors qu’elle s’apprête à présider l’Union européenne à partir du 1er juillet prochain. On ne nous dit plus rien en revanche des recettes, diminuées par le « paquet fiscal » : c’est cadeau les amis ! Mais que penser des objectifs de la RGPP : « maîtriser et rationaliser les dépenses publiques tout en améliorant la qualité des politiques publiques » ? Ne s’agit-il pas au fond de l’objectif que devrait assigner en permanence le Gouvernement à l’administration ? Le but pour le service public de produire mieux à un meilleur coût est tout à fait louable. Mais la fixation de critères uniquement quantitatifs (comme le non-renouvellement d’un poste de fonctionnaire sur deux partants à la retraite) ne révèle-t-il pas une vision purement comptable de l’action publique ? Est-on sûr qu’à l’issue de cette « RGPP », qui a tout l’air d’une « RDDP », réduction drastique des dépenses publiques, l’Hôpital public accueillera mieux les malades et favorisera l’égal accès aux soins ou que l’Education nationale permettra aux élèves de s’instruire dans de bonnes conditions sur l’ensemble du territoire ? C’est ce que les citoyens attendent. Sinon, après la révision générale des politiques publiques, c’est un autre « RGPP » qui pourrait être à l’ordre du jour : le renvoi général du pouvoir politique.

(1) http://www.rgpp.modernisation.gouv.fr/cmpp4-4-8/