Vote des étrangers et débat sur l'identité nationale... grecque

Article publié le 13 janvier 2010
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Article publié le 13 janvier 2010
Yorgos Papandréou en parlait depuis le début de son mandat, et a présenté le projet quelques heures avant Noël, aux côtés de son ministre de l'Intérieur: un projet de loi prévoyant d'accorder le droit de vote et d'éligibilité aux étrangers qui vivent sur le sol grec depuis cinq ans, et de faciliter la naturalisation des étrangers et surtout de leurs enfants, dès lors qu'ils ont fréquenté l'école
en Grèce pendant un certain nombre d'années. Mais les réactions qu'il suscite sont loin d'être favorables aux intéressés.

Le projet de loi a été détaillé dans plusieurs journaux le 23 décembre, et prévoit en substance les dispositions suivantes (à lire dans Ethnos): naturalisation pour les enfants nés en Grèce ou/et ayant fréquenté l'école grecque pendant au moins trois ans, et facilitation des démarches administratives en vue d'une naturalisation pour les adultes qui en font la demande (lesquels doivent s'acquitter de la modique somme de 1000 euros, réduite cependant par rapport aux 1500 euros demandés jusqu'à maintenant). L'autre volet de ce projet de loi concerne les étrangers vivant sur le territoire grec depuis plus de cinq ans, et leur permettra, s'ils en font la demande, de voter ou d'être élus aux élections municipales en Grèce. Ils ne pourront cependant pas être élus maire ni président de conseil municipal.

Les réactions politiques sont allées très vite bon train. Le même article précisait que de nombreux ministres craignaient les réactions de l'opinion publique, plutôt défavorable au projet. De fait, le journal Eleftherotypia indique que le site du ministère de l'Intérieur a reçu plus de 3000 commentaires sur le sujet, souvent très hostiles. D'ores et déjà, le parti ultra conservateur LAOS partait en guerre et demandait un référendum pour que la loi puisse être appliquée (et l'on a vu récemment, ailleurs, juste un peu plus au Nord-Ouest, comment des référenda de ce genre pouvaient se terminer). Une fois la trêve de Noël passée, le parti de droite Nouvelle Démocratie, au pouvoir jusqu'en octobre dernier prenait le relais, par la voix de son nouveau président - qui inaugure ainsi d'une drôle de façon son mandat politique (à lire dans Eleftherotypia). Il rejoint d'abord le LAOS sur l'idée d'un référendum, et parle (mais où a-t-il donc entendu cela ?) d'un « sujet d'identité nationale ». Les arguments classiques qui jouent sur la crainte d'une nouvelle vague d'immigration clandestine, attirée par le désir d'obtenir la nationalité grecque, n'ont pas été en reste. Antonis Samaras a également exploité et sur-exploité le réseau lexical forgé sur la racine du mot Grèce, pour mieux marteler la différence qu'il voit entre les Grecs et les non-Grecs. « Les Grecs forment un peuple, et non une population. Ce qui fait la différence entre un territoire géographiquement délimité et un pays uni, et entre une population locale et un peuple, c'est son identité », a-t-il conclu avant de dire que son parti voterait contre la loi, et la ferait abroger dès qu'il reviendrait au pouvoir.

Dès lors, les risques sont grands, estime le journal Eleftherotypia, que Yorgos Papandréou recule face à la pression de groupes racistes et xénophobes. Pourtant, continue le journaliste chargé du dossier, la loi est nécessaire: la Grèce est presque le pays d'Europe le plus à la traîne pour l'efficacité des procédures de naturalisation. Une autre raison à ce projet de loi rejoint la conjoncture économique actuelle catastrophique du pays. Plusieurs fois, le premier ministre a insisté sur la nécessité d'augmenter les cotisations sociales, ce qui ne peut se faire si les étrangers sont en situation irrégulière. Dans l'annonce, faite en décembre, des mesures à adopter pour lutter contre la crise, la nécessité pour tous les employeurs de s'acquitter des cotisations sociales figurait en bonne place, et le premier ministre a promis des sanctions pour les fraudeurs. Xénophontas Kontiadis, professeur de droit public et auteur d'un article d'opinion sur le sujet dans le journal Ethnos, revient sur l'importance du travail des immigrés en Grèce, en particulier dans les secteurs du bâtiment, le secteur agricole et le travail d'employé de maisons: « sans eux, l'économie grecque serait vacillante » (qu'est-ce donc à dire, vue la situation actuelle ?). Donner le droit de vote à des individus qui ont redonné vie à des bourgs en voie de désertification, est-ce vraiment causer du tort au pays ? ajoute-t-il. Malheureusement, la réalité a donné raison aux Cassandre: le journal satirique Pontiki rapportait lundi 11 janvier comment trente individus cagoulés sont entrés dans un local athénien où se déroulait une manifestation antiraciste, et comment ils ont tapissé les lieux de tracts portant des inscriptions à la teneur suivante: « Stop à l'immigration », « Ras-le-bol des immigrés »...