Von Trier, Bier et Mikkelsen: le Danemark sacré aux European Film Awards

Article publié le 7 décembre 2011
Article publié le 7 décembre 2011
Le 3 décembre dernier, l’Académie européenne du cinéma (EFA) a décerné les prix des European Film Awards lors de sa 24e édition. Le cinéma danois a été consacré.

Des mots combatifs et passionnés se firent entendre samedi soir à Berlin, à l’occasion de la remise des European Film Awards. Une fois que les réalisateurs, producteurs, monteurs, scénaristes, compositeurs de musiques de film et autres acteurs venus des quatre coins de l’Europe eurent terminé de se pavaner sur le tapis rouge ou de sourire aux caméras et eurent pris place dans le Tempodrom de Berlin, le réalisateur Wim Wenders fit part de sa volonté de voir une Europe unie exister « en dehors des banques, de la crise économique et de la bureaucratie ». La pensée européenne doit regorger d’émotion, ce que le cinéma est à même d’offrir.

À la création de l’Académie européenne du cinéma à Berlin en 1988, présidait un groupe de professionnels du septième art issus de toute l’Europe, de l’est comme de l’ouest, réunis autour d’un objectif commun : promouvoir, dans un contexte de bouleversements politiques, la culture cinématographique européenne et proposer un contrepoids aux Oscars américains. Claude Chabrol, Ingmar Bergman, Stephen Frears et Wim Wenders comptaient parmi les premiers. Aujourd’hui, ce sont quelque 2 500 professionnels du cinéma qui désignent chaque année les personnalités les plus méritantes du milieu.

Le secret du cinéma danois

©Franziska Krug/ Action Press für EFA2011 fut l’année des productions danoises. Ainsi Lars Von Trier a-t-il remporté le prix du film européen pour son apocalyptique Melancholia, un drame à l’esthétique bouleversante. Manuel Alberto Claro et Jette Lehmann, qui faisaient partie de l’équipe de tournage, se sont quant à eux vu décerner respectivement le prix du directeur photo et celui du chef décorateur. Après avoir été déclaré persona non grata au festival de Cannes cette année en raison de remarques déplacées sur Hitler, Lars Von Trier a décidé de se tenir éloigné de la cérémonie de remise des prix à Berlin et a préféré envoyer son épouse, qui l’a dignement représenté. Sur ordre de son mari, elle n’a transmis aucun message particulier de sa part et s’est contentée d’adresser un signe amical au public avant d’accepter le prix. Manuel Alberto Claro explique en ces termes le succès de Melancholia : « Lars est très doué quand il s’agit d’amener ses acteurs à donner le meilleur d’eux-mêmes ».

De son côté, la réalisatrice danoise Susanne Bier – qui a par ailleurs déjà gagné l’Oscar du meilleur film étranger au début de l’année pour son film Revenge (Hævnen) – peut aujourd’hui se féliciter d’avoir été désignée meilleure réalisatrice européenne. Elle comptait parmi les signataires du manifeste de Dogma95, un collectif de réalisateurs danois qui revendiquait un cinéma « pur » : une caméra portée et tremblante, pas de lumière artificielle, ni flashbacks ni flashforwards. Ce qui implique un scénario bien ficelé, des sentiments exacerbés et des personnages complexes. Ainsi, si la mise en scène de Revenge est celle d’une fiction, la proximité de Susanne Bier avec ses personnages, leurs sentiments, leurs peurs et leurs préoccupations évoque plutôt un documentaire.

Comment explique-t-elle le succès du cinéma danois ? « Le Danemark est un petit pays doté d’une identité culturelle complexe. Les Danois sont constamment à la recherche de diversité culturelle », confie-t-elle. Et Mads Mikkelsen, l’acteur danois qui a obtenu le prix de la contribution européenne au cinéma mondial, d’ajouter : « Nous n’avons pas de gros problèmes politiques ou sociaux, et pouvons ainsi nous concentrer davantage sur les relations humaines. Elles sont très intenses chez nous. »

En plus des Danois récompensés, le réalisateur britannique Tom Hooper a décroché trois prix pour son film historique Le Discours d’un roi, dont le prix du public. Le monteur, Tariq Anwar, peut se féliciter de la reconnaissance accordée à son travail. Colin Firth, désigné meilleur acteur européen, n’a pas pu assister en personne à la cérémonie mais a néanmoins tenu à dire qu’il « dansait intérieurement de joie ».

« En avant, marche, soldats du cinéma européen ! »

« Nous aimons le cinéma européen » ont déclaré les frères Dardenne. Le Gamin au vélo a valu aux deux Belges le prix du meilleur scénario. Pour eux, il s’agit au fond d’une histoire locale que tout spectateur, d’Europe ou d’ailleurs, peut comprendre. « Ce qui est bien dans le cinéma européen, c’est qu’on peut tourner des films dans notre ville d’origine et que le monde entier peut les voir. Chaque film a ses particularités, mais l’histoire est universelle », affirment-ils.

Malgré la confiance placée en eux et l’amour du cinéma sur le Vieux Continent, certains films primés n’ont pas été diffusés partout en Europe et n’étaient connus que dans leur pays d’origine. Le réalisateur allemand Volker Schlöndorff connaît ce problème : « Les films européens se battent encore pour être distribués et vus au delà des frontières de leur pays », explique-t-il. Selon lui, la remise des European Film Awards a été un véritable rocher de Sisyphe, une tâche qui n’en finissait pas. L’Europe est en mouvement, l’Union européenne ne se limite pas à un projet intellectuel, c’est un projet qui fait déjà partie du quotidien de millions d’Européens. Les efforts pour promouvoir le cinéma européen se poursuivent donc. Volker Schlöndorff en appelle d’ailleurs au public : « En avant, marche, soldats du cinéma européen ! »

Photos : Toutes photos  ©Franziska Krug/Action Press für EFA ; Vidéos : Melancholia (cc)RegineVial/youtube ; Revenge (cc)valextrme93/youtube  Le Discours d'un Roi (cc) wildbunchfilms/youtube ; Le Gamin au vélo (cc)MadameFigaro/youtube