Voir Naples et mourir.

Article publié le 11 février 2008
Publié par la communauté
Article publié le 11 février 2008
Regarde Naples, Fête du livre et des cultures italiennes, vendredi 1er février 2008, Paris L’objectif de la soirée « Marathon contre les illégalités » de la Fête du livre et des cultures italiennes n’était pas de démontrer que l’Italie est un pays gastronomique comme le prouvait la ruée vers le buffet, mais plutôt de tenter d’expliquer l’Italie actuelle, à l’aide d’acteurs de la vie culturelle
italienne et de spécialistes de la mafia.

Tout en prenant soin de s’éloigner des clichés tenaces que l’on peut se faire de la Botte, quoi de plus naturel, que de commencer ce marathon par Naples, ville qui fait la une de l'actualité européenne régulièrement.

Quatre règles de vie napolitaines

Isaia Sales, spécialiste des problèmes liés à la criminalité et à la Camorra, a débuté son intervention par une affirmation qui pourrait à elle seule résumer la situation napolitaine actuelle : « Ce n’est pas un bon moment pour Naples ».

Capitale financière et économique du Sud de l’Italie, haut lieu de la culture européenne, la cité a connu de nombreuses chutes à travers son histoire, mais elle a toujours fini par se relever.

Pourtant, cette petite ville (117km² seulement) s’est faite rattrapée par la surpopulation et c’est à ce moment qu’est apparue une différence majeure par rapport aux grandes villes d’Europe et du monde : à Naples, le prolétariat est resté dans le centre au lieu de s’éloigner vers les périphéries de la ville.

Pour les napolitains, l’illégalité et la criminalité sont deux notions totalement différentes. Isaia Sales a d’ailleurs illustré son propos en exposant 4 « règles » napolitaines :

Tant qu’on ne tue personne, il n’y rien de mal à avoir une activité illégale,

Naples est une ville qui tolère l’illégalité (peut-être cela explique en partie que contrairement à la mafia sicilienne, la Camorra est une organisation criminelle urbaine, qui fait participer le sous prolétariat et dont les membres sont fiers et s’exposent),

Il est normal de prendre de l’argent à ceux qui en ont obtenu illégalement. Par exemple, la Camorra ne prenait pas l’argent aux riches mais aux bordels,

Tant qu’on vend quelque chose qui ne « fait pas de mal », c’est toléré.

Avant les années 60, beaucoup de napolitains n’avaient aucune activité professionnelle et se sont naturellement tournés vers des activités illégales (et non pas criminelles !). Il était très facile par exemple de vendre des cigarettes de contrebandes devant la préfecture, les gendarmeries, etc. Mais avec les années 60, arrivèrent la répression et la fermeture du port de Tanger. Ce fut le début de la drogue et la violence. Et malheureusement, les autorités n’ont pas su réagir à temps. Naples s’est alors retrouvée submergée par la criminalité.

Aujourd’hui encore, tout est lié à la Camorra, et le reste de l’Italie ne semble pas se sentir concerné.

Naples commence à Scampia

Maurizio Braucci (auteur napolitain), donne une description différente de la réalité à Naples et entrevoit des solutions.

Il a commencé par raconter qu’un de ses amis vénitiens lui avait affirmé, en voyant les fameuses images des ordures à la télévision, que pour lui Naples n’était pas l’Italie.

Selon lui, la ville a un problème de représentation, d’identité. Le centre est inexistant, irréel. Il n’a aucun pouvoir décisionnaire. C’est à la périphérie qu’il faut regarder pour avoir une idée du présent réel de Naples. Contrairement à Isaia Sales, il fait une distinction entre le prolétariat du centre et celui de la périphérie, le premier se sentant supérieur au second.

Maurizio Braucci pense que le problème des jeunes napolitains est encore plus important que les problèmes économiques et criminels. Il a donc eu l’idée, de monter des projets sociaux-culturels rassemblant tous les jeunes de Naples (de l’extrême prolétariat - cible des camorristes - de Scampia, aux enfants de la classe dirigeante de la ville). Pensant qu’il était important de connecter les deux réalités.

Face à l'administration

Pour illustrer cette idée, il a cité le philosophe français Henri Lefèbvre, qui expliquait Mai 68 par le fait que les jeunes des classes aisées devaient traverser les périphéries de Paris pour aller à l’université. Ainsi ils se seraient rendus compte de la réalité du dénuement et de la violence de la banlieue parisienne.

Les premiers problèmes qu’ont rencontré Maurizio Braucci et ses amis quand ils ont voulu monter leurs projets, ont été avec les institutions. Car selon lui, en Italie, et surtout en Italie du Sud, quand on parle à l’administration on parle d’abord à un parti politique. En effet, les responsables politiques sont plus habitués à gérer le pouvoir qu’à administrer. Ils refusent d’assumer leurs responsabilités et d’essayer de trouver des solutions, préférant faire comme si de rien n’était, de cacher leur échec.

Maurizio Braucci pense que c’est une culture plus démocratique et plus à l’écoute qu’il manque à Naples. Il faut s’éloigner du cliché, rentrer dans le réel, changer la façon de percevoir la réalité et surtout ouvrir les yeux. C’est en rassemblant les jeunes qu’on prépare le futur et que pourquoi pas, on parviendra à résoudre les nombreux problèmes de Naples.

Sophie Janod