Vivienne Westwood, héroïne punk ou gravure de mode ?

Article publié le 27 mai 2015
Article publié le 27 mai 2015

Vivienne Westwood, ça vous dit quelque chose ? Non ? On vous pardonne. Par contre, le punk, ça vous parle non ? Vous ignorez sans doute l’existence de Mini Crini, ou de Nostalgia of Mud, mais vous avez sûrement entendu parler de jeunes qui portaient des t-shirts avec des svastikas dans des pogos aux concerts des Sex Pistols ?

Bien sûr, vous ne connaissez probablement pas Vivienne Westwood et puis vous vous fichez que cette vieille dame anglaise est connue pour ne pas porter de sous-vêtements. Mais si par contre, vous aimez ces gens qui se trouvent au bon endroit au bon moment, je vous garantis que vous ne trouverez pas meilleure conteuse des années 1970 en Grande-Bretagne que Vivienne Westwood – cette ère où les gens traitaient la Reine de fasciste, percés d’épingles à nourrice sur n’importe quelle partie de leur corps, et où les filles portaient des mini-jupes en tartan et des bottes en latex.

L’authenticité, rien de plus vendeur

Quand Vivienne est née en 1941 dans le petit village de Tintwistle, les vêtements n’étaient pas aussi accessibles qu'aujourd’hui. Il était impossible de s’acheter deux hauts pour 1 livre à Primark. Les gens étaient contraints de se fabriquer leurs vêtements eux-mêmes. C’est ce que Vivienne a fait, d’abord dans le nord de l’Angleterre puis à Londres où elle rencontre Malcom McLaren - ami de son frère, autoproclamé situationniste (position psychologique selon laquelle le comportement humain dépend des situations vécues par le sujet, ndt), manager des Sex Pistols et un père terriblement mauvais pour leur fils Joe, comme Vivienne le constatera plus tard. Vivienne et Malcolm, un couple dont la relation était plus emplie de haine que d’amour, sont à l’origine d’une contre-culture nihiliste appelée punk. Une culture qui a renversé les vecteurs de la morale anglaise.

Avant de considérer la mode comme une excroissance superficielle et apolitique de l’industrie du textile, il faudrait d’abord la voir sous un angle légèrement différent : une foule agira-t-elle de la même manière sous les ordres d’un général en uniforme ou les conseils d’un touriste en maillot de bain ?

On peut aussi négliger les réactions de la mode face aux transformations de la société, mais ne serait-ce pas dire qu’avant le vingtième siècle les femmes ne savaient pas que leurs jambes étaient comme celles des hommes et qu’elles pouvaient aussi porter des pantalons ? Le positivisme social des années 1970 en Grande-Bretagne s’est dilué dans un big-bang qui a emporté avec lui les rêves colorés du Swinging London. Le prix du pétrole était au plus haut, la livre sterling connaissait une dévaluation brutale et comme si ça suffisait pas, la nouvelle génération de gamins des banlieues ironiquement baptisés les No Future a commencé à déferler sur les terrains vagues de l’Angleterre post-industrielle. Et c’est pour eux (une jeunesse particulièrement avide d’un certain papier d’emballage, parfait pour leur existence de rebelles de la réalité) que Vivienne Westwood a commencé à dessiner et créer des vêtements. Et même si le design de ces « emballages » est encore dupliqué aujourd’hui par les plus grands détaillants du monde, ses contenus ont connu un bouleversement spectaculaire.

Aujourd’hui Vivienne ne veut plus parler des années 1970. Il y a plus important à dire, notamment sauver les êtres humains de l’extinction. Dès la publication de son autobiographie, Vivienne pouvait déjà cocher quelques exploits sur la liste de son parcours. Ancienne professeure, mère de deux fils (maintenant adultes), femme mariée et propriétaire d’un empire de la mode, aujourd’hui on entend surtout parler de Vivienne pour son activisme. De nos jours, les t-shirts avec des pénis en érection, des svastikas, des épingles à nourrice et des slogans fanfarons se font rares, parce que la créatrice préfère exposer les problèmes de sociétés plutôt que la tête de Julian Assange (WikiLeaks) ou d’autres slogans tels que « Révolution climatique » ou « Sauvons l’Arctique ».

Pour faire le rebelle, il faut aller dans un musée

Quand Vivienne Westwood a commencé à vendre ses vêtements dans les magasins Let it Rock sur la Kings Road à Londres, la Grande-Bretagne faisait face à une révolte sans précédent, qui allait en quelque sorte se consumer d’elle-même et ne jamais reprendre forme. C’est ce type de révolte que Vivienne veut provoquer dans notre société. Mais maintenant, ce qui est drôle, ce n’est pas de cracher à la figure de Margaret Thatcher, mais d’être végétarien et d’aller dans les musées.

Dans son manifeste de 2008, « Résistance Active à la Propagande », la créatrice incite à combattre le réchauffement climatique et l’hégémonie capitaliste des banques centrales. Elle encourage également à lire des livres et à cultiver l’art, car selon elle, c’est la seule manière de rester probe et de résister à la manipulation.

Dans sa biographie, elle déclare que nous sommes tous les héritiers de cette tragédie climatique et que nous devons réparer les dégâts que nous avons faits à la planète. Pendant la période punk, les vecteurs des mouvements sociaux ont permis des mutations profondes et il semble que Vivienne croie que cette méthode peut s’appliquer à la société actuelle. Ses premiers mots lors des interviews sont toujours les mêmes : «  Nous devons faire pression sur le gouvernement. Être suffisamment informés ne suffit pas, nous devons aussi tous agir sur lui. » Mais à qui s’adresse-t-elle ? Peut-elle convaincre des citoyens pauvres de se soucier de l’environnement alors qu’il n’en ont pas les moyens ? Et ceux qui s’en sortent mieux et qui n’ont rien à faire de l’exploitation des ressources naturelles, à moins que leur salaire n’en pâtisse ? Les gens ne sont-ils pas déjà affairés à critiquer l’hypocrisie de Vivienne et à la catégoriser comme une visionnaire excentrique venue du monde vaniteux de la mode, qui utilise son activisme pour flatter sa propre vanité ?

À la fin de l’année dernière, je parlais à mes amis des élites, de leur manière d’être en décalage avec la réalité et leurs initiatives et aspirations qui n’ont rien à voir avec le monde réel. Certains cherchent à s’acheter des maisons à des millions de dollars, d’autres volent dans des jets privés ou appellent leurs enfants North West. D’autres encore sortent de leur placard des programmes secrets de surveillance ou profite de leur présence dans les médias pour commencer une révolution climatique. C’est peut-être du show business ou de l’altruisme. Dans tous les cas, ce sont les héros de notre monde. On veut leur ressembler, pour les mêmes raisons égoïstes qui ont poussé Vivienne Westwoord à se faire l'héraut de l’écologie.

Vivienne Westwood sur le capitalisme et l’industrie textile : « Achetez moins, choisissez mieux, faites-les durer. » Guardian Live