Vive le rosé bruxellois !

Article publié le 19 mai 2009
Article publié le 19 mai 2009
Au début, c’était presque drôle. Cela rappelait la guerre du camembert des années 80, version apéritif. Mais là, ça devient clairement mauvais esprit, surtout que Libertas ne semble pas capable de trouver d’autres arguments de campagne que celui là. Alors du coup, Noway ! a mis le nez dans le dossier du rosé et attention, ça va faire mal.

Flickr__Claude-Olivier_Marti

Alors, de quoi parle-t-on précisément ? Que fait encore Bruxelles ? Ben c’est con  à dire, mais ils bossent. A la demande de la France d’ailleurs, qui depuis longtemps réclamait un nouveau package viticole pour dépoussiérer un peu les réglementations existantes. Objectif : faire face à la concurrence des piquettes venant du Chili, d’Argentine et des USA, qui se vendent bien mieux que nos vins millésimés (le monde serait-il rempli d’ignorants ?).

Le oui français

Parmi les mesures que nos bureaucrates ont proposé : l’autorisation de mélanger du blanc avec du rouge pour faire du rosé (comme tous les enfants se l’imaginent). Consciente du traditionalisme français, la Commission  - qui n’est pas rempli uniquement de demeurés (probablement dû à la présence de Français dans les bureaux) – a prévu un paragraphe en faveur d’un étiquetage spécifique. On pourra donc lire sur la bouteille si ce vin est issu de mélange ou pas et boire ainsi sereinement. 

Contente de sa besogne, elle (qui possède le monopole législatif) soumet donc son projet aux ministres des 27 en janvier. La grande majorité approuve. Et dans majorité, ça comprend la France, Barnier et les viticulteurs français qui rêvent de pouvoir faire ça. Motif : ben la concurrence étrangère pardi ! Si au JT de 13h de TF1 ils nous endorment avec leurs traditions si chères à leurs cœurs de bourguignons de 12 générations, quand il s’agit de business, il n’y a plus personne. Comme c’était le cas avec les copeaux de bois pour vieillir nos breuvages. 

Aux bouteilles citoyens !

Et donc maintenant, voilà que Libertas and Co, s’amusent à prendre ce dossier pour bouc émissaire, désignant l’UE comme une menace pour nos traditions et nos fromages qui puent. Alors eux, il serait bon qu’ils relisent leurs papiers car le coupage de vins, ça fait parti du lot des viticulteurs depuis un moment. 

Qui n’a jamais bu du champagne ? Ce pétillant n’est qu’un mélange de différentes cuvées, expliquant l’absence de date sur les bouteilles. Et que dire du champagne rosé ? COUPAGE ! Pourtant, personne ne dit qu’il est dégeu, je trouve même que ça se boit plutôt bien. Pire encore : le coupage rouge/blanc est pratiqué et autorisé pour les AOC…Sacre bleu, nos meilleures bouteilles sont contaminées ! Vite, brisons sur la voie publique toutes ces hontes de la France ! 

Ségrégation viticole

Devant le tolet qu’une telle manipulation pourrait provoquer dans l’opinion publique (tout le monde se souvient du plombier polonais), Barnier a même été jusqu’à rejeter le texte en deuxième lecture…Même les étiquettes spécifiques, il n’en veut plus. Du coup à Bruxelles, ils se sont sentis un peu con, et on repoussé le texte à l’été (après les élections vous en conviendrez). 

Alors où est le problème ? Concrètement, dites nous amis européistes de Libertas ? Où est la menace ? Et douter de la qualité des vins qui sortiront des cuves mélangées, c’est aussi un peu de l’antipatriotisme : vous insultez les compétences de nos viticulteurs ! Et au pire, vous aurez le choix, puisque les deux existeront, et seront différenciables. Aux Français le bon vin de nos ancêtres (dixit Captain Europa) et aux étrangers incultes et ignares, la piquette coupée. Où est le problème ?

Maladresse de la Commission 

Tout cela révèle surtout une chose : le problème qu’à la Commission de prendre en compte les périodes électorales dans son travail législatif. Genre, des dossiers aussi potentiellement sensibles (je dis bien potentiellement, car il y a plus grave quand même) que ça, il faut éviter. Ca rappelle un peu la directive Bolkestein à deux mois du référendum français de 2005. C’est un peu donner des occasions de se faire battre, sachant pertinemment que les anti-Europe vont manipuler les arguments.  

A côté, on peut noter le manque d’entrain des journalistes pour évoquer le sujet et rapporter la vérité. Mais c’est vrai que se taper une directive européenne, ce n’est pas sexy…Tout cela profitant à des Captain Europa, de Villiers, Le Pen, et autres pourfendeurs de l’Europe des méchants. Mais qui est vraiment méchant au final ? Bruxelles qui tente de permettre aux viticulteurs de faire face à la concurrence tout en préservant les traditions, où ces beaux parleurs qui racontent la moitié de l’histoire pour nous endormir et faire jouer nos gênes chauvinistes ?  Cela révèle toutefois leur populisme et leur ignorance des dossiers dont ils parlent. 

Mais étant bons joueurs et respectant un tant soit peu nos ennemis, à eux, nous trinquerons au rosé coupé, dès les premières bouteilles sorties.