Visite du pape, Benoit XVI, en Espagne: habemus polémica(m)

Article publié le 19 août 2011
Article publié le 19 août 2011
Une nuée de jeunes en jaune et leurs chansons enthousiastes un peu partout en Espagne. La polémique autour de la visite du grand manitou de l’Église catholique. Voilà les deux versants des Journées Mondiales de la Jeunesse 2011 qui se sont tenues à Madrid du 18 au 21 août.
L'Espagne était le premier pays à accueillir ces journées pour la seconde fois, après l’édition de 1989, sous la papauté de Jean-Paul II. L’explosion de colère d’une part importante de la population ne s’est pas fait attendre.

La visite en Espagne du pape remet sur le devant de la scène un pan de la jeunesse très attaché à la religion dans un pays en constante diminution de ses croyants. L’ingrédient, la crise économique. La cause, l’importante somme sortie des poches de l’État. Les critiques se sont en effet principalement centrées sur le financement public de la visite papale.

Le financement, un pavé dans la mare

Madrid, le 17 août 2011Madrid, le 17 août 2011Une centaine d’associations ont protesté cette semaine contre le pape. Même si les frais de la visite, 50 millions d’euros selon les organisateurs, sont couverts par la participation financière des participations et des donations de grandes entreprises, l’État contribue avec près de 10 000 policiers, des gymnases alloués et des réductions pour les transports. Même la présidente de la communauté de Madrid, Esperanza Aguirre, a envoyé jeudi dernier aux centres sanitaires de la communauté une circulaire qui garantissait la gratuité des soins dispensés aux pèlerins. Quelques heures après, elle rectifiait, précisant que les soins seraient gratuits au moment de la prise en charge, mais que les noms des usagers seraient enregistrés pour leur envoyer la facture.

La discorde est bel et bien là, c’est elle qui a provoqué les affrontements à la Puerta del Sol madrilène, lors de la jonction entre la « marche laïque » et les centaines de pèlerins catholiques. « Nous ne sommes pas contre le pape », disaient les pro-laïcité, « mais contre le financement public ». Les jeunes catholiques les ont taxé de provocateurs.

Un État non-confessionnel mais pas désintéressé

La société est divisée. Les trois quarts de la population, selon les dernières statistiques, se déclarent croyants, bien que le pourcentage de pratiquants soit en chute libre. C’est la religion comme culture, comme coutume sociale qui domine, non le choix libre d’une option religieuse, comme le rappelle José Luis Sampedro.

Madradi, août 2011.

Les questions naissent alors des réalités. Si la part des catholiques pratiquants n’est pas majoritaire et que les Espagnols vivent dans un État non-confessionnel, pourquoi tant d’importance donnée à un évènement religieux d’exhibition de la foi ? En termes électoraux, le PSOE (Parti socialiste espagnol, ndlr) ne souhaite pas divorcer de l’Église, le vote catholique étant déterminant pour tout parti politique. La droite est elle liée historiquement à l’institution. Personne ne veut perdre de vue un groupe qui nourrit largement les urnes. À cet égard, la troisième visite en Espagne de Ratzinger en tant que Benoît XVI et sa réception à la sortie de l’avion ne pouvait pas être plus haute en couleurs. Tout l’état-major de l’État était là, y compris plusieurs dirigeants supposément en faveur de la laïcité.

Lors de sa récente visite à Barcelone, le pape avait fait une charge contre l’ambiance « anticléricale ». Cette fois, le gouvernement souhaitait que dans les huit discours qu’il devait prononcer durant son séjour de quatre jours, il ne soit pas question de politique interne, ce qui pourrait pénaliser le PSOE, qui aspire à tout sauf à la défaite pour les prochaines élections.

La jeunesse du pape…

Les fidèles de l’Église catholique qui parcourent cette semaine les rues espagnoles avec drapeaux, guitares et foi, revendiquent une identité qui, en Espagne, manque de souffle. Ils appartiennent à plusieurs branches qui convergent vers le même point. La part de la population se déclarant croyante a beau avoir diminué de 10% dans la dernière décennie, l’organisation des JMJ 2011 comptait sur un million de personnes, dimanche à Madrid, venues des quatre coins de la planète.

Les fidèles de l’Église catholique qui parcourent cette semaine les rues espagnoles avec drapeaux, guitares et foi, revendiquent une identité qui, en Espagne, manque de souffle.

C’est autour de cette identité collective que les questions fusent, alors que le pape, lors de son premier jour de visite, appelait les jeunes à ne pas « avoir honte du Seigneur ». Il est vrai, certaines de ses paroles font quelque part écho à l’opinion publique, et même à certaines propositions du mouvement des « indignados » : « l’Homme doit être au centre l’économie, et non l’inverse » ou « l’économie ne peut pas fonctionner sur la règle du plus grand bénéfice possible ».

…et ses anachronismes

Cette année, à travers les rues de Barcelone.Mais la vérité, c’est que les discours, en général, ne semble pas compatible avec les débuts du troisième millénaire. « On ne boit pas d’alcool pour qu’on voit qui nous sommes », disait un jeune cette semaine en montant dans le bus. Mais, vraiment, c’est incompatible de professer la foi en Jésus-Christ et de boire de l’alcool ou d’être en faveur du préservatif ? Les points de discorde avec la pensée papale font fuir des jeunes qui y voient un discours anachronique, peu adapté aux temps actuels. Cependant, il y a une autre face de la monnaie : celle de milliers de personnes qui pleurent devant la présence du pape, celle de groupes de jeunes qui crient devant l’immense autel de la Plaza Cibeles avec l’appareil photo en main, comme s’il s’agissait d’une star du show-biz.

L’Espagne, sur ces thèmes à l’extrême opposé de pays comme la France, ne secoue pas son passé ancré dans la religion. Même s’il arrive à la rhétorique s’y mêler parfois avec tensions, le sang n’arrive jamais à la rivière. Les tentacules de l’Église s’étendent dans toute la géographie espagnole et dans toutes les couches sociales. Et si la religion interfère moins dans la vie sociale espagnole, elle garde toujours un poids considérable qui fait de chaque mot de l’Église (et des politiques) un gros titre de journal.

Photo : Une pollobarba/flickr; Texte, pollobarba/flickr, Page officiel Facebook JMJ; video, euronews/youtube