"Visitatori" ("Visiteurs"), ou les clichés européens à la recherche de nouveaux horizons

Article publié le 25 janvier 2016
Article publié le 25 janvier 2016

Le 8 et le 9 janvier, la Galleria Guardione de Palerme accueille "Visiteurs", un collectif de 20 jeunes photographes européens explorant les thèmes de l'origine, de la transformation et de la mémoire en eà travers la photographie. Par le biais de la voix des artistes, nous avons recueilli l'origine de leur travail et les parcours – Même personnels –  qui les ont conduit à nous à travers l'Europe. 

Nous arrivons dans la Via Guardione (Rue Guardione) en pleine soirée, alors que l'exposition atteint sa phase la plus absorbée et méditative, et après avoir attiré 250 présences, peu de temps après son ouverture. À l'entrée, un grand panneau présente les noms des 20 jeunes artistes, ainsi que le manifeste des "Visiteurs", de jeunes photographes européens qui, à l'aide des images proposées, "réfléchissent sur les thèmes de la temporalité, les origines et les traces d'existence".

Le parquet du sol, l'illumination parfois clarificatrice, parfois crépusculaire ainsi que les environnements sur différents niveaux invitent à pénétrer dans le parcours, étudié avec soin par la jeune directrice de l'exposition, Giulia Parlato, que nous rencontrons sur une grande terrasse à l'étage supérieur, rendue plus raffinée par des plantes grimpantes et des révèrbères de style Belle Epoque: : «En temps normal, ceci est un espace vide, que nous avons souhaité remplir à l'aide des différentes directions que la photographie a prises en Europe dans ses différents genres – Photojournalisme, fine arts, photographie de mode» - affirme la directrice - «Le thème récurrent est celui des origines, des espaces familiaux, de la temporalité et de la mémoire. Chacun de nous a laissé sa propre ville d'origine pour se former ailleurs: nous invitons donc le public à être visiteurs des lieux de notre mémoire».

Nous débutons notre parcours à la découverte des oeuvres, et la précision ainsi que le mystère d'une photographie nous oblige à regarder et à réfléchir. 

Les "Visiteurs"mêmes déambulent à travers la Galerie; de cette manière, il est facile de se rapprocher de l'auteur de la photographie, Ganesha Lockhart, 21 ans, né à Manchester d'un père afro-anglais et d'une mère mauricienne, mais qui a grandi et été éduqué à Londres. «Mon travail concerne l'architecture, l'espace et le rapport entre l'espace public et privé» – explique Ganesha – «À Londres, nous avons tendance à traverser les lieux sans donner d'importance aux objets spatiaux avec lesquels nous entrons en contact.  La photographie est un moyen avec lequel tu peux montrer directement ce dont à quoi tu penses, mais maintenant je voudrais me mettre à l'épreuve avec des projets plus étendus; je suis en train de travailler sur une revue qui raconte comment l'architecture peut influencer notre manière de vivre».

Aux antipodes du spectre de l'animé/inanimé se place en revanche le travail de la palermitaine Laura Cammarata, qui expérimente avec des formes et des signifiés dans le domaine de la fashion photography.

Les clichés proposés par l'auteure interrogent le spectateur sur les contenus présents dans cette typologie d'images, et sur les implications qu'elles ont dans notre manière de définir la conception d'identité physique d'une personne. C'est cette dernière qui est décortiquée par l'artiste, à travers la mise en discussion des canons abstraits de beauté, des engagements culturels de genre, jusqu'à l'apparente et inégalable réalité de ce qui constitue un corps en termes géométriques.  

C'est encore le caractère symbolique et gestuel qui frappe dans les clichés de Sara Sandri – Née au Portugal, de parents originaires de Bolzano – résidant actuellement à Londres et qui nous a été rapidement présentée par l'efficace attachée de presse Eleonora Giammanco. «Le projet a débuté par un intérêt très fort suscité par le choix de mes parents, celui de laisser les montagnes de l'Alto-Adige pour les plages du Portugal» – raconte-t-elle – «Je les ai insérées dans un livre avec des dessins, des poésies et des réflexions sur ces lieux, sur la manière de parler de ma mère, sur le body language et la relation mère-fille et océan-lune: ma mère a tenu tout cela ensemble, comme le fait un peu la mer"mia madre ha tenuto tutto insieme, come fa un po' il mare».

Il faudrait également parler des aspects techniques du travail de ces artistes : le choix de l'analogique, la matérialité, le rapport avec les liquides, les nouvelles possibilités du digital; mais nous invitons nos lecteurs à approfondir personnellement le sujet jusqu'au samedi 9 janvier à 17h, à la Galleria Guardione,un très récent espace de culture ouvert à de nouveaux projets et propriétaires.