« VISIBILITY » L'EXPOSITION DE JEFF WALL AU MUSEE D'ART DE TEL AVIV

Article publié le 23 novembre 2013
Publié par la communauté
Article publié le 23 novembre 2013

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Jeff Wall, artiste contemporain, est un candidat peu probable à première vue, pour être prisé à l'échelle mondiale . L'artiste canadien, vivant la plupart du temps à Vancouver, travaille un milieu hybride de photographie, sur des panneaux rétro-éclairés qui évoquent un peu les panneaux publicitaires des arrêts de bus de Tel Aviv où a lieu l'exposition. Il n'est pas surévalué sur le marché de l'art,et il ne bénéficie pas d' un statut d'icône comme beaucoup d'artistes amicaux avec les médias. En d'autres termes, il y a une insaisissable marginalité dans cet art contemporain canadien qui s'infiltre dans les photos exposées ces derniers mois au Musée d'Art de Tel Aviv. Cette exposition est nommée « Visibility », et la brève introduction de conservation accueillant les visiteurs relate que la série de ces travaux évoque la vision esthétique de Charles Baudelaire. En fait, Jeff Walls est perçu comme un artiste moderne et contemporain par excellence.

En même temps, les œuvres que l'on rencontre et qui sont hautement représentatives du style de Wall, sont à peine des scènes de vie parisienne, dans le sens où la vie moderne ou contemporaine de la métropole n'est pas soulignée. Au lieu de cela, ce qui frappe le regard ce sont de nombreux paysages : des intérieurs de maison, des rues du centre ville, et des espaces naturels. On apprend qu'aucunes de ces photos ne sont des clichés instantanés, mais de minutieuses mises en scène, des représentations artificielles, comme si la différence entre l'art et la réalité, l'art et la vie, la vérité et la représentation étaient démontrées dans ces tableaux lumineux. Cependant, la richesse visuelle et l'intrigue qui imprègne la mise en scène arrête la lisibilité dans un cadre de référence particulière. En d'autres termes, le modernisme et la modernité ne représentent que des termes génériques avec lesquels la lisibilité de ces photos joue d'une manière « contemporaine », à défaut d'une meilleure traduction.

C'est comme si ces photos et leur appareil discursif étaient transférés d'une marge globale à une autre, du Canada à Israël, comme la conséquence des transitions génériques d'un environnement culturel à un autre sans différences visibles ou sensible dans leurs effets. Les références culturelles classiques, les transitions urbaines post-industrielles, les problèmes sociaux insolubles, et les scènes de la vie quotidienne, ne sont pas là par hasard et ne sont pas exotiques. Au contraire, on présume que Jeff Wall effectue une déconstruction de l'art contemporain pour un espace de représentation avec des bribes de moments de la réalité quotidienne poussés à la limite de l'hyper- réalité, chargé de drame, de suspense, de réflexion et qui échappe à la traduction dans le langage ordinaire. Jeff Wall utilise la technique publicitaire des panneaux rétro-éclairés afin de transmettre un message désintéressé explorant les domaines de l'ennui,et où entre les espaces on retrouve des personnages banals presque invisibles.

En fait, dans un hommage indirect à Baudelaire, Jeff Wall présente dans ces photos mises en scène la vie contemporaine non pas d'une façon moderne mais généralement globale, et l'on se demande dans quelle mesure les racines européennes de la culture moderne, la modernité urbaine et leurs déconstructions post-modernes continue d'informer l'art contemporain qui vient de marges globales. Si Paris est la capitale de la modernité, on se demande où est la capitale d'un instant contemporain mondial. Pendant ce temps, des associations virtuelles entre Vancouver, Paris et Tel Aviv sont sur le devant de la scène.