Virginia Raggi à Rome : Madame la mairesse ?

Article publié le 22 juin 2016
Article publié le 22 juin 2016

Virginia Raggi, 37 ans, est la première femme à avoir été élue maire de Rome. Grammaticalement parlant, le suffixe -in du féminin s'impose en allemand pour désigner la candidate élue cette semaine. Outre-Rhin, cet ajustement se fait automatiquement pour les noms désignant des femmes au pouvoir. Mais est-ce toujours le cas ? Qu'en est-il des autres langues ? Quelques précisions linguistiques.

Mairesse, députée, présidente. À Rome, une femme a été élue à la fonction de maire pour la première fois cette semaine : les médias allemands parlent de « mairesse ». Il est en effet naturel pour les Allemands de changer la terminaison du nom lorsque celui-ci désigne une femme occupant une fonction généralement associée à un homme. Mais est-ce systématique pour autant ? Y a-t-il par exemple un nom correspondant à souveraine en allemand ? Et pourquoi alors Virginia Raggi (du Mouvement 5 étoiles) ne représente-t-elle pas les citoyen(ne)s romain(e)s ? Les médias semblent célébrer l'aspect patriarcal de la langue allemande avec fierté. Sans aller jusqu'à qualifier cette tendance de mascarade, on peut malgré tout la trouver agaçante.

En Grande-Bretagne et aux États-Unis, le mot « mayoress » existe, mais les anglophones utilisent le titre masculin de mayor, même quand il s'agit d'une femme. Il en va de même pour les fonctions de député, secrétaire ou adjoint. Seule l'élection présidentielle américaine pourrait soulever un problème linguistique. L'expression « Madam President » désignerait Hillary Clinton en cas de victoire, ce qui est un progrès si on fait le parallèle avec Margaret Thatcher. En effet, on s'est souvent abstenu de dire son titre en même temps que son nom, de telle sorte qu'elle est devenue simplement « Mrs Thatcher » dans les médias. Et que dire de Bill Clinton dans le cas où son épouse serait élue ? Deviendrait-t-il le premier « Premier Homme » du pays ?

Les Italiens ne semblent pas tout à fait d'accord sur leurs propres règles. Pour les membres du Parlement, ils font la différence entre « il deputato » et « la deputata », et entre « il senatore » et « la sénatrice ». Si l'on cherche le nom désignant la personne à la tête d'une municipalité, le dictionnaire propose également un nom féminin, « la sindaca ». Pourtant, Virginia Raggi apparaît dans plusieurs journaux italiens comme « il sindaco ». Officiellement, c'est parce que le masculin correspond à un genre de forme « neutre » qui désigne potentiellement les deux sexes.

Les Français utilisent couramment le nom féminin « présidente ». Mais comme les anglophones, s'ils ont une forme féminine du mot maire dans leur langue (mairesse), ils l'emploient rarement et lui préfèrent l'expression « Madame le maire ». Pour la fonction de premier ministre souvent détenue par des hommes, il n'existe pas d'équivalent féminin, et l'usage veut que l'on nomme une femme ayant ce titre « Madame le Premier ministre ».

De la même façon, les Polonais appellent les potentielles femmes au pouvoir « Pani Prezydent » (Madame le président) ou « Pani Burmistrz » (Madame le maire).

Alors que peut-on faire pour réparer cette injustice linguistique en faveur des hommes ? Pas grand-chose. À part peut-être se fixer comme objectif de devenir la première présidente fédérale, mesdames.