Violences au Kirghizistan : Le cynisme pour unique réponse

Article publié le 15 juin 2010
Article publié le 15 juin 2010
Les violences ethniques se multiplient dans le sud du Kirghizistan. Des centaines de membres de la minorité ouzbek auraient été tués et des dizaines de milliers d'entre eux fuient le pays. Le pays miné par la pauvreté est une poudrière pour les éditorialistes européens, qui dénoncent les réactions cyniques des grandes puissances impliquées dans la région.

Frankfurter Rundschau – Allemagne : Les pauvres passent après les bases militaires

Le gouvernement intérimaire kirghize de Rosa Otounbaïeva a demandé des « troupes de maintien de la paix » à la Russie. Mais jusque-là, le pays voisin n'a fait que défendre sa base militaire aérienne de Kant, près de Bichkek, au lieu d'envoyer des soldats dans les zones de crise de Jalalabad et Och, critique le quotidien de centre-gauche Frankfurter Rundschau : « Mais y envoyer des soldats est très risqué. L'Ouzbékistan est pour Moscou le pays le plus important. Si le gouvernement russe devait ne pas prendre clairement parti pour les Ouzbeks attaqués, des difficultés surgiront avec l'Ouzbékistan. De leur côté, les Etats-Unis portent un grand intérêt au Kirghizistan car leur base militaire de Manas, proche de la capitale Bichkek, est très importante pour la campagne afghane. Toutefois, il est certain que Manas ne sera pas attaquée lors des affrontements. … Tout incite à penser que les chefs de bandes politico-criminelles attisent les différences entre les Ouzbeks appauvris et les Kirghizes pour tirer le meilleur parti du chaos. Des preuves indiquent l'implication du clan du président renversé Bakiev. Mais les puissances mondiales, la Russie et les Etats-Unis, pensent avant tout à leurs bases aériennes. On peut seulement qualifier de cynique le comportement de ces deux pays. »

(Article publié le : 14.06.2010)

Kurier – Autriche : L’Intervention Russe ou la poursuite du carnage

Le Kirghizistan n'a aucune chance d'interrompre lui-même la folie ethnique qui se déroule dans le sud du pays. Il a besoin de l'aide de la Russie, estime le quotidien Kurier, et vite : « A quoi cela sert-il de savoir que la perfide politique raciale de Staline est responsable de la mosaïque ethnique existant aujourd'hui ? En quoi cela aide-t-il de se douter que l'ex-président Bakiev et son clan, depuis leur base dans le sud du pays, jouent avec le feu. Il n'est pas non plus réconfortant que l'anarchie sanglante dans la vallée de Ferghana se déroule parmi des musulmans - essentiellement désorientés économiquement et donc faciles à manipuler. Il est extrêmement urgent de mettre un terme à la haine des indigents. Car la haine ne fait que produire plus de violence, de souffrances, de destruction, et ainsi davantage de pauvreté. La Russie, le seul acteur puissant et capable, hésite encore à intervenir. Mais comme l'ont montré tous les carnages ethniques et leur possible effet domino sur des pays environnants également 'bâtards', le temps presse. L'horreur risque sinon de se généraliser. »

(Article publié le : 14.06.2010) 

The Guardian - Royaume-Uni : Un pays miné par le sous-développement

Les troubles au Kirghizistan préoccupent légitimement les grandes puissances, écrit le quotidien de centre-gauche The Guardian : « Si l'on se penche sur l'histoire récente, on peut se dire qu'il est peu probable que les troubles dans le sud du Kirghizistan se prolongent ou attisent des flammes plus ardentes dans les pays voisins de l'Ouzbékistan et du Tadjikistan. Des violences semblables provoquées par des disputes portant sur le territoire, les prix de la nourriture et les résultats des élections, intervenues dans la vallée divisée de Ferghana en 1990 et 2005, s'étaient finalement résorbées avec ou sans le type d'intervention étrangère demandée ce week-end par le gouvernement intérimaire à Bichkek. Mais ces précédents n'offrent qu'un réconfort précaire aux grandes puissances - Russie, Chine et Etats-Unis - dont les intérêts économiques, sécuritaires et stratégiques sont de plus en plus affectés par l'instabilité de l'Asie centrale. Les problèmes irrésolus du Kirghizistan, comprenant une extrême pauvreté, des niveaux d'éducation très faibles parmi la population rurale majoritaire, des rivalités ethniques et tribales complexes, des divisions nord-sud et la propagation de l'idéologie islamiste extrémiste font constamment redouter la résurgence d'une crise. »

(Article publié le : 14.06.2010)

Savon Sanomat – Finlande : L’UE doit intervenir

Les conflits ethniques ne sont pas un phénomène nouveau au Kirghizistan, constate le quotidien Savon Sanomat qui demande une intervention de l'UE : « Quand un vide politique s'installe dans la région, les tensions entre les groupes ethniques se transforment en violence ouverte. 300 personnes sont mortes lors d'affrontements sanglants en 1990. Le conflit sanglant a commencé avec la désagrégation de l'Union soviétique. La même chose se répète aujourd'hui, un mois et demi seulement après le départ forcé de l'ex-président kirghize Kourmanbek Bakiev, lorsque celui-ci avait voulu réprimer le soulèvement du peuple par la violence. … Le Kirghizistan est d'un certain point de vue un Etat particulier, car seuls 30 kilomètres séparent sur son territoire la base militaire russe d'une base de l'armée américaine. Reste à espérer qu'aucun des deux Etats ne songe à profiter de la situation pour renforcer ses propres positions stratégiques. L'idée du ministre [finlandais] des affaires étrangères Alexander Stubb, visant à envoyer rapidement un groupe d'intervention civil de l'UE au Kirghizistan, mérite en revanche réflexion. »

(Article publié le : 14.06.2010)

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