Viktorya Abrahamyan, l’Arménie au cœur de l’Europe

Article publié le 9 janvier 2012
Article publié le 9 janvier 2012
Par Laurianne Systermans Une jeune femme souriante, aux cheveux foncés comme l’ébène, au teint mat, doré par le soleil, se présente. Elle s’appelle Viktorya Abrahamyan, elle a 27 ans. D’origine arménienne, Viktorya vit en Belgique depuis maintenant 3 ans. Aujourd’hui, elle travaille en tant que stagiaire à la Commission pour la DG développement et coopération.
Effectivement, 5% des stagiaires de la Commission européenne sont issus de pays non membres de l’Union. La curiosité et surtout, un projet humanitaire, voilà ce qui a poussé Viktorya à s’établir à plus de 3300 km de chez elle.

Si maintenant elle l’est plus que jamais, Viktorya n’a pas toujours été intéressée par les institutions européennes. En 2008, elle quitte l’Arménie parce qu’elle a décidé d’intégrer « une Europe sociale » via la Maison Reine Fabiola. Ce centre situé à Eupen aide les personnes handicapées mentalement. Viktorya a toujours été passionnée par l’aide humanitaire. Bien qu’elle soit issue d’un milieu aisé, elle travaillait déjà comme bénévole dans une ONG qui gérait un orphelinat à Erevan, capitale de l’Arménie. Ensuite, elle s’est engagée auprès de la Croix Rouge dans un projet appelé Frauen Erzahl Cafe. « Le but premier de cette organisation consistait à aider les femmes immigrées à s’intégrer dans la société. »

Intégration parfaite

Seulement voilà, malgré son climat politique quelque peu instable, la Belgique l’a conquise. « Ce pays est bien situé, on est au cœur de l’Europe. En plus, vous possédez une culture unique. J’ai été séduite. » D’ailleurs, Viktorya s’intègre mieux que certains autochtones eux-mêmes. « J’ai vécu dans les trois communautés linguistiques : à Bruges, à Eupen et à Bruxelles. Suite à mes différentes expériences, j’ai appris le français et l’allemand. » De plus, Viktorya a maintenant étendu son réseau relationnel. « Les liens se tissent facilement. Le côté social est très important à mes yeux. Grâce à mes différentes jobs, il y a finalement plus de gens dont je me sens proche ici qu’en Arménie. »

Le hasard fait parfois bien les choses

A la fin de son projet humanitaire, Viktorya est de plus en plus interpellée par l’Union européenne. Elle décide alors de s’inscrire au Collège d’Europe pour étudier les affaires et problématiques concernant la zone des 27. Elle étudie là pendant une année ce qui lui permet de comprendre le fonctionnement de nos institutions. Diplôme en poche, elle tente le tout pour le tout et dépose sa candidature à la DG liée au secteur énergétique. Elle se dit qu’être stagiaire pendant un semestre peut lui en apprendre bien plus sur l’Union que n’importe quelle expérience. La DG développement et coopération, ce n’est qu’un choix secondaire. « Aujourd’hui, je ne le regrette pas du tout. Je crois même que je suis plus dans mon élément au sein de cette section. Ca me plait de travailler pour les relations extérieures. Finalement, ça me correspond assez bien. » Viktorya s’occupe des dossiers liés aux relations Europa-Asie. Elle précise que « la vie de stagiaire n’est pas aussi tranquille qu’on pourrait l’imaginer. Les deux semaines précédentes, j’ai travaillé 12 heures d’affilée tous les jours. »

Ouverture d’esprit et liberté

Même si les débuts ont été un peu difficiles, Viktorya se sent aujourd’hui totalement chez elle. Elle connaît les lieux, elle a noué des liens amicaux forts. « Bien sûr, il y a toujours la distance, mais je rends visite à mes parents deux fois par an. Et puis votre mentalité n’est pas si éloignée de la nôtre. » Viktorya explique que son pays s’est également fondé sur des valeurs chrétiennes. Bien que située en Asie, l’Arménie est riche d’une culture empreinte d’histoire, aussi bien asiatique qu’européenne. « La grande différence, c’est que nous sommes beaucoup plus conservateurs. En Europe, l’ouverture d’esprit et la liberté sont deux atouts majeurs de votre culture. »

Miser sur les relations extérieures pour avancer

Pour les années à venir, Viktorya se voit évoluer au sein des institutions européennes. Elle aimerait devenir fonctionnaire, même si elle ne sait pas encore dans quelle institution ni pour combien de temps. « La Commission n’a plus vraiment de secret pour moi. Mais j’aimerais comprendre comment fonctionnent réellement le Parlement et le Conseil des ministres. » Cependant, Viktorya en est sûre : un jour, elle retournera vivre à Erevan. Néanmoins, elle estime que l’Europe doit miser sur les fonctionnaires non-Européens pour améliorer ses relations extérieures. « J’adore l’Europe, mais mon but, c’était d’enrichir mes connaissances, de vivre de nouvelles expériences. Je veux comprendre comme l’Europe fonctionne pour pouvoir transmettre mon savoir en rentrant chez moi. On doit évoluer en apprenant les uns des autres. »