Viktoria Modesta : chanteuse pop bionique, pas unique

Article publié le 20 janvier 2015
Article publié le 20 janvier 2015

Viktoria Modesta, amputée d’une partie de la jambe gauche, est la première chanteuse « bionique » de l’histoire. Produit par la chaîne britannique Channel 4, son premier clip montre d'ailleurs toute l’étendue de son talent entre voix robotisée et prothèse flashy. Mais si derrière la jambe, la star lettonne ne reproduisait-elle pas les mêmes stéréotypes que charrie cette bonne vieille pop culture ?

Le clip commence comme un blockbuster. Sur un fond noir et une note basse, la phrase « A new kind of pop artist » barre tout l’écran. Ensuite, c’est une pin-up installée sur un trône qui se fait injecter un truc bizarre par des mecs en toges. Bref, tous les produits d’appel qui servent à introduire le nouveau spot de Lady Gaga. Saut que là, le slogan est bien plus qu’une esbroufe. Produite par la chaîne britannique Channel 4, la vidéo aux allures de court-métrage met en images le morceau de la première chanteuse pop bionique, Viktoria Modesta

« L’époque des débats soporifiques sur le handicap est finie »

Viktoria Modesta - « Prototype » 

Née en Lettonie avec la jambe gauche invalide, la jeune femme décide à 20 ans, de se faire amputer la jambe en dessous du genou. Servie par une autre phrase hollywoodienne – « Certains d’entre nous sont nés différents, certains d’entre nous sont nés pour prendre des risques » - l’ambition de la chanteuse rejoint alors celle de toute wannabe : se faire une place dans la culture mainstream. Viktoria Modesta, de son vrai nom Viktorija Moskaļova, quitte alors le pays avec sa famille à l’âge de 12 ans pour commencer 3 ans plus tard, une carrière de mannequin. Quand elle ne fait pas la Une de magazine comme Bizarre, elle pose nue pour James Stroud et la National Portrait Gallery. Après des cours de chants intensifs, elle enchaînera les projets musicaux à partir de 2009, année durant laquelle elle chante sur le podium de la London Fashion Week.

Prototype ou stérotype ?

Si très peu de personnes la considèrent comme une artiste handicapée, c’est que Modesta a toujours récusé le terme. Dans le Daily Mail elle dira : « J’ai toujours trouvé étrange de me penser handicapée, et c’est pour ça que j’ai cherché à faire évoluer les conceptions traditionnelles (...) L’époque des débats soporifiques sur l’éthique et le handicap est finie. » La vidéo intitulée « Prototype » tente de servir la cause. Shootée par Channel 4 dans le cadre de la campagne Born Risky, elle est d'ailleurs moins un clip musical qu’un spot de sensibilisation à une certain idée du futur dans lequel une sorte de Betty Boop bionique dominerait le monde libre à grands coups de mollet lumineux. 

La chaîne britannique ne s’y trompe pas. Il s’agit, au regard des prothèses les plus improbables, de faire comprendre que la pop culture n’est plus une industrie qui marche sur ses deux jambes. En clair, sous prétexte de nourrir une réflexion sur le handicap et au-delà d’un pic à glace à la place du tibia, Viktoria Modesta charrie les mêmes stéréotypes que les bipèdes : l’image d’une sur-femme qui s’émancipe en montrant les fesses. Channel 4 n’est pas bête et, consciente qu’il faut montrer patte blanche lors d’évènements charitables, la chaîne a proposé à sa nouvelle égérie de clôturer la les Jeux Paralympiques d’été de 2012. Aimée de tous, Viktoria Modesta jouit désormais des millions d’admirateurs que le clip a séduit entre une pub et l'émission ultra-populaire, X Factor. Reste à savoir si les 200 000 livres (260 000 euros) dépensées pour l'occasion lui feront une belle jambe.