Viens faire un petit tour au Groenland !

Article publié le 11 avril 2013
Article publié le 11 avril 2013

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Amateurs d'aurores boréales, de promenades en chiens de traineau ou de paysages glacés ? La Norvège ou l'Islande, c'est old. Oui, car la nouvelle destination du tourisme « fraîcheur », c'est le Groenland. Réchauffement climatique oblige, certains touristes viennent aussi constater les dégâts.

Tourisme de catastrophe (annoncée)

Le Groenland, c'est tendance. Destination chère, mais prisée de plus en plus par les touristes danois, allemands et français, cette province autonome danoise méconnue attire en moyenne 1,5 million de visiteurs par an , soit l'équivalent de près de 30 fois la population groenlandaise.

Kulusuk

Face à cette course contre la montre, le touriste en quête de sensation unique vient mesurer son impuissance face à la grandeur d'un phénomène quasi irréversible

Depuis quelques années, ce ne sont plus les balades en traineau ou en bateau pour voir les phoques et les baleines qui sont les seuls objectifs des amateurs de nature. La disparition de la calotte glacière devient pour beaucoup un spectacle à la fois magnifique et terrifiant. Le fjord d'Ilulissat, classé au patrimoine mondial de l'Unesco, par exemple, fond à un rythme moyen de 20 à 35 mètres par jour, libérant annuellement des milliers d'icebergs. Un phénomène naturel, certes, mais amplifié par le réchauffement climatique plus fort dans les régions polaires. A Ilulissat, des « igloos d'été » ont poussé comme des champignons métalliques. Dans sa petite boîte en alu, le touriste peut goûter au confort moderne tout en contemplant le bleu et le blanc infini du décor. Au loin, ce sont surtout les immenses bateaux de croisières qui profitent des eaux dégagées des glaces pour aller s'approcher encore plus près. Après Tchernobyl ou Pompéi, la fascination pour le spectacle apocalyptique prend un tour nouveau avec la beauté d'un paysage qui disparaît d'année en année. Comme la forêt amazonienne, les étendues glacières sont en sursis. Face à cette course contre la montre, le touriste en quête de sensation unique vient mesurer son impuissance face à la grandeur d'un phénomène quasi irréversible.

Tous les 5 ans, les cartes doivent être redessinées

Paradoxalement, le Groenland tire parti du fait que son territoire se rétrécisse. Ou plutôt du fait que la glace libère des pans entiers de terre, ouvrant ainsi de nouveaux accès, de nouvelles voies. Ce qui veut dire encore plus d'opportunités de croisières et de chemins de randonnées. La province a donc de belles perspectives pour son activité touristique, source d'emplois et de revenus.

Fanny Leroy a passé plus d'un mois sur place pour les besoins d'un reportage. Elle a eu le sentiment que les Groenlandais étaient plutôt heureux des changements climatiques. A l'aéroport, outre les touristes, ce sont les entrepreneurs du monde entier qui débarquent dans l'espoir de faire fortune avec la découverte de nouveaux gisements de pétrole et de matières premières - fer, uranim, terres rares. Les pêcheurs se réjouissent eux que le réchauffement de la mer attire de nouvelles espèces de poissons. Petite révolution pour les communautés inuits, chasseurs depuis des siècles, ils vont pouvoir se mettre à l'agriculture, car l'herbe pousse désormais à des endroits jadis recouverts quasi continuellement par la neige. Pommes de terre, choux et aussi foin pour les moutons. Là aussi, de nouvelles perspectives économiques se font jour...

Tout ça ne durera qu'un temps. A la vitesse où change le paysage, les cartes doivent être redessinées tous les 5 ans. Le Groenland a enregistré pour l’année 2012 une fonte record : cela faisait 30 ans que l’on n’avait pas observé un tel rétrécissement de la calotte glacière. Les glaciers et les animaux de la banquise, comme le célèbre ours blanc, disparaissent, on le sait.

Les traditions aussi se perdent un peu, selon Fanny Leroy, avec l'apprentissage de la modernité. « Les femmes n'apprennent plus à leurs filles à tanner les peaux de phoques ou les pères à leur garçons à pêcher ou à chasser. On ne mange plus uniquement du phoque ou de la baleine, mais on trouve aussi tout le nécessaire pour faire des sushis japonais ou un curry indien », raconte-elle. 

Alors peut-être que ça vaudrait le coup d'y aller. Mais si vous avez la fibre écolo, évitez de vous y rendre en avion.

Photos : Une (cc) ilovegreenland/flickr ; Texte  Kulusuk  (cc) ezioman/flickr ;  maison à Kulusuk (cc) nick_russill/flickr ; (cc) STML/flickr