Viaggio Italiano : l'histoire des migrants portée à la scène

Article publié le 18 octobre 2016
Article publié le 18 octobre 2016

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

C'est dans une une librairie caritative, dans une petite ville de Toscane, que l'acteur Mario Spallino emmène un public restreint sur la route des migrants et des réfugiés venant tenter leur chance en Italie.

Il sonde la salle, examine attentivement le public réuni devant lui, puis il commence à raconter le voyage. Ce n'est pas le sien, mais celui d'un jeune homme dans un train, un migrant en quête du travail qu'on lui a fait miroiter. Le jeune voyageur est équipé seulement d'un sac, et il se lance dans une partie de cache-cache avec le conducteur. Malheureusement, il ne faut pas longtemps pour que le jeu s'arrête. Le conducteur a découvert que notre jeune voyageur n'a pas de billet, et s'empresse de mettre au courant tout le wagon, avant de le jeter solennellement hors du train à la prochaine gare. C'est ici que le voyage s'arrête, pour l'instant. 

 

Je me trouve à Dal libro alla Solidarietà, une librairie caritative dans la petite ville toscane de Fivizzano, répondant à l'invitation de mon ami et président du comité de la librairie, Carmine Mezzacappa. Le temps d'une soirée, la boutique s'est changée en théâtre improvisé. L'acteur Mario Spallino nous emmène visiter l'Italie. C'est un voyage en compagnie d'Emergency, une association qui travaille avec les réfugiés et les migrants qui tentent de refaire leur vie en Italie. 

Le Viaggio Italiano de Mario nous emmène dans le monde parallèle d'un groupe souvent hors de notre vue. Comme notre voyageur du train, nous faisons la connaissance des travailleurs agricoles du sud de l'Italie, qui vivent entassés dans des dortoirs surpeuplés, des réfugiés qui arrivent du sud par bateau en quête de leur « terre promise », et le nombre grandissant de « migrants » italiens qui viennent chercher un travail. Nous montons à bord du polibus, la clinique mobile d'Emergency, pour aller rendre visite aux travailleurs migrants du sud, les cueilleurs de fruits et légumes. Dans ces histoires, les héros travaillent souvent clandestinement. Là, la clinique peut apporter un soutien médical et sanitaire à ces personnes, qui travaillent et qui vivent dans des conditions qui horrifieraient la plupart des Italiens. 

Comme un reflet de l'opinion européenne de plus en plus divisée sur les réfugiés, nous rencontrons également lors de notre voyage des personnes promptes à exprimer leur opinion anti-réfugiés. Il considère que c'est la même peur, et le même mépris de l'étranger, que de nombreuses générations d'Italiens ont expérimentés il y a longtemps, quand elles ont choisi d'exiler pour un travail et une vie meilleure. 

Viaggio Italiano fait le tour de l'Italie depuis quelques années, dans le but de porter le message des migrants auprès d'un public plus large. Et cela paraît plus nécessaire que jamais. Plus de 140 000 migrants ont posé le pied sur les côtes italiennes rien que cette année. Au même moment, alors que les frontières se referment en Europe, la rhétorique politique devient de plus en plus hostile envers les réfugiés. L'enlisement politique européen et l'absence de solution place des pays comme l'Italie et la Grèce en première ligne de la crise. Si le Viaggio Italiano a bien un mérite, c'est celui de redonner la parole aux migrants, et de diffuser largement leur histoire. 

Le public de Mario est composé de bénévoles de la librairie, de gens qui travaillent avec Emergency, et d'un public plus large. Alors que je n'étais que de passage pour une journée, je me suis rapidement senti membre de la communauté. C'est en parlant avec quelques-uns des bénévoles de la librairie, et en écoutant leur passion, que je me suis souvenu que dans des contextes politiques paralysés, ce sont souvent des endroits comme celui-là, des lieux communautaires, des librairies caritatives, et des réseaux locaux, qui organisent la résistance.