Veufs et veuves joyeuses ?

Article publié le 19 juin 2006
Publié par la communauté
Article publié le 19 juin 2006

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Contrairement à l’opinion selon laquelle les jeunes sont les rois du XXIème siècle, l’avenir appartient aux retraités. Les seniors sont en effet de plus en plus nombreux à réaliser leurs rêves.

« Je ne sais pas s’il existe un indice universel pour déterminer le moment ou l’on devient âgé. En observant mes 'congénères', je cherche à savoir si la soixantaine est le cap de l’échec ou le début d’une vie insouciante», explique Krzysztof Zanussi, un cinéaste polonais de 67 ans.

Le bel âge

Il est vrai qu'au vu de la diversité des retraités actuels, il parait difficile de définir le début de la vieillesse. Certains restent actifs dans le domaine professionnel, à l'image de Riccardo Bertani, un Italien de 75 ans sur le point d’achever la nouvelle version d’un dictionnaire italo-mongol. Les personnes pagées peuvent ainsi constituer une formidable réserve d'activité. Selon une enquête universitaire inédite sur les seniors, réalisée en Europe entre 2004 et 2005, le taux d'emploi des 55-64 ans dépasse les 50 % en Suisse, en Suède, au Danemark et au Royaume-Uni. En France, il est à peine de plus de 30 % alors que les Polonais sont les plus nombreux à travailler durant leur retraite, la faute à une situation économique difficile.

Si l'Europe a accru la longévité de ses citoyens et, en même temps, excelle dans la « retraite » précoce. Outre le travail, les plus de 50 ans consacrent leur temps à l'aide aux amis ou à leur entourage et aux soins à une personne malade ou dépendante (23 %), à des activités sociales (aller au club, faire du sport), ou encore à la religion (10 %) et à la politique (moins de 5 %). En général, ce sont principalement les moyens financiers et la santé de ces personnes âgées qui déterminent leur façon d'utiliser le temps libre.

« Les retraités américains se préoccupent de la température de l’eau de leurs piscines, les retraités en Allemagne se tracassent du prix des voyages dans les pays chauds mais les personnes âgées en Pologne se battent encore sur les barricades. Ils ont leur propre radio, leur Premier ministre et leur Président. Ils constituent l’un des groupes sociaux les plus dynamiques en Pologne, c’est pourquoi je les admire. J’ai d’ailleurs composé en leur honneur la chanson ‘les bérets en Mohair’ » a même raconté dans un entretien Krzysztof Skiba, le chanteur du groupe polonais Bic Cyc (le grand nichon). La victoire du parti Droit et Justice (PiS) aux dernières élections parlementaires et présidentielles en Pologne est ainsi largement attribuable aux seniors, souvent séduits par radio Maryia, une fréquence ultra catholique et conservatrice.

Sport et fac, gages de santé

Il existe en Europe des centaines d’universités du troisième âge qui donnent la possibilité aux seniors européens de réaliser leurs rêves de jeunesse, parfois impossibles à concilier avec une vie professionnelle débutante ou les obligations familiales. Ces établissements répondent à une demande croissante et se targuent d’augmenter l’activité mentale des plus âgés. «Même les professeurs nous disent qu’ils préfèrent enseigner ici parce que les élèves sont davantage motivés que les jeunes étudiants, plus enclins à subir », affirme Jeannine Pasche, de l’Université Inter Ages de Créteil.

Pas d’examens, ni de conditions d’entrée ou de diplôme final : ces étudiants particuliers vont en cours pour le simple plaisir d’apprendre. 1 471 élèves dont le plus âgé a 93 ans se sont inscrits à cette université qui propose des cours d’octobre à juin pour 168 euros l’année. Les filières les plus demandées sont les langues, qui permettent faire des voyages de groupe mais aussi les cursus d’histoire de l’art. « Il y a très peu d’absentéisme, ou alors seulement pour des raisons de santé car ces seniors viennent souvent pour se recréer une vie sociale », poursuit Jeannine Pasche. «  Je réalise enfin mes rêves : j’ai toujours voulu dessiner et désormais je suis libre de tout engagement professionnel» justifie ainsi Aleksandra Ogorzalek, étudiante à l’Université du troisième âge de Lodz.

Un esprit sain dans un corps sain

Aujourd’hui, voir un grand-père sur un vélo ne choque plus personne. «  Je possède une voiture mais quand j’ai du temps ou la possibilité, je fais du vélo pour mon plaisir et ma santé » avoue Roman, homme énergique et souriant de 82 ans, vice-président de la Fédération polonaise des invalides de guerre. Veiller au maintien de sa forme physique et à son bien être est un usage répandu surtout chez les Scandinaves. Mia Spierdijk, 74 ans, est une Néerlandaise qui pratique régulièrement le golf : « je privilégie les 18 trous et ça me fait du bien de marcher en plein air 7 kms trois fois par semaine ». Cette mamie moderne envoie des SMS à son petit-fils en stage à l’étranger, organise ses rendez-vous par mail et surfe sur Internet pour consulter les prévisions météo ou lire les journaux étrangers. « J’ai la même mentalité que quand j’avais 25 ans. La seule différence est que je me fatigue un peu plus vite », reconnaît t-elle. C’est pourtant un Japonais, Takao Arayama qui a réussi, à 70 ans, à conquérir l’Everest.

Tous ne tiennent cependant pas une forme olympique. Le rapport sur les personnes âgées en Europe affirme que les seniors du Nord se disent en meilleure santé qu'au Sud sans que cette impression ne se traduise par des différences de mortalité. Une certitude : les Français sont les plus portés sur la consommation d’alcool (40% des quinquagénaires boivent plus de deux verres d’alcool par jour) tandis que plus de 60% des Espagnoles de plus de 80 ans sont sujettes à la dépression.

Célébrité sur le tard

Depuis quelques temps, certaines chaînes de vêtements polonaises organisent des défilés de mode dont les modèles sont portés par des femmes de plus de 60 ans. Malgré ou grâce à leur âge, elles n’ont peur ni de l’extravagance, ni du ridicule et aiment tous les genres d’expérience. Krystyna, l’une des adhérentes du groupe explique avec beaucoup d’humour qu’elle s’est «  débarrassée de ses complexes depuis sa vieillesse et sa fréquentation exclusive de chaussons et de fauteuils à bascule.  » Une perspective originale ...

Copyrights : Jacques Erard de l'Université du Troisième Age de Geneve and Mia Spierdijk