Vente d'armes, la myopie irresponsable de l'Europe

Article publié le 25 août 2005
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Article publié le 25 août 2005

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Un rapport sur le respect du code de conduite des 25 en matière d’exportations d’armes va être présenté au Parlement européen le 29 août. Violations répétées, absence de sanction...Quid des priorités de l'Union : l’éthique, la politique ou l’économie ?

Le commerce des armes est l’un des marchés les plus importants de l’économie globale, part intégrante d’un secteur stratégique, point de départ d’innovations technologiques génératrices d’emplois. Un business plutôt juteux contrôlé par d’importantes multinationales.

Démythification du complexe d’armement

Cette analyse bien que flatteuse, est partiellement incorrecte. Le commerce des armes rapporte chaque année près 28,7 milliards de dollars à ses principaux acteurs, bien loin devant les bénéfices réalisés par l’industrie agro-alimentaire ou sanitaire. Et ce alors que les deux plus grandes entreprises du secteur, Boeing et Lockheed Martin, ne figurent même pas sur le classement des 200 plus grandes compagnies mondiales.

Lorsque l’on évoque le marché militaire, il est important de peser les avantages et les inconvénients. L’Espagne a ainsi exporté l’an passé près de 45 000 balles au Soudan, une nation soumise à un embargo sur les armes par l’ensemble de la communauté internationale. Autrement dit, là où se déroule actuellement l’une des plus grosse crises humanitaire du moment : le Darfour. Le bien-être du gouvernement espagnol ou du fabricant de ces munitions ne dépendait très certainement pas des 8 000 euros dégagés par cette vente. Mais celui du Darfour est largement tributaire de ces 45 000 balles, dorénavant évaporées dans la nature.

Un choix plus politique qu’économique

Le but de cette démonstration ? Le marché des armes ne repose pas seulement sur des motifs économiques mais principalement sur un facteur politique. Un vif débat a lieu en ce moment au coeur de l’Union européenne car certains Etats-membres font pression pour lever l’embargo sur les armes létales qui frappe la Chine depuis 1989, date de la révolte de la place Tian An Men. Pékin émet régulièrement des avertissements sur le maintien de l’interdiction, susceptible d'affecter gravement les relations commerciales avec le vieux continent. Il devient néanmoins urgent de réaliser que la prise de mesures comme cet embargo n’a qu’une valeur symbolique.

La volonté politique manque cruellement. Depuis 1998, l’Union européenne a consacré un code de conduite qui établit une série de critères concernant notamment les pays qui ne doivent pas exporter de matériel d'attaque en raison de leur situation économique ou politique. Globalement, ce manuel de bon comportement est loin d’être respecté à 100% par les 25. Le texte de ce code est actuellement en train d’être révisé. Car il est grand temps d’inciter les gouvernements européens à plus de responsabilité dans leurs actes. La vente incontrôlée d’armes est peu rentable puisqu'elle met en jeu la paix, la stabilité et le développement des peuples. Afin d’éviter une telle situation, il devient prioritaire de renforcer les mécanisme de contrôle afin de mettre l’accent sur le respect et la valeur des principes. En cas de violation de ces règles, des sanction doivent être prises.

Tenter d’instiller un peu d’ordre au chaos du commerce légal des armes nécessite une évaluation réaliste et moins myope du problème. Il faut prendre conscience des véritables causes et conséquences de ce type d’activités, travailler les responsabilités, démasquer les mythes et légendes qui caractérisent ce marché par le biais d’une critique et d’un argumentaire rigoureux et constructif, censé offrir également des solutions. Dans ce sens, il ne faut pas manquer d’évoquer les progrès importants réalisés ces dernières années vers la signature d’un traité international sur le contrôle des armes, texte impératif et liant les parties contractantes. Parallèlement existe une initiative de la société civile menée par Amnesty International : un réseau mondial d’action contre les armes légères, l’IANSA et l’organisation caritative Oxfam, soit deux initiatives auxquelles se sont déjà montrés favorables près de 40 Etats.