Vague protectionniste dans les 25

Article publié le 10 avril 2006
Publié par la communauté
Article publié le 10 avril 2006

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

La vague d’OPA qui déferle actuellement sur l’Europe est à l’origine d’une autre tendance, plus préoccupante. Après tant d’efforts pour abolir les frontières économiques, le protectionnisme fait son retour en force.

France : faut-il défendre l’intérêt national ?

Ingérence de l’Etat dans l’économie et protectionnisme exacerbé font partie intégrante de l’histoire de l’Hexagone. Récemment encore, le gouvernement français a adopté des mesures de rétorsion. Pour contrer l’OPA hostile lancée par l’italien Enel sur Suez, il a annoncé dans l’urgence la fusion de Suez et de l’entreprise publique Gaz de France (GDF). Une alliance qui a permis l’émergence d’un géant de l’énergie, deuxième groupe énergétique européen, capable de résister aux attaques de prédateurs étrangers. « Le gouvernement entend défendre les intérêts de la France », a depuis déclaré dans la presse le Premier ministre, Dominique de Villepin. Et ce n’est pas la première fois que le patriotisme économique a la cote. A partir du moment où l’américain PepsiCo a témoigné d’un certain intérêt pour Danone, le gouvernement s’est immédiatement opposé à toute négociation. L’an passé, Bercy a dressé une liste répertoriant 10 « secteurs stratégiques » nécessitant une protection spéciale afin d’assurer la sécurité du territoire.

Les investisseurs étrangers qui envisagent le rachat d’entreprises ne relevant pas de ces secteurs dits 'sensibles' peuvent néanmoins mener leurs transactions à terme sans encombre. Une récente étude menée par l’INSEE, révèle qu’ils sont même relativement nombreux sur le sol hexagonal. Toutefois, l'opposition de la France vis-à-vis d’un capitalisme de marché s’exerçant sans aucune intervention de l’Etat révèle une forte volonté de poursuivre dans la voie du protectionnisme.

Espagne : dans l’attente

Comme la France, l’Espagne montre une tendance marquée au protectionnisme. Par le passé, son gouvernement a tenté de créer des « champions nationaux » : les grosses entreprises qui s’installent dans la péninsule ibérique sont si rares que le gouvernement espagnol fait tout ce qu’il peut pour que celles qui s’y implantent ne tombent pas aux mains d'investisseurs étrangers. Un facteur qui explique la froideur de Zapatero à l’égard du projet d’E-On, géant allemand de l’énergie, visant à prendre le contrôle d’Endesa, son concurrent espagnol. Pour empêcher l’OPA d’aboutir, le Premier ministre espagnol a renforcé les compétences de la Commission nationale de l’énergie (CNE), l’organe régulateur compétent. Cependant, l’Union européenne pourrait bien s’opposer à cette mesure controversée. Le gouvernement espère dorénavant que Gas Natural, un autre grand groupe énergétique espagnol, va absorber Endesa. La transaction qui s’élèverait à 22,4 milliards d’euros, avait déjà été envisagée par Gas Natural en septembre 2005 et permettrait la création d’un « champion national » assez puissant pour résister aux OPA étrangères. Quelque soit l’issue de cette crise, il est vraisemblable que le gouvernement espagnol campe sur ses positions quant à la nécessaire intervention de l’Etat dans les affaires économiques.

Italie : des frontières ouvertes

L’Italie est fière de sa réglementation sur les OPA, la plus souple d’Europe. En effet, après l’annonce par le gouvernement français de mesures de rétorsion visant à rejeter l’OPA lancée par l’italien Enel sur Suez, un large consensus s’est formé dans le pays, permettant de trouver une solution non protectionniste à la crise. Mais les mentalités évoluent. Selon le quotidien allemand FT Deutschland, le ministre de l’Economie, Giulio Tremonti, étudierait actuellement la possibilité de mettre en oeuvre certaines « mesures restrictives » en vue de protéger plus efficacement les compagnies italiennes.

Allemagne : l'attente

L’Allemagne, actrice plus que victime dans cette course aux OPA, a décidé de jouer franc jeu en rejetant la carte du protectionnisme. En règle générale, les investisseurs étrangers ne rencontrent que peu d’obstacles sur le sol allemand. Il y a cinq ans par exemple, l’anglais Vodafone avait absorbé Mannesmann, compagnie de téléphonie mobile germanique. Naturellemnt, des règles régissent ce type de transactions. La « loi VW » (dite loi Volkswagen), particulièrement critiquée, assure ainsi au Land de Niedersachsen le contrôle sur le constructeur automobile Volkswagen. D’autres lois empêchent les entreprises privées de racheter des caisses d’épargne -« Sparkassen »- et les comptes de l’armée font l’objet d’examens scrupuleux de la part du gouvernement. Par rapport à ses voisins européens, l’Allemagne aurait ainsi tendance à se positionner quelque part entre la Grande-Bretagne et la France.

Grande-Bretagne : libérale mais inquiète

La Grande-Bretagne, le plus libéral de tous les pays européens, a adopté sur les OPA une bien curieuse position : alors que ses voisins durcissent leurs frontières, de plus en plus d’entreprises britanniques sont rachetées par des concurrents étrangers grâce à une économie ouverte et à une réglementation moins contraignante. Linde, une compagnie allemande de gaz, a pris le contrôle de son concurrent outre-Manche BOC et Spanish Ferrovial, groupe espagnol de construction, a lancé une OPA sur BAA, l’un des plus gros exploitants britanniques d’aéroports. Curieusement, ce type d’alliance n’a jamais suscité un quelconque émoi national. Mais alors que la situation perdure, les critiques se font plus virulentes. Le gouvernement britannique réclame désormais à l’Union européenne la mise en place de « règles du jeu équitables » afin qu'une loi identique s’applique à tous les Etats membres.

Est-il alors juste qu’un pays protège les compagnies publiques installées sur son sol tout en les incitant à investir à l’étranger ? Cette question se pose de plus en plus en Europe. S'il est compréhensible qu’un gouvernement cherche à protéger ses entreprises, il y a un réel problème lorsque les autorités continuent à prendre part au jeu de l’économie européenne selon leurs propres règles, en dehors de tout intérêt national.

Merci à notre correspondante Tiziana Sforza en Italie