Va te faire voir avec ton blocus

Article publié le 15 février 2005
Publié par la communauté
Article publié le 15 février 2005

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

L'UE a toutes les cartes en mains pour mettre fin au blocus le plus vieux et le plus inutile de notre époque.

Le chanteur-compositeur cubain Carlos Varela a défié la censure castriste lors de son concert, le 7 janvier dernier au Théâtre Karl Marx de La Havane. En quelques vers, il a résumé la situation du pays en la comparant à «un gars qui s'est acheté une Chevrolet de 1959 et qui n'a pas voulu acheter les pièces pour la réparer. Maintenant elle n’avance plus… »

Ainsi, Carlos Varela désignait l'absence de réformes démocratiques au sein de la dictature de Fidel Castro, au pouvoir depuis le 1er janvier 1959. Mais le public en demandait plus. Et la chanson de continuer : "La politique, ce n'est pas que le secteur sucrier", pour terminer sur un amer "Va te faire voir avec ton blocus" et provoquer la catharsis des spectateurs.

Pourquoi le blocus est-il rejeté, même par une population jeune et critique envers Castro ? Simplement parce que les 46 années de restrictions n'ont servi à rien. Le gouvernement américain a instauré l'embargo commercial total contre Cuba le 3 février 1962 bien qu'il existât déjà depuis 1959 dans la pratique. Depuis lors, le blocus a acquis un caractère extraterritorial à la suite des lois Torricelli (1992) et Helms-Burton (1996). En effet, ces lois prévoient des sanctions contre les sociétés étrangères subventionnées par des entreprises américaines qui ont des relations commerciales avec Cuba, même si elles sont installées dans des pays tiers, y compris ceux de l'Union européenne. Les mêmes règles prévalent en cas d’association.

Imposé au beau milieu d'une folie anticommuniste à l'époque de la guerre froide, cet embargo sans fin n'est pas parvenu à mener Castro ni vers le néolibéralisme ni vers la liberté d'expression et a plongé le peuple cubain dans une situation critique en utilisant la santé et la nourriture comme arme politique. L'impossibilité d'acquérir des technologies médicales provenant des Etats-Unis (70 % des entreprises produisant le matériel de diagnostic sont américaines) et la restriction du flux de nourriture d'un pays voisin à un autre ressemblent plus à un génocide qu'à un moyen de pression du 21ème siècle.

En outre, Bush a renforcé l'embargo et les lobbies ultra conservateurs d'exilés cubains pèsent lourd vu le nombre important de voix qu'ils représentent en Floride (Etat gouverné par Jeb Bush). Le blocus a atteint aujourd'hui son paroxysme à la suite de nouvelles mesures : un Américain peut se voir condamné à dix ans de prison s'il achète un cigare cubain, même s'il se le procure à Bruxelles et le fume à Ouagadougou.

La culture n'échappe pas non plus au blocus. Le guitariste américain Ry Cooder, producteur du célèbre film Buena Vista Social Club de Wim Wenders, a été contraint de cesser toute contact avec des musiciens cubains et de payer une amende de 100 000 dollars.

Embargo illégal

Cuba estime que les pertes occasionnées par l'embargo imposé par les USA s'élèvent à environ 80 milliards de dollars. Un anachronisme qui viole les Droits internationaux étant donné que, depuis la Conférence navale de Londres de 1909, le blocus est exclusivement destiné aux situations de guerre. Même la Loi américaine sur le Commerce avec l'Ennemi n'autorise l'imposition d'un embargo qu'en temps de guerre ou face à une menace à la sécurité nationale.

Cuba est-elle une menace ? Non ! si l'on en croit le critère de l' Assemblée générale des Nations Unies. En effet, le 28 octobre 2004, elle a condamné pour la 13ème fois le blocus des Etats-Unis contre Cuba avec 179 voix contre 4. Il s'agissait des votes d'Israël, du paradis fiscal des Iles Marshall, de la Micronésie (19.000 habitants) et évidemment des Etats-Unis.

L'Union Européenne, quant à elle, a également demandé à maintes reprises la levée de l'embargo bien que Aznar et Berlusconi "flirtent" avec Bush. Le nouveau Premier ministre espagnol, Rodríguez Zapatero, est aujourd'hui l'instigateur d'une position prônant davantage le dialogue avec le régime cubain. Afin d'officialiser ces nouvelles dispositions, l'UE a décidé, le 31 janvier dernier, de lever les sanctions diplomatiques prises contre Cuba depuis juin 2003. L' Union européenne avait notamment disparu des évènements culturels sur l'île de manière énigmatique, des dissidents cubains avaient été invités à des fêtes nationales dans les ambassades situées à La Havane et les visites de hauts dirigeants avaient été restreintes. Ces sanctions avaient été appliquées à la suite de la réinstauration de la peine de mort et l'incarcération de 75 opposants. Le ministre des Affaires étrangères cubain, Felipe Pérez Roque, a rapidement mis en évidence la politique à double vitesse de l'Union européenne qui n'a jamais imposé de sanctions diplomatiques aux Etats-Unis pour l'utilisation de la peine de mort contre des mineurs d'âge et des malades mentaux, ni pour les détentions arbitraires dans la base navale américaine de Guantánamo. Même Castro s'est moqué du récent pardon de l'UE, de "ces gens dont Cuba n'a pas besoin".

2005 : fin de l'embargo

Malgré la suffisance du tyran, des personnalités internationales comme l'ancien Président des USA, Jimmy Carter, ont manifesté contre l'embargo. Felipe Gonzalez, ancien Premier ministre espagnol, est allé plus loin. Il a assuré que l'embargo contre Cuba sera levé en 2005 selon certaines sources.

La prophétie pourrait se réaliser en juillet quand l'UE reverra sa position commune concernant Cuba. Il sera alors temps d'adopter une position indépendante des Etats-Unis, favoriser le dialogue critique avec le régime castriste et l'opposition pacifique représentée par des groupes modérés d'exilés comme "Cambio Cubano" (changement cubain). Ce groupe réclame un place légale pour l'opposition sur l'île et le renforcement des sanctions de l'embargo. Il s'agit probablement là d'un fardeau hérité de Thomas Jefferson qui, en 1807, a affirmé qu'il avait toujours considéré Cuba comme l'annexion la plus intéressante que les USA pourraient faire. La Chevrolet ne pourra parcourir l'autoroute du développement qu'avec l'aide de l'Union européenne et en oubliant les paroles de Jefferson