Urgences émergentes

Article publié le 26 octobre 2012
Article publié le 26 octobre 2012
Par Aris Kokkinos Introduit par la Commissaire Kristalina Georgieva, organisé conjointement par les universités de Gand (Inge Govaere) et de Pise (Sara Poli), le colloque a rassemblé des avis tant administratifs qu’académiques. Au XXIème siècle l’Union européenne, comme l’ensemble de la planète, est confrontée à une série de défis inédits.
Réchauffement climatique à l’échelle planétaire, pression démographique sur plusieurs continents, menaces sécuritaires et tensions violentes, autant de sujets différents qui ont en commun la rigueur de l’urgence. Forte d’une longue expérience du dialogue couronnée par le prix Nobel de la paix, l’UE a vu sa gouvernance en la matière renforcée par le Traité de Lisbonne (articles 214, 215 et 222 du TFUE). Son Service d’Action Extérieur Européen, diplomatie européenne embryonnaire, en témoigne également. Parmi les nombreux avis enrichissants, il est intéressant de découvrir le point de vue extérieur sur cette expertise.

Une appréciation multipolaire

Quatre orateurs extra-européens étaient invités à exprimer leur point de vue respectif. David Trissell, attaché à la mission US auprès de l’UE, a comparé les méthodes américaine et européenne. Les USA projettent l’image d’un pays uni mais les 50 États ont des législations différentes, harmonisées au niveau fédéral pour répondre aux urgences. En Europe il y a des structures similaires, avec un plus au niveau local : l’aide mutuelle. Dans les deux cas, face à la multiplicité des situations, la résilience est ce qu’il faut faire après une crise. L’ambassadeur sud-africain Ajay Kumar Brandeo, représentant de l’Union africaine auprès de l’UE, a rappelé que c’est l’UE qui a servi de modèle à l’UA, née en 2002. Pourtant, dans les drames récurrents qui frappent l’Afrique, l’attitude européenne est encore parfois perçue comme néocoloniale. Le dialogue entre les deux continents est essentiel. Ces avis officiels ont été complétés par deux visions académiques. Pour le professeur russe Mark Entin (Institut MGIMO, Moscou), la Russie, qui s’étend sur deux continents et borde l’UE, fait face à de nombreux facteurs d’instabilité. Confrontées à plusieurs menaces qu’il faut résoudre en commun, l’Europe et la Russie sont appelées à se rapprocher, et à s’entendre, notamment dans le cadre de l’OMC. Enfin la professeure chinoise Jing Men (Collège d’Europe, Bruges) a indiqué qu’avec sa montée en puissance, la Chine a aussi un accroissement de responsabilité. C’est en Asie que se produit le plus grand nombre de catastrophes naturelles. Pour une fois, la Chine se tourne donc vers l’Europe. Un projet UE-Chine sur la gestion du risque de désastre a été lancé ce mois d’octobre.

Une grande puissance humanitaire

Sara Poli a conclu la conférence par la valeur ajoutée qu’apporte l’UE, par rapport aux organisations internationales. Même si, à l’ONU, les déclarations de l’UE sont exprimées « au nom de l’UE et de ses États-membres », l’Europe voit sa capacité de gestion des situations d’urgences reconnue par tous. C’est un atout incontestable, qu’elle doit mettre à profit.