« UNPOLISHED » : comprendre le design polonais de l'intérieur

Article publié le 4 novembre 2011
Article publié le 4 novembre 2011
Depuis 2009, « UNPOLISHED », l’exposition du design polonais fait un tour autour de l’Europe. Arrivée à Paris dans le cadre de la Paris Design Week ainsi que dans celui du programme culturel de la présidence polonaise de l’UE, le projet a pour objectif, entre le carrelage en dentelle et des canapés en papier, de définir l'identité polonaise.

En faisant un tour dans la Cité de la mode et du design à Paris sur des stands de créateurs venants de pays différents, j’ai une impression de déjà vu. Finalement je me pose la question : est-ce que nous pouvons vraiment parler d’identité nationale dans le design ? Le design polonais existe-t-il vraiment ? Puis je tombe sur une goupille rembourré de métal. Je sais que je suis sur place.

Malafor.

Le Polonais sait tout faire

« L’un des objectifs de ce projet est de répondre à la question de savoir si nous pouvons parler du design polonais », explique Pawel Grobelny, l’un des curateurs de l’exposition, diplômé de l’Académie des Beaux Arts de Poznan. Le nom « UNPOLISHED » signifie en même temps « pas polonais », « impoli » et « pas fini ». Aussi nous arrivons à une constatation : le design polonais existe et nous pouvons le décrire en cinq mots « quelque-chose-venant-de-rien ». D’après Pawel le concept tient son origine dans l’histoire du pays. « Dans la période communiste, il n’y avait pas d’infrastructures ni de matériel donc il fallait se débrouiller avec les moyens du bord. Le proverbe : « Le Polonais sait tout faire » ne vient pas de nulle part. »

Nous nous approchons d’une boule blanche lumineuse qui ressemble à un oignon. Pour construire la lampe « Oignon », Daria Burlinska (qui avec Wojtek Traczyk a créé le studio DBWT) a utilisé des bandes enroulées de mousse polyuréthane et des ampoules à basse consommation. Dans sa collection elle a également une lampe fabriquée en pots de yaourt. Pas loin, nous voyons un sofa fait de sacs gonflés d’air et de papier, d’après le projet d’Agata Kulik-Pomorska et de Pawel Pomorski (alias Malafor). Si léger que nous pouvons le dégonfler et le transporter très facilement.

La fameuse lampe "Oignon"

L’utilisation des matériaux simples et accessibles ainsi que la tendance à jouer avec la tradition polonaise caractérise les jeunes designers. Karina Marusinska, la créatrice de céramiques, s’inspire aussi des anciens artistes qui peignaient leur porcelaine à la main et signaient chaque exemplaire, et laisse aussi sa trace sur ses œuvres… la trace de ses dents. Chaque morsure est peinte en or. La designer est également l’auteure du projet ironique « en boîte ».

Sur un objet banal, le bocal (quoi de plus polonais), elle colle des œillets élégants en céramique, créant ainsi une sémantique hybride.

Karina Marusiak

Le concept

Il paraît que dans le design contemporain la fonction a fait place au concept. Comme dans le cas du projet de Zegara KłodaL’Horloge Kloda des auteurs de l’atelier Gogo (Maria Makowska et Piotr Stolarski). Plusieurs mécanismes font partie d’une longue poutre. Pour avoir une partie de l’horloge il faut la couper avec une scie mécanique. Les créateurs ont voulu montrer à un client potentiel que le fait d’acheter ne devrait pas être si facile. Il faut souligner que le rôle du créateur a changé avec le temps. Actuellement il doit penser non seulement à son produit mais aussi à sa vente. Dans ce contexte, l’impact du projet sur l’environnement est important. « Philippe Starck (le designer à la renommé internationale qui plus est architecte) a dernièrement présenté ses excuses pour l’utilisation d’une trop grande quantité de plastique dans ses projets », dit Pawel. Les designers polonais visent à utiliser des matériaux simples et pas chers. Une chaise à bascule à 5 euros peut être un exemple. Duporet, qui a été construit dans l'atelier Poor Design (le designer Bartosz Mucha), est une chaise solide à bascule faite entièrement de plaque OSB (qui en général termine à la poubelle). Pour les architectes polonais, dont les projets sont apparus pour la première fois dans le cadre de l’exposition « UNPOLISHED», le matériel est important. Un principe est même établi : il faut utiliser des matériaux locaux.

L’entrepreneur polyvalent

La dernière chose qui me saute aux yeux sur le stand polonais est la quantité des binômes de designers. Un tiers des projets est fait par couple. « Effectivement c’est bizarre mais ça se passe comme cela, rigole Pawel. Peut-être est-ce parce qu’en groupe on se sent moins seuls. Surtout que le marché n’est pas facile. » Il est vrai que le développement du design a été freiné par le communisme. Les designers qui ont reçu une éducation pendant cette période ont dû changer de métier ou se spécialiser dans les domaines proches. D’où la création d’une école très connue : L’Ecole polonaise de l’Affiche. Même si la nouvelle génération de designers doit très souvent gagner de l’argent à côté (par exemple en faisant du graphisme sur l’ordinateur) la situation change très rapidement. « Il y a encore trois ans, tout avait un air différent. Aujourd’hui plus aucune entreprise ne veut embaucher de designers. Et qu’est-ce qu’ils font ceux qui n’arrivent pas à intéresser, par leur projet, l’investisseur potentiel ? Ils se transforment en entrepreneurs. Des designers polonais conçoivent leurs projets par eux-mêmes. Ils produisent leurs emballages. Ils s’occupent de la promotion et de la distribution. Ils prennent les affaires en mains », exprime Pawel.

Toutes les photos : ©  UNPOLISHED