Unions gay en République tchèque

Article publié le 10 mars 2006
Article publié le 10 mars 2006

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Le 14 mars prochain, le Parlement à Prague va peut-être approuver une loi sur les unions homosexuelles. Même si le Président de la République, Vaklav Klaus a pour l'instant apposé son veto.

Le moment est décisif pour les homosexuels de République tchèque, un des petits nouveaux de l'Union européenne. Le Sénat tchèque a voté une loi qui reconnaît aux gays du pays des droits inédits : un couple homosexuel pourrait être à égalité avec les hétérosexuels en matière de sécurité sociale, d’impôts et de retraites, sans pour autant bénéficier du droit à l'adoption. Le changement est radical pour la société tchèque, soutenue par son Premier ministre Jiri Paroubek ainsi que les partis social-démocrate et communiste.

Le Président n'est pas la troisième chambre du Parlement

Mais la navette législative risque de troubler les eaux de la Vltava : à l'opposition résolue du parti chrétien-démocrate et des groupuscules d'extrême droite s'ajoute maintenant le veto du Président de la République Vaklav Klaus. Le chef du pays, fondateur du parti de droite ODS (parti civique démocratique), l’affirme sans détour : «Ce texte est une tentative de légaliser la destruction des institutions traditionnelles sur lesquelles repose notre société». Résultat : il a déclaré son opposition formelle à la loi qui est renvoyée devant le Parlement.

Si cette posture présidentielle ne semble pas susciter l'enthousiasme de ses concitoyens, de nombreux groupes politiques se sont en outre empressés de prendre leurs distances. Jan Zahradil, tête de file du groupe ODS au Parlement européen, a jugé « erronés » les arguments du Président tchèque. Les critiques venant de l’opposition de gauche sont encore plus dures : certains condamnent le conservatisme de Klaus et d’autres, de façon plus pragmatique, remettent en cause le mode opératoire. Selon la députée Tana Fischerova, qui figure parmi les rédacteurs du projet de loi, «le Président n'est pas la troisième chambre du Parlement». Il devrait se borner à vérifier la constitutionnalité des lois.

La tentation d’une île

Dans un pays où la moitié de la population se déclare athée et un tiers catholique, la querelle semble devoir durer plus longtemps que prévu, mettant en lumière certaines factures profondes dans la société tchèque. Un scénario peu différent de celui d'autres pays post-communistes, où la récente «laïcité sans communisme » est en contradiction avec les sentiments religieux résurgents d'une partie de l'opinion publique.

Le cardinal Miloslav Vlk, ex-dissident du régime communiste, n’hésite pas à aller très loin pour stigmatiser les conséquences d'une homosexualité diffuse sur la société. « Si nous mettions tous les homosexuels sur une île déserte, il seraient condamnés à disparaître, parce qu'ils n'auraient pas les moyens de se reproduire». Dans un sondage réalisé en octobre dernier, 62% des Tchèques se déclaraient favorables à la loi. La balle est dans le camp du Parlement, à qui il revient de trancher une question susceptible de transformer radicalement la société tchèque.