Unidos Podemos : entre réforme et révolution

Article publié le 20 juin 2016
Article publié le 20 juin 2016

La coalition de gauche « Unidos Podemos » (Unis nous le pouvons, ndlr) pourrait devenir la seconde force politique du Parlement espagnol. Le discours politiquement rassembleur de Podemos et la tradition communiste de Izquierda Unida convergent.

La lutte des classes liée à la transversalité du discours pour prendre le pouvoir. Le parti communiste qui s'associe à une formation qui fait des clins d’œil à l’OTAN. Entre réforme et révolution. Ainsi pouvons-nous résumer la coalition électorale « Unidos Podemos », née le 13 mai dernier et qui se présentera aux prochaines élections espagnoles du 26 juin, menée par Izquierda Unida et Podemos avec l’appui d’autres petits partis.

Les sondages suggèrent que la coalition - qui prend différentes formes selon que l'on se trouve dans les diverses communautés autonomes du territoire comme la Galice, la Communauté Valencienne ou la Catalogne - pourrait devenir la seconde force politique derrière le Parti populaire (PP) et devant un Parti socialiste (PSOE) en déclin. Il existe quelques différences au sein de la coalition. « Certains sont communistes », affirmait il y a quelques semaines le jeune économiste et tête de liste de Izquierda Unida, Alberto Garzón, à qui Iñigo Errejón, chef de campagne et cofondateur de Podemos a répondu : « Les communistes et les sociodémocrates appartiennent au passé ». Cependant, la politique anti-austérité - promue notamment par l’ancien ministre grec de l’Économie Yanis Varoufakis avec son Plan B - et le retour de quelques droits sociaux élémentaires comme l’accès à l’éducation, au logement et à la santé. Des droits sociaux bafoués lors des dernières années de gouvernement du PP, qui apparaissent comme le dénominateur commun de cette coalition qui enthousiasme autant qu'elle préoccupe.

« Sorpassok »

Dans un pays qui affiche un taux de chômage de 21 %, avec plus de 4 millions de personnes sans emploi et 22,1 % de taux de pauvreté, une coalition qui réunit des communistes, des sociodémocrates, des économistes d’ATTAC (Association pour la taxation des transactions financières et pour l'action citoyenne, ndlr), des universitaires et des professionnels de certains des secteurs les plus touchés par la crise, paraît séduire l’électorat de gauche espagnol. Certaines enquêtes montrent que plus de 23,2 % des sondés opteraient pour cette coalition face à 20,2 % pour le PSOE ou 29,9 % pour le PP. Commence même à circuler au sein des cercles politiques, l’expression sorpassok, (mélange de l’italien "sorpasso" qui signifie dépassement et de Pasok, le parti sociodémocrate grec, ndlr), en référence à ce qui s’est passé entre Syriza et le Parti socialiste en Grèce, où la coalition d’Alexis Tsipras a réussi à dépasser les socialistes, première force politique de gauche dans la République hellénique. Unidos Podemos est la formation politique qui s’est le plus développée dans les sondages espagnols et, à la différence d’une grande partie de l’Europe, elle n’exploite pas le mécontentement social lié à la crise comme les partis d'extrême droite ultra-populiste.

Avec un programme politique en 50 points pour « gouverner l’Espagne ensemble », Unidos Podemos établit une feuille de route à caractère social, comme par exemple la négociation de la dette ou le rétablissement de l’État-providence, qui a reçu des critiques provenant du côté le plus radical d'Izquierda Unida. Cependant, ce n’est que le début d’une collaboration entre deux formations de traditions différentes et bien malin celui qui pourra dire ce qu'il adviendra. D’un coté, Izquierda Unida, fière de son passé - elle fêtera ses 30 ans cette année - marquée par le contrôle et l’influence qu’elle a toujours eu sur le Parti communiste, l’attachement à la République, l’anticapitalisme et une position anti-OTAN très affirmée. De l’autre, le discours rassembleur d’une jeune formation, « ceux d’en bas contre ceux d’en haut », l'adage qui a toujours été mis en avant par les troupes de Pablo Iglesias. Durant les dernières élections de décembre, Podemos a obtenu plus de 5 millions de votes et Izquierda Unida a dépassé le million. Ces deux formations espèrent que cette coalition multipliera leur chance de devenir une alternative sérieuse à la politique du PP.