Une vengeance de la jeunesse par la jeunesse

Article publié le 27 novembre 2009
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Article publié le 27 novembre 2009

Un article de Baptiste Perard, Colas Mauloubier

Plus puissant que Jack Bauer sur Canal+, plus puissant que le meilleur des thrillers psychologiques : Ciels de Wajdi Mouawad. Inscrite à la liste des présentations de la comédie de Clermont-Ferrand, cette pièce de théâtre n’en est pas une, c’est plus encore...

Jeudi 19, vendredi 20 et samedi 21 novembre 2009 dans la salle polyvalente de Cournon-d’Auvergne a eu lieu un évènement hors du commun. D’une puissance émotionnelle inouïe, la pièce de Wajdi Mouawad est moins une enquête anti-terroriste qu’une réflexion sur l’héritage d’un XX siècle mécanique et meurtrier. Héritier de ce siècle,  Wajdi Mouawad, 43 ans, est aussi l’auteur et le metteur en scène de cette performance artistique. Cielse

Avant même le début de la pièce, avant même les premiers mots, le spectacle commence. Disposé au cœur d’un cube blanc, assis sur des tabourets pivotant, le spectateur est enfermé, il attend, tourne et cherche la scène. Ce théâtre à d’exceptionnel qu’il n’installe pas le spectateur dans une habitude passive et confortable, place 17, rang H dans un orchestre. Par sa position même, le spectateur est partie prenante de la mise en scène comme de la pièce d’ailleurs. Nous sommes à la fois personnages et décors, nous sommes des statues. Ce rôle, notre rôle, nous en prenons conscience lorsque Blaise (Georges Bigot) et Clément Szymanowski (Stanislas Nordey), le personnage principal, parcourent la cour où nous sommes assis.

Dans Ciels, une femme et quatre hommes, agents de l’antenne francophone d’une cellule anti-terroriste mondiale sont confrontés à  l’ultimatum d’un attentat imminent et monstrueux. Ce grand cube blanc est le lieu secret de vie et de travail de l’équipe qui poursuit et scanne des messages codés comme on suit un jeu de piste. Un matin de travail, après une nuit de cauchemar comme tant d’autres, le chef de l’équipe, Blaise, annonce le suicide de leur cryptographe : Valéry Masson. Clément Szymanowski et Blaise nous apprennent notre rôle lorsque qu’ils visitent les locaux, à l’arrivée inattendue de Clément Szymanowski. Il est nouveau dans l’équipe : c’est le cryptographe remplaçant de Valéry Masson qui l’a désigné comme le seul capable de relever le défi.

Deux pistes sont envisagées : les autorités dirigeantes penchent vers la piste islamique et rejoignent ainsi la phobie dominante ; pourtant il existe une autre thèse et la pièce gagne alors plus en intensité. Cette thèse n’est pas officielle, même pas prise en compte tellement elle semble insensée, irrationnelle et poétique. Il se trouve que c’est Valéry Masson qui portait en son cœur cette thèse, selon laquelle les attentats imminents seraient directement liés au tableau de l’annonciation du peintre Italien Le Tintoret… Avant de mourir, Valéry Masson a laissé tous les documents qui l’ont poussés à se convaincre de la vérité de la piste jusqu’a en mourir. Le génie de l’énigme tient dans ce fabuleux paradoxe énoncé par Valéry

Masson lui-même : « Si poésie et mathématiques sont compatibles, alors poésie et terrorisme le sont aussi ». Tenez vos sens en éveil, cédez à la passion d’une vision « retournante » d’un siècle mécanique, de son cortège de morts et surtout, surtout, ne retenez pas vos larmes, c’est impossible… et se serait inhumain.

Crédits Photos Ciels © Jean Louis Fernandez