Une Russe à Berlin : l’alphabet berlinois 

Article publié le 7 mars 2017
Article publié le 7 mars 2017

Créative, dynamique, Berlin est connue pour sa vie culturelle. Chaque année, des artistes du monde entier viennent en faire l'expérience. Parmi eux, Natalia Smolentceva, une illustratrice russe, est « tombée amoureuse » de la capitale allemande. Au point qu'elle en a fait le sujet de son projet artistique :  « l’alphabet berlinois ».

En sortant des tunnels de l'U-bahn, le métro berlinois, je regarde ma montre: j'ai 15 minutes de retard. J'entre dans le café où j'ai rendez-vous avec Natalia. Je la trouve en train de dessiner, ses feutres maladroitement étalés sur la table.

« Je dessine toujours quand j’attends quelqu’un, sourie-t-elle malicieusement, sa main esquissant la silhouette de la vitrine où sont exposés les cupcakes, de l’autre côté de la pièce. C’est pour ça que mes amis aiment bien être en retard, ils savent que quand ils arriveront, un petit dessin les attendra. »

Retour aux sources

Le dessin n’est pas la seule technique que Natalia, originaire de Saint-Pétersbourg, maîtrise. Avec sa solide formation en art, elle a sérieusement envisagé de s’orienter vers une carrière en design et communication visuelle. Elle a finalement choisi le journalisme, écrivant pour le St Petersburg Times et travaillant comme éditeur au Prospekt Magazine. « Pendant longtemps, dessiner était juste un passe-temps pour moi », nous confie-t-elle avec une note sentimentale dans la voix. « Mais finalement, après toutes ces années comme journaliste, le dessin s'est affirmé comme un retour aux sources. »

C'est par accident que Natalia a de nouveau ressenti le besoin de dessiner. « C’était il y a un an, j’ai reçu un carnet à dessin en cadeau et j’ai pensé : "Pourquoi ne pas essayer à nouveau ?" Du coup, j’ai commencé à dessiner, non pas comme j’avais appris à l’école, mais de façon à réellement m’exprimer et apprécier mon travail en tant qu’artiste. Dessiner est devenu un procédé vraiment intime pour moi, et je me suis rendu compte que je voulais explorer cela de plus en plus. »

La reprise du dessin pour Natalia a coïncidé avec son déménagement à Berlin pour son master en communication et journalisme international. Sa nouvelle ville l'a inspirée: Natalia tente constamment, par des dessins et aquarelles, de capter les impressions vivantes et colorées que lui transmet Berlin. « Je vivais entre deux villes. En voyageant en Europe, j’ai ressenti le besoin de tenir un journal pour garder trace de toutes ces expériences. Comme je n'ai jamais réellement aimé tenir un journal, j’ai décidé de dessiner ces impressions dans le carnet à dessin. »

L'alphabet berlinois

La curiosité de Natalia a payé : jusqu’alors, la capitale allemande a été une source insatiable d’inspiration pour son premier projet à plein temps en tant qu’illustratrice. « Mes amis n’arrêtaient pas de me poser des questions sur Berlin : Qu’est-ce qu’il faut voir ? Où faut-il aller ? J’ai décidé de faire d’une pierre deux coups : parler à mes amis de Berlin à l’aide de mes dessins et faire de cette histoire mon premier projet sérieux dans le domaine ! »

Le projet s’appelle « Berliner Alphabet », l’alphabet berlinois, et prend la forme d’un guide illustré dans lequel chaque lettre de l’alphabet correspond à un endroit de Berlin en étant accompagné d’une petite introduction sous forme de texte. L’alphabet est une forme intime de narration, puisque chaque endroit est choisi selon les expériences de l’illustratrice. « Chaque dessin cache une histoire ou un souvenir, explique Natalia. Parfois, c’est vraiment difficile de garder ses distances et de ne pas aller vers quelque chose de trop personnel. » 

Pour la lettre « E » par exemple, l'illustratrice a choisi le Sowjetische Ehrenmal, le Mémorial soviétique au parc de Treptow, qui abrite également un parc d’attractions abandonné. Bien que le parc soit interdit au public, Natalia et ses amis se sont faufilés sous les barrières plusieurs fois, jusqu’au jour où ils ont été arrêtés par la sécurité.

Natalia attrape un autre dossier avec les dessins de l’alphabet et me les tend. En les contemplant, une vague de nostalgie me parcourt, et je me rappelle de mes débuts à Berlin. Tandis que Natalia m'explique comment convertir un dessin au format digital, je suis dans mes pensées, debout au milieu de la rue principale Turmstrasse, goûtant mon tout premier Halloumi-Brot (sandwich de fromage grillé, ndlr)

« Berlin est comme un jeune homme insolent »

Je demande à Natalia si elle a délibérément choisi Berlin. « Ni Berlin, ni l’Allemagne ne faisaient partie de mes plans quand je cherchais où faire mon master. Mais j’ai eu la chance de visiter Berlin en tant que touriste, avec mon mari qui vient d’Espagne. Comme souvent, nous allions nous retrouver quelque part, et Berlin s'avérait être entre la Russie et l’Espagne. J’ai vraiment apprécié la ville et j’ai pensé que ça serait sympa d'y vivre à l'avenir. Je n’aurais jamais pensé que ça arriverait si vite ! »

Natalia vit à Berlin depuis un peu plus d’un an maintenant, et déclare fièrement trouver la ville chaleureuse et amicale. « Pour moi Berlin est comme un jeune homme insolent qui t’invite négligement à prendre une bière. Elle n’est pas forcément douce avec toi, mais elle donne une multitude de possibilité de faire ce qu’on veut. Le plus important, elle ne te néglige pas et ne te laisse pas de coté, ce qui est particulièrement important pour quelqu’un qui vient d’un autre pays. »