Une histoire américaine : Excuse My French 

Article publié le 12 février 2015
Article publié le 12 février 2015

Le deuxième film du jeune réalisateur français, Armel Hostiou, ne bousculera pas les idées d’un cinéma que vous connaissez déjà. Tout simplement parce qu’Une histoire américaine s’est surtout chargée de vous raconter une nouvelle histoire du cinéma français. Explications.

Une histoire américaine n’est pas un grand film. Le deuxième long-métrage du jeune réalisateur rennais, Armel Hostiou, ne bousculera pas votre liste des films à regarder avant de vieillir ni vos conversations d’apéro-dinatoires quand il s’agira de balancer les noms de cinéastes bankable. Le scénario n’assouvira pas non plus tous vos désirs d’évasion narrative. Une histoire américaine raconte simplement la vie de Vincent éperdu de Barbara qu’il cherche à tout prix à reconquérir en déambulant dans New York

Obsédé 

La structure scénaristique du film repose donc sur un mec obsédé par une fille. Plutôt bien vu quand on réalise que le film devient intéressant lorsqu’il s’articule autour de l’énorme décalage socio-culturel que peut révéler l’entêtement d’un Français aux États-Unis. Intitulé « Stubborn » (« l'entêté », ndlr) dans sa version anglaise, le long-métrage permet surtout de traiter l’obsession dans ce qu’elle a de comique. Incarnée par un personnage en totale rupture avec son environnement, elle en devient même carrément tragique. « New York est une ville où les relations humaines sont très codifiées et où ces codes sont plutôt respectées, précise Armel Houstiou interrogé sur son rapport à l’entêtement. Il y avait l’idée d’inventer une figure qui se confronte à ces codes comme on se tape la tête contre les murs pour en éprouver la solidité. » 

Bande-annonce d'Une histoire américaine.

Ainsi va la tranche de vie de Vincent, complètement paumé dans une ville qui n’existe que parce que Barbara y réside. À New York, le personnage prend à témoin tantôt la ville avec une photo de son ex tantôt une fille inconnue qui servira d’édredon dans les moments d’inconfort.

Au-delà de sa structure narrative, somme toute assez commune, Une histoire américaine tient surtout son intérêt dans les modes de fabrication de sa mise en scène. L’équipe technique tient sur une carte de visite. La plupart des acteurs ont été castés sur place. Beaucoup de scènes ont été filmées à l’improvisation, dans des endroits improbables, sans même que les gens ne sachent qu’on y tournait un film. Le parti pris donne ainsi une sensation de naturel et de proximité assez rare avec le spectateur qui suit les tribulations du personnage comme on suivrait un sujet tourné en caméra caché.

Une certaine idée du cinéma français

Une histoire américaine raconte surtout une certaine idée du cinéma français contemporain. Expérimentaux, imparfaits, faussement naïfs, nombreux sont les films de jeunes réalisateurs de l’Hexagone qui tentent la découverte en flirtant avec la déconvenue. De Justine Triet à Guillaume Brac en passant par Antonin Peretjatko, toute une génération de cinéastes trentenaires est actuellement en train de bouleverser les cadres d’un cinéma (trop) longtemps stéréotypé. Caractérisée par un goût prononcé pour l’art brut, cette nouvelle garde se résume bel(le)et bien par l’image sur la couverture que les Cahiers du Cinéma leur a consacrée en faisant figurer un tag de punk à chien sur un mur en brique. 

Au centre de la bande, Vincent Macaigne, artiste protéiforme à la fois metteur en scène au théâtre, acteur au cinéma, et scénariste. Depuis quelques années maintenant, le comédien de 36 ans traîne fréquemment son spleen et sa coupe de cheveux de syndicaliste devant la caméra des cinéastes précités. Toujours avec le même gimmick, soit ce rôle, qui lui colle à le peau, de mec complètement perdu, à la fois tendre et violent avec les nanas qu’il cherche à regagner. Filmé en rockeur dépressif dans Tonnerre (Guillaume Brac) ou en ex relou dans La Bataille de Solférino (Justine Triet), Macaigne maîtrise très bien le jeu du personnage largué qui devient de plus en plus intéressant à mesure qu’il se rapproche du précipice.

Sur le film d’Armel Houstiou, Vincent Macaigne joue le premier rôle et co-scénarise le film. En esquissant les traits du personnage de Vincent dans Une Histoire américaine, l’artiste se révèle tout aussi paumé mais se retrouve toujours au centre d’une histoire française qui invente, bouscule, trouble les codes du cinéma. Beaucoup plus vite que vous ne le pensez.

Voir : Une histoire américaine d'Armel Houstiou (en salles le 11 février 2015)