Une famille qui roule : 15 ans de voyage autour du monde 

Article publié le 2 mars 2015
Article publié le 2 mars 2015

Voilà déjà 15 ans que Herman et Candelaria Zapp vivent leur rêve : parcourir le monde mais pas comme tout le monde ! Petit budget, voiture ancienne, quatre enfants arrivés au fil du voyage... Avant de partir, direction Kenya, achever leur tour de l'Afrique, ils racontent à cafébabel leur routine, celle de leurs enfants et le mode de financement de leur tour du monde.

L'histoire qui suit pourrait bien sortir d'un roman de Jules Verne, d'un film de Wes Anderson ou d'une chanson de Bob Dylan. En effet, leur aventure, si extraordinaire qu'elle soit, est source d'inspiration : depuis 15 ans, la famille Zapp voyage autour du monde dans une voiture Graham-Paige de 1928.

Au cours des quinze dernières années, Candelaria Chovet (44 ans) et Herman Zapp (46 ans) ont visité une centaine de pays sur quatre continents différents, parcouru plus de 250 000 kilomètres et ont été reçus par environ 2 500 familles aux cultures, religions et modes de vie variés. Au cours de ce grand voyage sont nés et ont grandi quatre enfants : Pampa (12 ans, né aux États-Unis), Tehue (9 ans, né en Argentine), Paloma (7 ans, née au Canada) et Wallaby (5 ans, né en Australie).

« Notre rêve était de faire le tour du monde », confie Herman, très loin de sa Californie natale, alors qu'il se remémore les voyages épiques de son grand-père dans une Ford A. Électricien reconverti en voyageur, il précise tout de suite qu'ils ont eu besoin de beaucoup de courage pour se décider à partir : « Nous étions en train de tout laisser mais nous partions aussi à la découverte de tout ».

Et un peu qu'ils l'ont fait ! La première partie de leurs aventures les a menés d'Argentine en Alaska et fait partie de leur livre Atrapa tu sueño, qui compte onze éditions et représente leur principale source de revenus. Une bonne partie de leurs lecteurs les voient comme des « mentors ». Même s'ils ne proposent pas de recettes ni ne créent de catalogues d'adresses, ils partagent leur enthousiasme. Ces auteurs sont une source de motivation et aident, sur tous les sujets, à se débarasser des peurs viscérales qui empêchent souvent à plusieurs personnes de poursuivre ce qu'ils aiment le plus dans la vie, que ce soit voyager, cultiver des framboises ou faire du saut à l'élastique.

Contrairement à de nombreux voyageurs audacieux, la famille Zapp et son odyssée ont très bonne presse. On peut la retrouver via de milliers d'interviews réalisées dans le monde entier (comme celle-ci à Sydney, au cours de laquelle la journaliste a endommagé leur voiture !) ou à travers des récits sur leur propre page web Argentina-Alaska.

À bord du Macondo Cambalache

Lorsque Candelaria et Herman sont partis de l'Obélisque de Buenos Aires à destination de l'Alaska, le 25 janvier 2000, rien ne s'est passé comme prévu. Tout d'abord, ils s'imaginaient des adieux émouvants en compagnie de leurs amis et famille mais personne n'est venu pour l'occasion. Ensuite, au lieu de partir sac sur le dos, selon le plan initial, ils sont partis à bord du Macondo Cambalache, surnom donné à une voiture Graham-Paige de 1928, digne d'un collectionneur.

Cette voiture est aussi leur foyer. Surnommée de la sorte en référence directe au monde fantastique de García Márquez et à une expression argotique, la voiture est arrivée remorquée par un camion et a été reçue avec un certain mépris. Bien que cette dernière promettait des ennuis, elle n'en a jamais eu ni au Tibet, à 5 300 mètres d'altitude, ni dans les neiges du Canada, ni dans les dunes du désert de Namibie, ni même dans les paysages africains où, pour pouvoir circuler, ils ont dû « faire croire » qu'il s'agissait d'un 4x4.

La voiture a coûté 4 000 dollars sur les 8 000 que représentait le budget pour un voyage qui, dès le début, était placé sous le signe de l'impovisation. Ce premier jour, le Macondo Cambalache a seulement pu parcourir 55 kilomètres à cause d'une panne. L'argent s'est épuisé au bout de six mois mais le voyage s'est poursuivi pendant presque quatre ans et le premier enfant est né dans le dernier tronçon du voyage.

La meilleure partie du voyage : les autres

« Notre routine, c'est qu'il n'y a pas de routine », commente Herman, souriant. La famille s'adapte à la vie des gens qui les reçoivent. Ils déjeunent avec leurs hôtes, les accompagnent dans leurs activités et se couchent en même temps que ces derniers. « Nous ne contrôlons presque rien et cela représente l'une des plus belles choses de la vie : les surprises », affirme-t-il. Selon eux, le meilleur du voyage c'est : « Les gens qui nous ouvrent les portes de leurs maisons et nous laissent entrer en contact avec leur culture, leurs traditions et leur gastronomie ».

De plus, la route fait office de salle de classe. Une ballade dans un parc national ou un après-midi au pied de l'Everest est le théâtre parfait pour une leçon de géographie, de biologie ou d'histoire. Les enfants Zapp suivent le programme de formation officiel du ministère de l'Éducation argentin à distance, aux côtés de leur mère qui se transforme en institutrice. Les enfants remettent des devoirs quatre fois par an aux ambassades qu'ils visitent.

« En réalité, les enfants apprennent de leurs expériences et cela est merveilleux », admet Herman, qui, une fois, a écrit : « Qu'un enfant grandisse en découvrant le monde à travers le monde même, qu'il apprenne des langues dans les pays dans lesquels on les parle, qu'il soit reçu chez un pêcheur, un paysan, un riche, un pauvre, un Amish, un protestant, un juif, un musulman, et si quelqu'un leur demande de s'occuper d'eux, qu'ils puissent dire que la famille est passée par chez eux ».

L'addition s'il vous plaît

« La bénédiction la plus heureuse du voyage a été de nous retrouver sans argent car cela nous a véritablement conduit sur un chemin différent », affirme Herman, en se souvenant des jours passés en Équateur où, une fois leurs économies épuisées, ils se sont découvert un talent inespéré : « Nous avons commencé à nous dédier à l'artisanat. Candelaria a appris à peindre des aquarelles et moi à encadrer. Nous avons ainsi vendu des tableaux représentant des oiseaux » .

Selon Herman, on attend d'un voyage de cette ampleur qu'il nécessite constamment de l'argent. « En effet, lorsque tu es un touriste, tu as pour habitude de dépenser beaucoup d'argent en général. Mais en tant que voyageur, c'est complètement différent, plus tranquille, ponctué de pauses et plus économique », indique Herman. Ce dernier donne ensuite quelques exemples : ils sont presque toujours hébergés chez des familles, cherchent des entreprises qui les aident à financer des traversées coûteuses, vendent leurs livres et offrent des cours de conversation.

Toujours optimistes, les Zapp voient le monde comme un don d'opportunités, de solidarité et de chaleur humaine. Ils poursuivront désormais tranquillement, depuis le Kenya, leur voyage vers le continent européen, où, pensent-ils, leur circuit prendra fin. Entre-temps, ils conserveront leur technique de déplacement, si insouciante qu'elle transforme leur aventure en la chose la plus simple qui existe. Ils l'expliquent ainsi : « Lorsque tu arrives dans un village, la chose que tu as à faire est de trouver le moyen de parvenir au suivant. Et lorsque tu regardes en arrière, tu te rends compte que tu es en train de faire le tour du monde ».