Une Europe sans culture : mais quelle idée !

Article publié le 17 avril 2015
Article publié le 17 avril 2015

Crise économique, politique, sociale... Mais qu'en est-il de la culture? Élément fondamental pour la construction d'une Union européenne forte et unie, la culture est pourtant souvent exclue du débat public. 

Le 31 mars dernier, Pascal Gielen, professeur en sociologie de l'art à l'Université de Groningen, a présenté son projet « No culture, no Europe : des fondements de la politique » dans le cadre de débats multidisciplinaires aux Palais des Beaux-Arts à Bruxelles. Il s'agit d'un essai développé par un groupe de théoriciens, artistes et scientifiques dans lequel chacun apporte une vision différente de l'actuel débat sur le rôle de la culture dans la crise économique et dans la création d’une véritable Union européenne. Outre Pascal Gielen, l'écrivain hongrois György Konrád (collaborateur de l'ouvrage) a également participé aux débats ainsi que Julie Ward, députée européenne membre du Groupe de l'Alliance Progressiste des Socialistes et Démocrates. 

Crise culturelle avant tout

Gielen affirme que les problèmes européens provoqués par la dernière crise ainsi que le débat sur l’Europe contemporaine sont des questions traitées uniquement avec une perspective économique et sociale. Cependant, la pluralité des cultures européennes et leur valeur en tant que créatrices de communauté devrait être un élément central du débat identitaire. Toutefois, l'ensemble de intervenants estime que la société ne porte pas assez d'attention à ce sujet, ce qui est justement à l’origine de la crise économique et politique.

Le livre, structuré en quatre parties, aborde des réflexions sur la culture par rapport à divers disciplines : l'art et la société, la culture européenne, l'éducation et la politique. « La culture est une façon de vivre, donc elle donne du sens à l’existence des êtres humains dans la société », déclare Gielen. « L'art est une question de partage de nos singularités avec les autres qui garde toujours une dimension sociale. »

Selon lui, la crise européenne est une crise culturelle. En effet, le projet européen gagnerait en soutien si nous permettions aux citoyens de lui donner une signification, et donc de créer une véritable Union européenne. D’ailleurs, si le projet de l’Union ne reconnait pas la culture comme sa raison d’être, il ne connaitra jamais le succès. 

Au sujet cette idée anthropologique de la culture comme image de référence donnant de la signification à la vie des personnes, Gielen propose le concept « commonism », un système alternatif au model néolibérale de gestion des sujets communs (tels que la culture) pour éviter la conversion de tous les aspects de notre vie en matière commerciale.

« L'Europe doit apprendre à vivre ensemble »

L’écrivain György Konrád, qui a participé aux discussions avec José Manuel Barroso et son gouvernement, fait une analyse historique de l’Union Européenne et de son passé commun. Dans ce parcours, il nous montre que la société ne peut pas vivre sans culture et que celle-ci ne peut pas se maintenir sans la société. Nous devons apprendre de notre mémoire historique et du passé violent que les Européens partagent. « L'Europe doit également apprendre à vivre ensemble, à construire des communautés sur la base de la générosité et à choisir des valeurs et des liens communs », ajoute Konrád. Ainsi, être européen signifie avoir l’obligation d’apprendre, de penser, d’aimer, de travailler et de pratiquer la tolérance et la maîtrise de soi.

Konrád présente le citoyen européen comme le « studious man » ou l’identité d’Europe personnifiée. Quelqu’un capable de comprendre la pluralité des sociétés et la richesse de la diversité culturelle européenne, capable de se remettre en question, prêt pour le dialogue et ouvert aux critiques.

Une Europe multiculturelle mais unie

Gielen, Konrád et Ward, ont conclu en présentant leurs idées à propos de l’importance de la culture, sujet toujours oublié, dans le débat public. Ils ont parlé de l’importance de créer des liens entre les institutions et la société car la culture est une tâche collective. Ils ont également souligné la richesse culturelle européenne et l’impossibilité de simplifier nos signes identitaires en signes communs, considérant le dialogue comme un élément de partage et de réussite en tant que société. « No culture, no Europe » constitue donc un manifeste pour la construction d’une nouvelle Europe paradigmatique, pleine des différences culturelles auxquelles nous pouvons tous nous identifier.