Une élection européenne, mais qu'est-ce que c'est ?

Article publié le 14 mai 2014
Article publié le 14 mai 2014

Le 25 mai se pré­sente de­vant nous, mais le 25 mai, qu’est-ce que c’est ? Certes c’est le jour où le Ma­ré­chal Pé­tain ins­cri­vit la Fête des Mères dans le ca­len­drier des Postes et aussi l'an­ni­ver­saire d'un cer­tain Fran­çois Bay­rou. Mais cette année, c’est bien dif­fé­rent, parce que 25 mai rime avec élec­tions eu­ro­péennes. Alors késako ?

L’ori­gine des élec­tions eu­ro­péennes re­monte à long­temps avant Jé­sus-Christ et plus pré­ci­sé­ment à une époque où Va­léry Gis­card d’Es­taing et Hel­mut Schmidt fai­saient autre chose que des in­ter­ven­tions télé où l'on se dit « Ah tu te sou­viens, la belle époque ». Puis­qu’il s’agis­sait de cette fa­meuse belle époque (sauf qu’on la voyait pas comme la belle époque à l’époque) et que ces deux-là étaient donc au pou­voir des deux côtés du Rhin. C’est donc en 1979 que na­quirent les élec­tions eu­ro­péennes au suf­frage uni­ver­sel. Je vous ai passé les pré­li­mi­naires de cette nais­sance dif­fi­cile. Voilà donc, n’en dé­plaise à ceux qui se sou­viennent en­core de la cou­leur du ri­deau de l’iso­loir de l’époque, je clo­rai ici cette pa­ren­thèse his­to­rique à clas­ser dans le livre d’His­toire du XXe siècle et pas­sons à la par­tie di­dacto-pé­da­go­gique de cette élec­tion.

Hel­mut Schmidt et Va­léry Gis­card d'Es­taing - une ami­tié mas­cu­line bien par­ti­cu­lière (ARTE). 

Les élec­tions eu­ro­péennes, mais pour quoi faire ? (vous re­mar­que­rez que ça change un peu du « qu’est-ce que c’est ? »). Pour venir vi­si­ter ton école/ta mai­rie de quar­tier par un beau di­manche de mai et du coup te prendre un coup de vieux ? Non, faux. Alors, deuxième essai? Mais oui, mais c’est bien sûr, pour élire le Par­le­ment eu­ro­péen ! Bon, res­tons sé­rieux, parce que le Par­le­ment eu­ro­péen, c’est du sé­rieux (hein, enfin on es­père quand même). Donc le petit topo sur le Par­le­ment eu­ro­péen : sié­geant à Bruxelles… Et non, pam, raté, nul, re­com­mence. Eh ouais, alors c’est fa­cile de tou­jours taper sur Bruxelles (voir af­fiche du parti euro-scep­tique al­le­mand l’Al­ter­na­tive Für Deut­schland à ce pro­pos), mais en fait non : Stras­bourg. Eh ouais, deuxième bonne ré­ponse du mec au pre­mier rang. 

Le Par­le­ment eu­ro­péen, c'est toi, c'est moi, c'est nous !

Bon, allez, j’ac­cé­lère sinon on va ja­mais y ar­ri­ver : donc élec­tions eu­ro­péennes pour le Par­le­ment eu­ro­péen qui siège à B… Stras­bourg, mais qui en fait sou­vent tra­vaille à Bruxelles. Le Par­le­ment eu­ro­péen est l’ins­ti­tu­tion réunis­sant les dé­pu­tés di­rec­te­ment élus par le peuple. Il est donc là pour ap­por­ter une lé­gi­ti­mité dé­mo­cra­tique aux pro­ces­sus de dé­ci­sions de l’Union eu­ro­péenne. Et évi­ter ainsi de lais­ser tout le pou­voir entre les mains de la Com­mis­sion eu­ro­péenne et du Conseil Eu­ro­péen, les deux autres mas­to­dontes du trip­tyque eu­ro­péen. Enfin, pou­voir, pou­voir. Res­tons réa­listes tout de même, le pou­voir du Par­le­ment eu­ro­péen, même s’il a été revu à la hausse, reste tout de même li­mité : il a un pou­voir de co-dé­ci­sion dans de nom­breux do­maines lé­gis­la­tifs, mais pas d’ini­tia­tive lé­gis­la­tive. Il a éga­le­ment un pou­voir de contrôle sur l’exé­cu­tif de l’Union eu­ro­péenne et aussi, at­ten­tion super im­por­tant, il vote le bud­get. Et tenir quel­qu’un par la bourse, ça per­met quand même de le contrô­ler un peu, vous ne pour­rez pas me dire le contraire. Donc, le Par­le­ment eu­ro­péen, c’est toi, c’est moi, c’est nous quoi ! Pour cela, en­core faut-il aller voter. Ouais, parce que les ex­cuses genre « J’ai concours d’ori­gami » ou « Mais, j’ai pas fini ma par­tie de 2048 » ou « J’ai pas en­core re­gardé le der­nier épi­sode de Game of Thrones », eh ben non. Nada, niet, que dalle, ça compte pas.

Donc, le scru­tin aux eu­ro­péennes, qu’est-ce que c’est ? (ah m…, j’avais dit que je la re­fe­rai plus). Pre­nons le cas al­le­mand parce que du coup on est en Al­le­magne. Enfin, moi, là au mo­ment où j’écris, je suis en Al­le­magne, toi je sais pas vrai­ment. L’élec­tion se dé­roule par pays, donc les Eu­ro­péens en Al­le­magne votent pour les dé­pu­tés al­le­mands. Ah bah oui, parce qu’en tant qu’Eu­ro­péen de l’Union eu­ro­péenne, tu peux voter dans ton pays de ré­si­dence. Par exemple, moi, Fran­çais en Al­le­magne. Hein, si c’est pas gé­nial, ça ? Bref, pour les Al­le­mands, il y avait jus­qu’alors 99 dé­pu­tés. Mais hop, re-cal­cul (je vous passe les équa­tions), ce sera dé­sor­mais 96 dé­pu­tés pour les Al­le­mands. À sa­voir que lors de la der­nière élec­tion il fal­lait 828 911 Al­le­mands pour un dé­puté (en moyenne). Par contre il fal­lait 82 520 Mal­tais. Eh ouais, 1 Mal­tais a dix fois plus de pou­voir élec­to­ral le jour du scru­tin qu’un Al­le­mand, vous y pen­se­rez dans l’iso­loir !

Pe­tits ca­ma­rades au Par­le­ment eu­ro­péen

Bref, le 25 mai, nous au­rons droit à un scru­tin de liste pro­por­tion­nel à un tour. Pour les non-po­li­tistes, non-ju­ristes, l’ex­pli­ca­tion est simple : on ne vote qu’une fois et pour une liste (et donc pas pour un seul nom) éta­blie le plus sou­vent par les par­tis po­li­tiques : la liste CDU, la liste SPD, la liste Grünen, la liste Die Linke, etc, etc. Pro­por­tion­nel si­gni­fie donc que les sièges sont en­suite at­tri­bués aux dif­fé­rentes listes en fonc­tion de leurs ré­sul­tats. Ces dé­pu­tés iront en­suite re­joindre leurs pe­tits ca­ma­rades eu­ro­péens dans les dif­fé­rentes frac­tions du Par­le­ment. Les rouges avec les rouges, les bleus avec les bleus, etc. Comme quand tu al­lais jouer au foot quand tu étais petit et que, comme il y avait pas de cha­subles, eh ben on fai­sait les équipes selon la cou­leur des t-shirts.

Les élec­tions eu­ro­péennes 2014 en chiffres (Eu­ro­news). 

Et, at­ten­tion, cette année, grande pre­mière en Al­le­magne : la dis­pa­ri­tion de la clause des 5% ! La clause des 5%, qu’est-ce que c’est ? Eh bien, c’est simple : pour évi­ter une trop grande dis­per­sion des voix, il était jus­qu’alors éta­bli qu’un parti en Al­le­magne de­vait au mois ob­te­nir 5% des voix pour que ses votes soient pris en compte et donc en­voyer des dé­pu­tés. Cette année, fini, niet, nada, que dalle, plus de clause, tout le monde, il passe, tout le monde il est élu. Enfin presque. Cela si­gni­fie donc une bonne nou­velle pour les pe­tits par­tis qui ob­te­naient jus­qu’alors entre 1 et 5% des voix. Avant, ils avaient rien. Main­te­nant, ils peuvent es­pé­rer ré­cu­pé­rer un ou deux sièges. Parmi les par­tis concer­nés, les li­bé­raux du FDP qui na­vi­guaient dan­ge­reu­se­ment au­tour de cette zone ou en­core les Pi­rates, mais aussi les par­tis d’ex­trême-droite, type Re­pu­bli­ka­ner.

Voilà, main­te­nant, tout est clair, tout est lim­pide, ya­pluka. Et en plus la pro­chaine fois qu’on vous de­man­dera « Mais les élec­tions eu­ro­péennes, mé­kes­kec­donc ? », vous pour­rez briller en so­ciété. Merci Ca­fé­ba­bel.

EU­RO­péennes 2014 sur ca­fé­ba­bel Ber­lin

Parce que l'Eu­rope, c'est cool, c'est jeune, c'est plein de sus­pens, mais pas que. En effet, elle a aussi be­soin d'ins­ti­tu­tions et c'est pour­quoi le 25 mai est en­tou­rée en rouge dans notre ca­len­drier. Qui, que, quoi, où, com­ment aller voter? Plus d'in­fos sur le scru­tin, les par­tis et les struc­tures po­li­tiques de l'UE sur notre ma­ga­zine, ainsi que sur nos pages  Fa­ce­book et Twit­ter