Une commémoration tournée vers l’avenir

Publié par la communauté
Article publié le 7 mars 2005

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Une conférence internationale a réuni politiciens, intellectuels et citoyens, un an après les attaques terroristes.

A l’occasion de cette journée de commémoration, une initiative originale a été lancée pour accompagner de façon constructive les larmes et les minutes de silence. En effet, les jours précédents le premier anniversaire du 11 mars, la ville de Madrid accueillera un sommet international sur le thème « Démocratie, terrorisme et sécurité ». L’objectif est de réunir dirigeants, experts et citoyens pour établir un dialogue visant à apporter des réponses à la menace terroriste à travers les valeurs démocratiques.

Des perspectives multiples pour de multiples analyses

Cette rencontre madrilène a pour ambition de rendre hommage aux victimes d’attaques terroristes, tout en réfléchissant à des solutions pour éviter des catastrophes comme celle qui a bouleversé toute l’Europe le 11 mars dernier. Il est nécessaire de mettre un frein au terrorisme. Pour cela, les organisateurs du sommet ont souhaité innover, pour que toutes les dimensions du problème soient étudiées, en prenant en compte les points de vue de tous les acteurs sociaux.

Ces derniers mois, une équipe de 200 spécialistes s’est chargée de la préparation des documents qui seront débattus pendant le sommet des 8 au 11 mars prochains. Dans leur approche très large du problème, les spécialistes ont analysé les facteurs sous-jacents du terrorisme (individuels, politiques, économiques, culturels et religieux), les stratégies de lutte les plus efficaces (policières, militaires, judiciaires et l’espionnage), sans oublier le rôle central que peuvent et doivent jouer les valeurs démocratiques et la société civile dans cette lutte.

Les deux premiers jours du sommet seront consacrés à la présentation et à l’analyse des quatre axes thématiques (causes, stratégies, valeurs démocratiques et société civile). Des équipes de travail composées de leaders politiques, de professionnels et de citoyens se réuniront pour en débattre. Le troisième jour, une série de séances plénières permettra d’élargir le débat. Les conclusions pourront ainsi être enrichies par de nouveaux points de vues, en particulier celui du Secrétaire général des Nations-unies, le président de la Commission européenne et de nombreux mandataires européens et mondiaux. Finalement, le 11 mars, les conclusions du sommet seront présentées dans un document déjà baptisé Agenda de Madrid. Le texte contiendra les grandes lignes orientant la réponse démocratique au terrorisme, ainsi que des recommandations pratiques sur les mesures à adopter par les gouvernements pour rendre cette action plus efficace.

Les valeurs démocratiques contre le terrorisme

Outre son originalité de forme et le rôle actif qu’il offre aux citoyens, le sommet se démarque par un autre élément significatif : le pari sur les valeurs démocratiques pour répondre au terrorisme. Ce n’est pas un hasard si, aux côtés du gouvernement espagnol et des autorités locales, on trouve parmi les principaux instigateurs du projet le Club de Madrid. Cette organisation indépendante, composée de plus de cinquante anciens chefs d’Etats et de gouvernements, œuvre pour le renforcement de la démocratie dans le monde.

A l’heure où certaines valeurs démocratiques sont remises en cause, au nom d’une meilleure efficacité de la lutte antiterroriste, il est important de rappeler que le système de droits et de libertés caractéristique des régimes démocratiques peut jouer un rôle clef dans la lutte contre le terrorisme. Lucinio Muñoz, accompagné de Kim Campbell, Secrétaire générale du Club de Madrid et ex-Première ministre du Canada, ont résumé pour café babel l’objet de ce sommet : « Nous avons la ferme conviction qu’aucune politique antiterroriste ne peut être efficace à long terme, si elle n’est pas définie par le respect des valeurs démocratiques. C’est pourquoi nous avons eu l’idée d’unir démocratie et terrorisme. C’est une erreur, voire un danger de sacrifier à la lutte antiterroriste les valeurs mêmes que l’on prétend sauvegarder. D’où la devise retenue pour le sommet : ‘la démocratie pour un monde plus sûr’

La démocratie serait-elle donc la solution à tous les maux ? En tout cas, l’agenda de Madrid pourrait empêcher que la lutte contre le terrorisme justifie une restriction de nos libertés (comme le Patriot Act des Etats-Unis), tout en contribuant à renforcer le rôle des valeurs démocratiques dans la résolution de ce problème contemporain. Au moment de la guerre en Irak, la rhétorique néo-conservatrice n’a pas encourager la progression de la démocratie dans le monde : en unissant les termes démocratie et terrorisme dans une formule manichéenne, simpliste et erronée, elle a servi des intérêts géostratégiques. Souhaitons que la rencontre de Madrid aide à éclaircir des concepts, restaurer des valeurs et trouver des solutions. On ne peut rendre un meilleur hommage aux 192 victimes du « 11 septembre européen.