Une bulle dans l'Europe

Article publié le 4 juillet 2009
Article publié le 4 juillet 2009
Après la visite de grandes fermes de plusieurs centaines d’hectares, nous restons dans la région de Lodz mais nous changeons de décor. Nous sommes très chaleureusement accueillies par une grande famille de 3 générations, les Lebscy, ainsi que leurs chats, leurs chiens, leurs poules et leurs canards... Le père, M. Lebscy, d’une soixantaine d’année, était pompier.
Il a arrêté son métier pour pouvoir se consacrer à sa passion, le travail de la terre. Il possède 12.5 hectares et loue 40 hectares supplémentaires : il y cultive du blé et élève 17 vaches. La famille a en parallèle un grand potager qui leur permet d’être autosuffisants. Ils n’achètent que les pommes de terre, nous disent-ils.

M. Lebscy est épaulé par sa femme, son fils, sa belle-fille et même sa petite-fille qui l’accompagne pour nourrir les volailles.

La production des 90 000 litres de lait annuelle est vendue à une compagnie laitière. S’il reste de la production, elle est vendue aux voisins ou elle sert à leur consommation personnelle. Le revenu est mince, mais ils ne se plaignent pas et sont heureux de faire ce qu’ils aiment.

Quand on lui parle d’Union Européenne, il est sceptique. Comme le prix du lait est trop bas, pour pouvoir être compétitifs, les agriculteurs polonais doivent suivre le pas des autres pays et sont contraints de produire davantage à moindre coût. Il a l’impression que l’entrée de la Pologne dans l’UE pousse les agriculteurs à s’éloigner d’une production saine et de qualité. Lui se sent plutôt indépendant, il essaie de ne pas fléchir fasse à la compétition et continue à produire comme avant, même si parfois c’est difficile et qu’il ne sait pas combien de temps il pourra tenir. Tout cela dépendra du prix du lait et des décisions de la PAC.

Il attend que la politique européenne se tourne vers une agriculture biologique, et que l’alimentation de qualité devienne sa priorité.

Lui n’a pas de label, car il met des ingrédients artificiels en plus de son blé pour nourrir ses vaches. Il dit pourtant que sa production est très saine. Il pourrait essayer de se mettre aux normes, mais produire de l’agriculture biologique en Pologne, ce n’est pas rentable, peu de monde est capable d’acheter du bio. Il pense qu’il y a encore un long chemin à parcourir dans ce secteur.

Quand nous avons demandé aux membres de la famille Lebscy s’ils étaient contents que la Pologne fasse partie de l’UE, ils nous ont répondu qu’ils y étaient indifférents. Cela ne les dérange pas. Ils sont pour l’ouverture des frontières pour les hommes. En ce qui concerne l’agriculture, la circulation des biens agricoles en Europe n’a pas réellement changé leurs conditions de vie. Oui, ils reçoivent des aides à l’hectare, mais en parallèle, les coûts de production ont considérablement augmenté, il n’y a donc pas de réel changement de revenu. Par ailleurs, ils n’ont pas ressenti de modifications dans leur façon de travailler. Ils avouent aussi ne pas faire d’efforts pour se soumettre à la procédure. Ils n’aiment pas tous les papiers, la bureaucratie et les questions administratives de l’Union. Selon eux, cela n’a pas d’intérêt et n’en vaut pas la peine. Ils travaillent pour produire de la nourriture et non pas pour « remplir de la paperasse ».

M. Lebscy nous avoue qu’il ne se méfie pas tellement de l’Union européenne. Par contre, les doutes existent concernant le ministère de l’agriculture polonais. Le gouvernement ne favorise absolument pas l’agriculture et ne fournit aucun support aux agriculteurs. Cependant, M. Lebscy n’est pas particulièrement inquiet en ce qui concerne l’avenir. Il sait que ses enfants reprendront les terres et suivront ses traces. Cela suffit à le réjouir pleinement.

A la fin de notre entretien, nous avons été conviées à entrer dans la maison et à déguster de très bons gâteaux faits maison. Toute la famille est réunie autour d’une table trop petite pour tout le monde : la grand-mère, les parents, les enfants et les petits-enfants. Dans la cuisine, la parole est plutôt à Mme Lebscy qui nous parle de sa passion pour l’artisanat et nous montre quelques-unes de ses oeuvres. L’espace d’un instant, nous oublions l’Europe et toutes nos questions rébarbatives. Nous profitons de « l’accueil polonais » et de la joie de vivre dans la bulle de la famille Lebscy.