Une autre vie pour les dix nouveaux

Article publié le 3 mai 2005
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Article publié le 3 mai 2005

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

En Europe occidentale, rares sont ceux qui savent que l’Union européenne compte dix nouveaux membres, ou qui parviennent à les nommer. Mais pour les pays de l’Est, qu’a changé cette adhésion souvent ignorée ou critiquée ?

Pour la plupart des Européens, le 1er mai 2004 était un jour comme les autres. Un an après, très peu de gens sauraient dire qu’il s’agit de la date du dernier élargissement de l’UE. Si cet évènement suscite aussi peu d’intérêt, c’est parce qu’il n’a eu aucune incidence sur la vie des gens. Relayées par les médias, les craintes liées à l’arrivée massive de travailleurs immigrés ou à la concurrence des sociétés soumises à un impôt très bas, ne semblent finalement pas fondées. Ainsi, pour les Occidentaux, l’adhésion n’a pas encore été synonyme d’un enrichissement notable ni d’une quelconque libéralisation politique, culturelle ou économique.

Mais pour les 10 nouveaux membres, cette adhésion à l’UE marque une nouvelle ère. Le 1er mai 2004, ils ont troqué une part de souveraineté et d’identité nationale contre une union économique et politique. Mais pour les 75 millions de personnes vivant dans ces pays, qu’est-ce que l’adhésion a changé ?

Un vent de changement

Aleksandra Wachacz, étudiante polonaise, explique que « les habitants [des nouveaux pays membres] craignaient une augmentation des prix et des impôts, une concurrence accrue sur le marché et un effondrement de l’agriculture. Mais un an après, [elle ne voit] aucune différence frappante en Pologne avant et après l’adhésion, mise à part une légère augmentation des prix, notamment dans l’alimentation. » Ainsi, sur le plan financier, les craintes partagées par les anciens et les nouveaux membres semblent largement apaisées. Mais les mentalités ont-elle évolué avec l’adhésion? András Péter, étudiant hongrois, pense que le passé communiste de son pays continue d’influencer la façon de penser de ses concitoyens. « Une partie de la société ne comprend pas l’importance et le sens de la concurrence économique. Beaucoup pensent encore avec nostalgie au ‘bon vieux temps du communisme’, et ne saisissent pas les possibilités qu’offre l’adhésion à l’UE. » Les élections du Parlement européen l’année dernière ont mis en évidence le manque de maturité de la culture démocratique en Europe de l’Est : le taux de participation n’y a pas dépassé les 25%. Mais certains sont optimistes, comme Tereza Grunvaldova, une journaliste tchèque : « Les gens s’habituent peu à peu à une nouvelle mentalité. Il est désormais plus facile de voyager et de travailler librement dans toute l’Europe. Ces facteurs ont amélioré l’image de la démocratie dans mon pays. »

Mais même si certains avantages semblent évidents, Aleksandra fait remarquer que « peu de gens réalisent que les avantages de cette adhésion à l’UE ne seront pas visibles du jour au lendemain. » Les citoyens des nouveaux Etats membres ne se sont pas vus accorder les mêmes droits que lors des précédents élargissements. Ainsi, ils ne peuvent pas encore chercher du travail dans tous les Etats membres, et les agriculteurs n’ont pas encore reçu l’intégralité des aides. Selon Tereza, c’est plutôt une bonne chose : « L’adhésion vient juste de se faire, et nous devons encore renforcer notre position. » Par ailleurs, elle n’a pas le sentiment que les valeurs de l’Europe occidentale lui aient été imposées. « Parler de l’influence des valeurs occidentales dans nos pays n’a pas vraiment de sens, car nous avons les mêmes valeurs, non ? »

Une approche économique

Ainsi, la différence entre anciens et nouveaux membres de l’UE n’est pas aussi évidente qu’elle n’y paraît. Ce n’est pas entre eux qu’ont éclaté les grandes crises politiques de l’année dernière. Certes, la Pologne a soutenu la guerre en Irak, alors que l’Allemagne et la France souhaitaient défendre un point de vue commun ; mais c’est aussi le cas des Pays-Bas et du Royaume-Uni. Lorsque la France s’est violemment opposée à la réforme de la Politique Agricole Commune, elle a reçu le soutien de nombreux pays d’Europe de l’Est. C’est peut-être la directive Bolkestein, visant à libéraliser le marché des services à l’intérieur de l’UE, qui pourrait aboutir à une réelle division entre Est et Ouest. En effet, les Occidentaux appréhendent les réformes politiques et institutionnelles sous un angle essentiellement économique. Cela explique que l’angoisse face à l’élargissement se soit cristallisée sur des sujets tels que l ‘immigration des travailleurs. Cette peur d’une main d’œuvre bon marché venue de l’Est et déstabilisant le marché du travail a été récupérée par des dirigeants nationalistes et des mouvements sociaux, pour servir des intérêts anti-Européens.

Comme le souligne Aleksandra, « cela n’aide pas les gens à comprendre que le but de cette alliance est de réduire l’écart économique et de surmonter les difficultés du marché, tout en favorisant l’intégration culturelle. Mais ce projet requiert du temps et des efforts des deux côtés, comme tout changement de statut économique et national. L’heure n’est plus à l’enthousiasme : il faut désormais une vision réaliste du futur. »