Un verre de Genepi ?

Article publié le 23 octobre 2009
Article publié le 23 octobre 2009
Par Clément Parrot A la question : « connaissez-vous le GENEPI ? », beaucoup d’étudiants sont tentés de répondre : « oui, j’en ai bu une fois, en vacances, dans les alpes ! ». Pourtant le GENEPI n’est pas seulement une boisson alcoolisée ou une plante, c’est aussi le sigle de Groupement Etudiant National d’Enseignement aux Personnes Incarcérées.
Une association sans affiliation politique ni religieuse, dont l’objet est de « collaborer à l’effort public en faveur de la réinsertion sociale des personnes incarcérées par le développement de contacts entre les étudiants et le monde pénitentiaire » (article 3 des statuts).

Une belle idée initiée par Lionel Stoléru, dans un contexte de violentes émeutes au sein des prisons, au début des années 1970. Le GENEPI voit alors le jour le 26 mai 1976. Au départ, c’est une poignée d’étudiants des grandes écoles qui sont au cœur de ce projet. Trente ans plus tard, cela représente plus de 1300 étudiants de toute la France et de toutes les filières, qui interviennent chaque année dans quatre-vingt établissements pénitentiaires.

L’action en prison se compose de soutien scolaire, d’ateliers socio-éducatifs et culturels (revue de presse, cinéma, musique…), d’activités liées à la formation professionnelle (code de la route, rédaction d’un CV…), et d’événements ponctuels (tournois sportifs, sensibilisation au vote…). Mais la mission de l’association se poursuit au-delà des murs. L’information et la sensibilisation du public à travers des ciné-débats, des conférences, des expositions…s’accompagne d’une réflexion sur le milieu carcéral. Les génépistes considèrent qu’ils ont un devoir de témoignage, d’éclairage sur cette zone d’ombre de la société.

« Celui qui ouvre une porte d’école, ferme une prison ».

Cette pensée de Victor Hugo résume bien toute la problématique du GENEPI. Il tente d’introduire un peu plus de scolarité au sein de la détention, et dans le même temps réfléchit notamment aux alternatives possibles de la prison.

Mais l’association est quelque part dépendante de l’administration pénitentiaire, qui lui délivre ses autorisations d’entrée. Le GENEPI se doit donc d’entretenir de bonnes relations avec cette administration, et n’a donc pas une liberté d’action ou de pensée totale. En interne cela induit un débat de fond houleux.

D’un côté, les partisans d’un militantisme plus actif et plus radical face aux injustices engendrées par la détention. De l’autre, ceux qui ne souhaitent pas mettre en péril les interventions, afin de ne pas délaisser les détenus. La question s’est notamment posée lors du projet gouvernemental sur la rétention de sûreté, et n’est actuellement toujours pas évacuée.

La principale difficulté pour l’association se situe donc dans sa capacité à faire changer les choses. D’une part, on peut se demander si par ses actions, elle ne légitime pas le système. En effet, la réinsertion et l’enseignement sont des missions qui incombent en théorie à l’administration pénitentiaire. Celle-ci se repose de plus en plus sur le GENEPI entre autre et n’assume donc pas ses obligations. On peut même aller jusqu’à entrevoir pour l’association, une certaine corruption par le système. Néanmoins, si elle cessait ses interventions, rien n’indique que les pouvoirs publics prendraient sa relève.

D’autre part, il est légitime de s’interroger sur l’impact des interventions. Des étudiants ont-ils réellement la capacité d’aider des personnes qui souvent cumulent les difficultés. Pour certains des expressions telles qu’une goutte d’eau dans l’océan, ou un pansement sur une jambe de bois illustrent l’action de l’association.

Les étudiants constatent d’ailleurs souvent un intérêt et une attention limités de la part des détenus. Ceux-ci viennent le plus souvent pour s’échapper un instant de leur cellule de 9m2 ou pour voir de nouveaux visages. Cependant, si les interventions du GENEPI peuvent aider ne serait-ce qu’une seule personne (à décrocher un diplôme, par exemple), ce n’est pas vain. En outre, l’expérience montre qu’une partie des détenus sont extrêmement reconnaissants envers le GENEPI.

Si vous vous sentez concerné par cette association et que vous avez le temps, n’hésitez pas. Vous en ressortirez grandi, fort d’une expérience exceptionnelle et mieux informé sur ce qu’est votre société.

Ne dit-on pas que le niveau d’évolution d’une société humaine se mesure à l’état de ses prisons ?

Pour plus d’informations, rendez-vous sur le site : www.genepi.fr.