Un tribunal citoyen à Genève sur l’Iran

Article publié le 6 février 2018
Article publié le 6 février 2018

Les familles des manifestants arrêtés durant la révolte populaire du début janvier en Iran sont inquiètes pour le sort de leurs proches.

 

À Genève, l’ONG « Justice pour les victimes du massacre de 1988 en Iran » (JVMI) a mis en garde contre le danger pour eux de subir le même sort que les prisonniers politiques éliminés dans les années 80 en Iran.

Depuis le début des manifestations qui ont embrasées quelques 140 villes iraniennes, plus de 8000 milliers manifestants ont été arrêtés et l’on craint une nouvelle tuerie. Douze détenus sont déjà morts sous la torture et de nombreuses familles sont sans nouvelles de leurs proches. Les autorités judiciaires islamistes ont promis des « châtiments sévères pour les ennemis de Dieu ».

Un tribunal citoyen

Des témoins et des experts des droits de l’homme ont participé le 1er février à un « tribunal citoyen » qui avait pour but de « juger » les auteurs d’un crime contre l’humanité resté impuni en Iran. En 1988, à la suite d’une fatwa (décret religieux) émis par le Guide suprême des islamistes au pouvoir en Iran, l’ayatollah Khomeiny, 30 000 prisonniers politiques ont été éliminés en moins de trois mois.

Mostafa Naderi, un survivant du massacre qui a passé 12 ans de sa jeunesse dans les geôles politique, a pris la parole pour témoigner. « Pendant que les exécutions se déroulaient, j’étais  inconscient à l’infirmerie à cause des tortures, a-t-il expliqué. À mon retour, tous les camarades de cellule de ma section avaient été exécutés. Sur les quelques douze milles détenus de la prison divine, il ne restait que seulement 250 survivants »

Jean Ziegler, vice-président du Comité consultatif du conseil des droits de l'homme de l’ONU, participait à l’initiative citoyenne contre l’impunité. « Notre comité a été saisi de nombreuses fois au sujet des crimes commis par la dictature des mollahs de Téhéran depuis 39 ans, a-t-il déclaré. Nous sommes ici pour voir comment on peut mettre fin à l'impunité des assassins qui sont toujours, pour certains d'entre eux, à l'œuvre en Iran. Comment les remettre à la justice internationale, quels mécanismes créer pour mettre fin à cette impunité totalement scandaleuse (…) C'est le Conseil des droits de l'homme qui devrait instaurer une commission d'enquête sur les massacres de 88 et les massacres après. Il nous faut un tribunal spécial pour mettre fin à cette impunité qui est une honte pour l'humanité.  »

Eric Sottas, ancien directeur de l'Organisation mondiale contre la torture (OMCT), étaient également présents au tribunal citoyen à Genève. « Je crois que le massacre de 1988 est un crime contre l'humanité imprescriptible. Un des principes définis par Louis Joinet, dans les fameux « principes de Joinet », c’est le principe contre l'impunité. Parce que la lutte contre l'impunité, c'est le seul élément qui nous donne une garantie de non répétition. Mais il y a un deuxième principe, dégagé par les travaux de Théo Van Boven, concernant la réparation intégrale. La réparation intégrale est un droit de la victime pour qu'il y ait une enquête exhaustive sur ce qui s'est passé, que les auteurs soient déférés devant des cours indépendantes et sanctionnés conformément à la gravité de leurs crimes. Ces principes sont systématiquement violés par l'Iran de manière continue depuis le début du régime. »

« Anéantissez les ennemis de l'islam »

Asma Jahangir, Rapporteuse spéciale sur la situation des droits de l'homme en Iran, a déclaré dans son rapport du 14 août 2017 : « Entre juillet et août 1988, des milliers de prisonniers politiques, hommes, femmes et adolescents auraient été exécutés suite à une fatwa émise par le Guide Suprême de l'époque, l'Ayatollah Khomeiny. Une Commission de trois hommes aurait été établie en vue de déterminer qui devrait être exécuté. Les corps des victimes auraient été enterrés dans des tombes sans épitaphes et leurs familles n'ont jamais été informées de l'endroit où ils se trouvent.»

Ouvrant la voie aux exactions au nom de l’islam, Khomeiny, en digne précurseur de Daech, a écrit dans sa terrible fatwa : « Il est décrété que ceux qui sont dans les prisons du pays et qui s’obstinent à soutenir les hypocrites [l'OMPI], sont en guerre contre Dieu et sont condamnés à l'exécution (…) La fermeté avec laquelle l'islam traite les ennemis de Dieu fait partie des principes incontestables du régime islamique. J'espère que grâce à votre rage révolutionnaire et votre vengeance contre les ennemis de l'Islam, vous obtiendrez la satisfaction du Dieu Tout-Puissant. Anéantissez les ennemis de l'islam le plus rapidement. »

Le tribunal citoyen, parrainé par quatre ONG avec statut consultatif à l'ONU, a demandé aux autorités onusiennes d’intervenir rapidement pour engager une commission d’enquête sur le drame de 1988 et les récentes violences contre les manifestants emprisonnées en Iran.