Un sommet sur les réfugiés n'arrive jamais seul

Article publié le 21 mars 2016
Article publié le 21 mars 2016

Les 17 et 18 mars 2016, les chefs d’Etats et de gouvernements européens se sont à nouveau rassemblés pour discuter avant tout de la crise des réfugiés et du plan d’action UE-Turquie. Discussions et réunions de dirigeants européens ont ponctué cette rencontre afin de s’accorder, entre les 28 Etats comme avec la Turquie, sur une solution commune.

Une crise complexe, sans résolution facile. C’est ainsi que la crise des réfugiés est désignée sur le site du Conseil européen. Comme si la situation n’était pas assez dramatique, les Etats membres ont par le passé eu beaucoup de mal à trouver un consensus.  Ainsi certains Etats comme ceux du groupe de Višegrad s’opposent à la « culture d’accueil » prônée par d’autres partenaires (en particulier de l’Allemagne). Et, alors que la situation s’est beaucoup détérioré depuis la fermeture de la « Route des Balkans », il est désormais urgent de prendre des décisions claires. 

Une voix cahoteuse vers ce plan d’action en 10 points

Lors de sa conférence de presse introductive, le président du Parlement européen, Martin Schulz, précise qu’il s’agit de la « je ne sais combientième » réunion du Conseil sur la question des réfugiés. Depuis novembre 2015, déjà trois rencontres ont été consacrées à l’élaboration d’un plan UE-Turquie et donc à la crise de migrants.

Schulz argumente fortement en faveur de cet accord entre l’UE et la Turquie. Il affirme clairement qu’il faut vite trouver une solution commune. Mais pour cela, il faudrait que les mécanismes de déplacements et de réinstallations fonctionnent. Il déplore ne pas comprendre la teneur des débats, d’autant plus lorsque les critiques proviennent de pays qui ont refusé de prendre part à la répartition et ont donc contribué à la crise. Mais il oublie que les critiques ne viennent pas que de ces pays-là.

Ce qui dure longtemps se termine bien ? 

Au début du sommet, certaines voix pessimistes s’élevaient tout de même.  Ainsi précisait par exemple le premier ministre belge : à un mauvais accord, il préfèrerait aucun accord du tout. A la fin pourtant, les participants se sont accordés sur un plan d’action en 10 points. Celui-ci est fondé sur des mesures décidées en amont, discutées lors du sommet exceptionnel du lundi 7 mars. Références sont aussi faites aux décisions financières du Conseil précédent de février dernier. 

Le plan d’action se focalise sur la « réintégration du contrôle » aux frontières extérieures de l’UE et sur la lutte contre les « migrations irrégulières ». Dans ces conditions, le trafic des passeurs doit être démantelé afin de proposer aux réfugiés des alternatives qui ne mettent pas leur vie en danger, selon Angela Merkel.

Pour ce faire, de nouveaux Hotspots vont être installés et la Grèce sera aidée et soutenue par tous les moyens nécessaires. Elle devra de plus recevoir une aide immédiate pour améliorer la situation du pays et accélérer le déplacement des réfugiés depuis ses terres.

Merkel explique que les réfugiés débarquant sur les îles grecques à partir du 20 mars seront immédiatement renvoyés et que la répartition des migrants débutera le 4 avril. Tous les Etats membres y ont concédé, seules la Hongrie et la Slovaquie seront considérées séparément. En plus de cela, des nouvelles routes de migrations possibles, via l’Italie par exemple, seront attentivement observées.

Critiques externes

Au préalable, de nombreuses critiques à l’égard de ce plan s’étaient déjà faites entendre. Cela a donné lieu à de nombreux débats : le respect du droit international, la libéralisation des visas depuis la Turquie, la question chypriote ou les hotspots grecs. Reste à voir si ces questions, parmi d’autres, seront vraiment résolues. Les critiques restent véhémentes puisqu’aucun changement concret, si ce n’est quelques prévisions, n’ont été arrêtés au moment de la signature. 

Afin de prêter plus de force et de visibilité à l’expression de ces critiques et d’attirer le regard sur les hommes plutôt que sur les chiffres, Amnesty International avait installé au cœur du rond-point Schuman, devant le bâtiment du Conseil, une immense affiche intitulée : « pas de trafic de réfugiés » (Angl. : « Don’t trade refugees »).

Un groupe de cinq activistes organisait également le #European Black Day. L’action ainsi propagée sous forme d’échanges sur les réseaux sociaux et par une permanence devant le bâtiment du Conseil le 17 mars relayait un message essentiel : « Il ne s’agit pas d’un accord habituel, c’est un jour noir de l’histoire de l’Europe », affirme Chloë, membre de l’équipe d’organisation. Elle explique : « Cela influe sur la manière dont l’UE montre sa solidarité. Tout ce que l’UE incarne est brisé ». Elle déplore aussi que de nombreuses personnes ne se sentent pas concernées. Elle a mis au point cette manifestation en cinq jours seulement car elle s’est rendue compte que rien de la sorte ne semblait être prévu. Ils cherchent à attirer l’attention des citoyens et des politiques. « Les hommes politiques violent les droits existants comme la Convention de Genève et les Droits de l’Homme. Ils agissent comme s’ils n’avaient jamais existé. La réponse des participants à ces décisions des hommes politiques est claire : « Honte à vous ! »

L’action a rencontré un franc succès, se réjouit Chloë. Malgré un temps de préparation très court, près de 1000 personnes se sont rassemblées selon les organisateurs et 40 organisations telles qu’Amnesty International se sont impliquées. 

L’accord a quand même été signé. Et c’est resté compliqué, Chloë le dit elle-même : c’était une question de volonté, volonté de trouver une réponse plus humaine. Nous verrons si l’accord, au sens des chefs d’Etats et de gouvernement est un succès ou s’il ouvre simplement la voie à de nouvelles routes de migration dangereuses.

Enfin, la question de savoir si cet accord, unanimement ratifié, est un signe de solidarité et d’unité européenne, reste en suspens.