Un homme, 25% des voix

Article publié le 14 mars 2011
Article publié le 14 mars 2011
par Alice Préat Un candidat aux élections européennes qui emprunte de l’argent à sa mère pour sa campagne électorale et termine juste après le plus grand parti de son pays, ça ne se voit pas tous les jours.
Indrek Tarand, eurodéputé estonien, a convaincu plus d’un quart des électeurs de son pays à voter pour lui, alors qu’il n’était soutenu par aucun parti et qu’il a dépensé en tout et pour tout 2000 euros pour sa campagne électorale. Portrait.

Ce grand quadragénaire, ancien secrétaire général du ministère des Affaires étrangères de son pays, a voulu se distancier des partis politiques. Un geste qu’il n’a pas fait par hasard. « Certains partis non-démocratiques ont décidé de changer les règles du jeu électoral dans mon pays en donnant moins de pouvoir aux électeurs. Ceux-ci ne pourraient plus voter que pour un parti, non pour un candidat. Six mois après ma victoire, ils sont revenus à l’ancien système, plus démocratique. »

La fierté se lit sur son visage et il explique, content de lui-même, que pour les prochaines élections dans son pays, plusieurs candidats se sont présentés en tant que candidats indépendants. « La une d’un journal estonien a appelé ça la tarandisation » dit-il avec un sourire qui se veut modeste.

C’est une première en Estonie. Quand un candidat indépendant décroche un siège, il s’agit souvent d’un score qui ne dépasse pas les 2%. « Et heureusement, car quand j’ai fait ce que j’ai fait, j’ai vraiment dû descendre dans l’arène. J’avais l’impression de me présenter volontairement devant un peloton d’exécution. » Il reste quelques traces d’incrédulité sur son visage. Le fait que ses concitoyens aient massivement voté pour un indépendant reste pour lui significatif ; la diversification est essentielle. « J’aime beaucoup les candidatures des indépendants, car cela apporte un peu de couleur dans la démocratie ».

Depuis, le député a trouvé sa place au Parlement européen, où il s’engage dans les traces de son père, Andres Tarand sans pour autant le copier entièrement. Tarand père était eurodéputé jusqu’en 2004, mais faisait partie du groupe socialiste. Son fils, quant à lui, a opté pour les verts (Groupe des Verts/Alliance libre européenne). Il se marre en racontant que, lorsque les conservateurs et réformistes (ECR) et les Verts se sont retrouvés avec le même nombre de députés, une véritable chasse à l’homme a commencé. Fidèle a lui-même et sa liberté, il a rejoint les rangs des verts qui lui donnent le plus de libertés et permettent le plus d’avoir des opinions qui s’écartent du groupe.

Bien qu’il ne soit pas tout à fait le fils de son père, ce dernier ne lui en veut absolument pas. « Mon père a très bien compris pourquoi je ne voulais pas rejoindre les socialistes, même s’il m’avait conseillé de rejoindre un grand groupe. » Une longue lignée de politiciens s’annonce dans la famille ? Il montre une photo de sa fille : « Elle n’a que cinq ans, mais elle sera députée européenne ! »

Ihecs logoEn partenariat avec l'Institut des Hautes Études des Communications Sociales (IHECS)